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Après Polococktail party, que devient l’enfant prodige ?

Après Polococktail party, que devient l’enfant prodige ?

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À dix-neuf ans, Dorota Masłowska « écrit en un mois », selon son éditeur, Polococktail party, une plongée sans scaphandre dans les bas-fonds de la Pologne postcommuniste, le monologue interminable et intérieur, d’un jeune nommé Le Fort. Ses élucubrations déambulatoires dans la zone de Gdansk entraînent le lecteur dans une pathologie hallucinogène et des errances sexuelles vécues sous l’influence de drogues aussi variées qu’illicites. La langue de Masłowska, éblouissante de créativité, lui vaut un succès immédiat. Le président de la République la convie à un petit-déjeuner et la critique engouée laisse tomber les noms de Gogol, Sagan et Céline en louant son étonnante maturité. Deux ans auparavant, le mensuel féminin Twoj Styl avait déjà publié son journal intime, faisant de cette enfant prodige la coqueluche des médias. Polococktail party est un best-seller vendu à 50.000 exemplaires en quelques mois. Du jamais vu dans le monde de l’édition polonais.

« Elle a commencé par me dire qu'elle avait deux nouvelles pour moi, une bonne et une mauvaise. En se penchant par-dessus le bar. Laquelle je voulais en premier. La bonne, j'ai dit. Alors elle m'a sorti que ça chauffait en ville, que nos gars allaient s'en prendre aux Ruskoffs, nos bannières blanc-rouge déployées au vent. D'où tu tiens ça, j'ai dit, et elle, qu'elle en a entendu parler. Bon, ensuite on passe à la mauvaise nouvelle. Là, elle sort son rouge à lèvres et me dit que Magda lui a dit que c'était fini entre elle et moi. Et elle fait un clin d'œil au Barman pour qu'il se tienne prêt à rappliquer au cas où. Voilà comment j'ai appris qu'elle m'avait quitté. Magda je veux dire. Alors qu'on était bien ensemble, on a vécu pas mal de bons moments, et tous ces mots gentils, de mon côté et du sien. Ça, c'est sûr. »

A lire des extraits du livre de Masłowska, on comprend que le lecteur se laisse prendre dans un maelström d’émotions diverses s’il s’identifie à l’un des personnages, remarquables, il faut l’avouer. Mais, depuis ces étincelles littéraires, pas de nouvelles de la jeune auteur. Aurait-elle succombée dans la jungle qu’elle décrit si bien ? Pas du tout. Dorota Masłowska, après avoir reçu la plus prestigieuses des distinctions des Lettres polonaises, le prix Nike, pour son deuxième roman Tchatche ou crève, s’est tournée vers le théâtre avec des représentations de ses pièces dans le monde entier. Mais pourra/saura-t-elle, entre ses études et les articles pour différentes revues, écrire à nouveau un autre Polococktail party ?

« Entre Magda, mais sans Irek. On dirait qu'il lui est arrivé quelque chose, elle a l'air de s'être décomposée en particules élémentaires, les cheveux d'un côté, le sac de l'autre, la robe à gauche, les boucles d'oreilles à droite. Le collant de travers, couvert de boue. Les yeux dégoulinant de larmes noires. Comme si toute une armée polono-russe lui était passée sur le corps en traversant le parc. Ça ravive tous mes sentiments. »

 

Dorota Masłowska, Polococktail party, Éditions Noir sur Blanc, 2004, traduit du polonais par Zofia Bobowicz, 254 pages, 17 €

 


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