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Ceux qui croyaient au Ciel

Ceux qui croyaient au Ciel

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L’emploi de l’imparfait par Geneviève Esquier dans le titre de son ouvrage Ceux qui croyaient au Ciel, best-seller sur l’histoire des Saints de France publié en 1985, semble indiquer un passé révolu. Comme si les hommes et les femmes d’aujourd’hui ne croyaient plus à la Providence. Le « C’était mieux avant. » devenant, dès lors, postulat incontestable. Profondément marquée par Jean-Paul II, cette ancienne journaliste à L’Homme Nouveau offre un merveilleux panorama de ces passionnés du Christ dont la foi et l’engagement demeurent source d’inspiration et d’imitation pour les hommes de bonne volonté. Sa douce sensibilité féminine d’esprit et de cœur guide le fil de son écriture. Sa subtile description d’Isabelle de France, sœur adorée de Saint-Louis, fait l’éloge de La Femme : « Un gant pour la main de Dieu. C’est la vocation première et unique de tout chrétien, homme ou femme. Mais une telle vocation est d’autant plus impérieuse que l’on a reçu, comme Isabelle, la grâce d’être femme, c’est-à-dire épouse dans son être même. » Geneviève Esquier sait que la femme tient une place éminente dans la création. Et notre auteur choisit, au sein de sa galerie de portraits uniques, de lui donner un éclat incomparable. Tentons à notre tour d’approcher ces femmes saintes représentant toutes les saintes femmes fortes et fières en gardiennes de la beauté et de la douceur du monde, du bon ordonnancement des sociétés, mais fragiles aussi, car trop souvent menacées par le tumulte des folies des hommes.

Divine élection pour la première d’entre elles : la Vierge Marie. « La reine de France, c’est Marie. D’une part parce qu’elle est la nouvelle Eve, médiatrice et mère universelle depuis que, sur la croix, Jésus a dit : "Voici ta mère." D’autre part et particulièrement, parce que la France, en 1638, est mise sous la protection spéciale et officielle de la Reine des anges et des hommes, à la suite des vœux de Louis XIII puis de la décision de Pie XI, qui a proclamé Notre-Dame de l’Assomption "patronne principale de la France". »

Dix ans après la mort et la résurrection de Jésus, ses trois amis les plus intimes, Lazare et ses deux sœurs Marthe et Marie, accompagnés de Marie Jacobé, mère de Saint Jean l’évangéliste et de Marie Salomé, toutes deux de la propre famille de la Sainte Vierge, arrivent en Camargue. Ce précieux équipage choisit la France pour accoster plutôt qu’un autre pays ou une île de la Méditerranée. C’est le cadeau privilégié de Dieu pour cette Gaule qui, en ce milieu du Ier siècle est barbare et idolâtre, adorant les dieux celtes, gothiques ou latins. Marie Jacobé et Marie Salomé, cousines de la Vierge Marie, convertiront tout le delta du Rhône. Depuis vingt siècles, les gitans de l’Europe entière viennent aux Saintes-Maries-de-la-Mer prier celles qui furent si proches de la Mère de Dieu.

Lyon est la première église locale en terre des Gaules. C’est dans cette ville, en 177, que le sang des premiers martyrs coule pour le Christ. Parmi les figures glorieuses que sont l’évêque Potin et quarante-sept autres compagnons jaillit une étoile lumineuse : Blandine. Agée de quinze ans, la chétive esclave subit le terrible supplice de voir mourir un à un ses coreligionnaires, les fauves se détournant d’elle dans l’arène. Elle est finalement égorgée par ses bourreaux. Le rayonnement surnaturel des martyrs lyonnais est éclatant et le miracle de conversion intérieure s’accomplit chez tous ceux qui les approchent : « Grâce aux saints martyrs, ceux qui avaient apostasié rentrèrent dans le sein de l’Eglise, où ils furent conçus de nouveau. […] Ils furent alors le sujet d’une grande gloire pour le Christ, car ils lui rendirent témoignage, contrairement à l’attente et aux désirs des païens. »

Evoquons encore Clotilde, splendide égérie du guerrier franc Clovis qu’elle convertit par sa longanimité, épouse fidèle, proche de l’évêque Rémi, modèle de reine pour toutes celles qui à sa suite marqueront d’une empreinte singulière l’histoire de France. Mesurons la puissance d’âme de la princesse burgonde, dont un fils meurt quelques jours après son baptême, lorsqu’elle s’écrie, écrasée de douleur : « Je rends grâce au Dieu tout-puissant et créateur de toutes choses, qui ne m’a pas trouvée indigne d’être la mère d’un enfant admis dans son céleste royaume. La douleur de sa perte ne trouble pas mon âme ; sorti de ce monde avec la robe blanche de son innocence, il se nourrira de la vue de Dieu pendant toute l’éternité. » La France, celle qu’on nomme fille aînée de l’Eglise, naissait merveilleusement et officiellement à la chrétienté, un soir de baptême, à Noël 496, par une nuit où les étoiles voulurent scintiller plus fortement, offrant leurs filaments d’argent en promesse d’éternité.

Comment taire le destin de l’illustre Jeanne d’Arc, patronne secondaire de la France au même titre que Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face ? La jeune paysanne venue des marches de Lorraine, dite pucelle d’Orléans, entre sa seizième et dix-neuvième année, rend à une nation son âme et son unité. Pour elle, toujours et en tous lieux, « Dieu est premier servi. ». Similitude parfaite de sa vie avec celle de Notre Seigneur Jésus-Christ où sacrifice expiatoire et gloire terrestre éphémère se mêlent. Miracle des miracles que cette jeune femme n’ayant pas eu d’équivalant dans l’histoire du monde. Voici l’une de ses fulgurances, lorsqu’elle réplique à son juge tourmenteur lui intimant de dire si elle était bien en la grâce de Dieu, lors de son odieux procès : « Si je n’y suis, Dieu m’y mette ; si j’y suis, Dieu m’y garde. » Intelligence des intelligences…

Louise de Marillac aux côtés de Vincent de Paul, Marguerite-Marie à Paray-le-Monial, Catherine Labouré et sa médaille miraculeuse, Bernadette Soubirous et l’Immaculée Conception, Elisabeth de la Trinité l’humble carmélite de Dijon, sont d’autres figures édifiantes. Elles ne peuvent cependant épuiser la liste innombrable des Saintes de France. L’observation de ces quelques destins exceptionnels, sans oublier ceux de leurs pendants masculins, la méditation de leur vie bâtie sur l’amour inconditionnel de Dieu, sont de précieux sésames qu’il serait insensé de ne pas s’approprier un tant soit peu.


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