Découvrez la collection Mauvaise Nouvelle, aux Éditions Nouvelle Marge.

MN prend la marge et revient en septembre


Anne Ex de Marie Hurtrel

Anne Ex de Marie Hurtrel

Par  

Anne Ex de Marie Hurtrel est un roman qui a l’apparence, à première vue, d’un témoignage. Témoignage  d’une ex-femme de quelqu’un. Ex donc. Mais ex sans rien après, car ce qui viendrait après empêchait justement d’être. Ex avec quelque chose après supposerait qu’elle ait eu une existence avant. Si ce roman est un témoignage, c’est celui d’une naissance à l’existence. La narratrice semble être devenue quelqu’un au moment où elle est devenue ex, au moment où elle a cessé d’être une annexe de l’Autre.

Et le récit va circonscrire l’autre de qui elle est ex, cet homme normal, tellement normal. On le voit petit à petit en creux, par la souffrance qu’il a engendrée. La souffrance d’Anne dessine la silhouette de l’autre.

« La souffrance devient lentement illégitime, injustifiée, et pourtant, elle est là, lourde, creuse, de plus en plus creuse. »

Anne Ex a vécu en prison et sa prison s’appelait mariage. Anne Ex a vécu comme dans une secte et son gourou était son mari. C’est tellement simple de faire passer sa femme pour une faible et une folle pour à tout prix rester normal. L’autre transfert le mal dont il est porteur en pathologie psychologique chez Anne. Tout ce psychologisme a bon dos, les dépressives sont légion. Mais la révélation de celui qui est « capable de jouir du viol des anges », la révélation du monstre, va libérer, rendre moins aliénée et moins folle la narratrice.

Ce livre ne raconte pas un travail de deuil, un travail sur soi. Il n’est pas là pour accepter, s’accepter, accepter l’autre, accepter le monde. Il est là pour ne rien accepter du tout et le crier le plus fort possible, donc l’écrire. Je souffre donc j’existe. Les déterminismes psychologiques d’une pseudo-dépression s’évanouissent pour simplement poser la réalité, celle du mal, celle de la culpabilité de l’Autre.

Oui, il s’agit là d’un roman existentiel, métaphysique bien plus qu’un témoignage d’une femme de son temps. Le roman n’est pas là pour être utile aux autres futures ex, futures victimes, il est là pour transformer la réalité en poésie, pour faire de l’être souffrant un artiste. Marie Hurtrel prend soin de mettre quelques parties de son roman en italique pour souligner le parti pris poétique du passage. Mais était-ce bien utile ? Tout est poésie là-dedans. Les mots sont soupesés, les uns après les autres, mis dans un coin, repris. On assiste à ce fin dosage entre mélodrame et tragédie. Marie Hurtrel saupoudre puis va à l’excès avant de se reprendre une nouvelle fois. C’est l’avantage de la glaise, tant qu’elle reste humide on peut se reprendre, jouer encore avec la matière. Les mots sont de la glaise pour Marie Hurtrel, ils servent à capturer l’Autre, à le saisir. La narratrice qui n’a été qu’objet, chosifie à son tour l’histoire, la façonne à son image. Entre pathétique et souffle nouveau, la narratrice joue au funambule, ose frôler le ridicule pour l’expression de sa vérité et de la véracité du mal. Elle fait de sa souffrance un texte, un piège pour l’Autre.

« Au fond de feu le corps
Ah diable que dieu est pâle
Quand c’est à genoux qu’on meurt »

Plus d'info : http://www.mariehurtrel.com/


Le Journal d’Anne-France, un roman vrai
Le Journal d’Anne-France, un roman vrai
Entretiens sur l'islam
Entretiens sur l'islam
La partition intérieure
La partition intérieure

Commentaires


Pseudo :
Mail :
Commentaire :