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Christus vincit, Christus regnat, Christus imperat

Christus vincit, Christus regnat, Christus imperat

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En ces temps incertains, il est un personnage de notre histoire qui rappelle utilement ce que furent l'empire chrétien et les fondements de l'Europe, et qui incarne une notion devenue aujourd'hui évanescente mais pourtant si nécessaire à la bonne conduite d'un État : celle de la "juste autorité" du souverain et de son corollaire, l'exercice de la puissance publique guidé par l'intérêt général.

Max Gallo, dans Moi, Charlemagne, empereur chrétien qui vient de paraître en février 2016, demeure ce biographe et historien doué pour parler à tous. Il campe un empereur au crépuscule de son existence. Au bord du fleuve qui, selon les grecs, sépare la vie de la mort, dans son palais d'Aix, Charlemagne dicte, à la première personne, le récit de sa vie à son fidèle lettré Eginhard. Pendant trois années et chaque jour, ce dernier entend les confessions nocturnes du grand Karolus Magnus.

Fils de Pépin le Bref et de la reine Bertrade, petit-fils du glorieux Charles Martel, Charlemagne conscient de sa magnifique lignée, examine avec lucidité son passé : « j'ai converti les peuples, j'ai brisé les idoles, j'ai protégé la Sainte Église ». Dès l'âge de 11 ans, Pépin le Bref lui confie la mission d'accueillir le pape Étienne II. Bouleversé par la rencontre entre son père et le souverain pontife qui adresse au roi des Francs la supplique d'être défendu et protégé, Charlemagne mesure très jeune la densité de la charge qui sera bientôt la sienne. Àla mort de Pépin le Bref, en 768, Charlemagne devient roi à tout juste 26 ans. Trois ans plus tard, son frère Carloman meurt et il hérite alors de la deuxième partie du royaume.

Homme fasciné par les femmes qui l'accompagneront toute sa vie, lui apportant la douceur et la chaleur des corps en compensation de la rudesse des armes et du fer de la guerre, il épouse en seconde noce la fille du roi Didier des Lombards, Désirée, qu'il répudie ensuite quand il entre en guerre contre ces Lombards maîtres de l'Italie depuis 200 ans. Il prend alors comme épouse une jeune femme de 13 ans nommée Hildegarde.

Après la prise de Pavie et la reddition du roi Didier, Charlemagne devient, en 774, roi des Francs et des Lombards, repoussant un peu plus loin les limites géographiques de son royaume. Les guerres et les conquêtes sont incessantes. Charlemagne veut ressusciter l'Empire Chrétien d'Occident. Chaque peuple vaincu et soumis se voit converti à la foi catholique et placé sous son auguste autorité. De 794 à 799, il lutte contre les Saxons dont il finit par soumettre le chef Widukind. Les missi dominici -ses représentants- qui parcourent le royaume distillent les volontés du roi et les observances à suivre sous peine de condamnation -la mort, la tonsure et l'enfermement dans un monastère, ou une amende pécuniaire, selon la gravité des faits- contenues dans les capitulaires. L'épisode de la décapitation de 4500 soldats saxons à Verden marque l'autorité implacable du roi. La crainte de "l'homme de fer" se répand comme traînée de poudre, ce qui conduit Charlemagne à réévaluer l'échelle des peines dans le sens d'une plus grande clémence. Nourri pendant ses repas de pieuses lectures effectuées par un clerc, il entend le plus souvent Saint Augustin et sa Cité de Dieu, l'un de ses pères spirituels avec Saint Jérôme, et croit profondément que la charité est une des preuves et des vertus de la foi vivante.

En 783, il est touché au cœur par la mort de son épouse Hildegarde qui lui a donné 3 fils et 3 filles. Cette même année, sa mère Bertrade qu'il vénérait tant disparaît à son tour. Une quatrième épouse germaine, Fastrade, qui décède en 794, puis une cinquième alamane, Lintgarde, qui meurt en 800, le conduiront à ne plus vouloir convoler et à vivre désormais avec des concubines. Sa descendance est nombreuse comme il sied à un prince chrétien de cette envergure, 10 garçons et 10 filles nés de ses mariages et de ses amours.

Pendant ce temps, les batailles se multiplient contres les Avars, descendants des Huns, barbares qui se jettent sur Rome, contre les Normands, contre les infidèles, les Maures et les Sarrasins en Espagne où le preux Roland trouve une mort tragique, piégé à Roncevaux dans un étroit passage de montagne.

Toutes ces guerres menées pour le Seigneur et la Sainte Église qui a fait allégeance à Charlemagne servent en outre l'ambition de cet immense stratège qui devient aussi le protecteur des chrétiens d'Orient et des lieux saints. Depuis Pépin le Bref, le royaume des Francs a doublé de superficie grâce à l'annexion de la Gascogne, l'Aquitaine, la chaîne des Pyrénées, la Saxe…

Dans l'incomparable destinée de ce prince, il ne faut point omettre la figure du maître et inspirateur de Charlemagne, Alcuin, saxon de 7 ans son aîné, qui met au service du roi son immense savoir et lui dispense les 7 degrés des connaissances autour de la philosophie, de la grammaire, de la rhétorique et de la dialectique, de l'arithmétique, de la géométrie, de la musique et de l'astronomie. Quand notre prince se remémore ses leçons, au cœur de la nuit obscure, il croit entendre la voix de son illustre précepteur :

  • Qu'est ce que l'écriture? demande Charlemagne,
  • La gardienne de l'histoire, répond Alcuin,
  • Qu'est ce que la parole?
  • La trahison de la pensée.
  • Qui entendra la parole?
  • La langue.
  • Qu'est que la langue?
  • Le fléau de l'air.
  • Qu'est ce que l'air?
  • Le gardien de la vie
  • Qu'est ce que la vie?
  • La joie des heureux, la douleur des malheureux, l'attente de la mort.
  • Qu'est ce que l'homme?
  • L'esclave de la mort, l'hôte d'un lieu, un voyageur qui passe.

Soucieux de culture et d'éducation pour ses peuples, Charlemagne fonde l'Académie Palatine et, dans un capitulaire de 789, les écoles : "que les ministres de Dieu attirent auprès d'eux non seulement les jeunes gens de condition servile, mais les fils d'hommes libres. Qu'il y ait des écoles de lecture pour les enfants. Que les psaumes, les notes, le chant, le calcul et la grammaire soient enseignés dans tous les monastères et tous les évêchés".

Passionné de chasse qu'il pratique entre deux batailles, il établit son quartier général à Aix dont il apprécie tout particulièrement les bains chauds aux thermes. Là, dans cette ville dont la chapelle qu'il érige est comparée à un nouveau temple de Salomon, il réunit les siens, pour jouir de repos et refaire ses forces, toujours entouré de la présence des femmes. Il voit sa cité d'Aix comme la nouvelle Jérusalem.

Le 25 décembre 800, il est couronné empereur à Rome par le Pape Léon III dont il est devenu le défenseur un an plus tôt. À 60 ans, il domine l'Empire Chrétien d'Occident, il est le digne successeur de Constantin. Contrarié que Léon III l'ait ceint de la couronne sans qu'il ait pu le devancer dans ce geste, on se souvient que Napoléon, fort de ce fait historique marquant, prendra la couronne des mains de Pie VII pour se couronner lui-même.

Max Gallo, en conclusion, nous prévient : « c'est l'écho lointain de nos origines, d'une histoire que rien ne peut effacer, sinon la disparition de notre civilisation ». Tout est dit. Nous sommes prévenus.


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