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Chroniques pour une révolution conservatrice

Chroniques pour une révolution conservatrice

Par  
Propos recueillis par Maximilien Friche

Mauvaise Nouvelle : A l’issue de l’année 2016, une question me taraude : à quoi servent toutes ces chroniques écrites une à une, patiemment, tard après les journées de travail, suite à la lecture d’écrivains conservateurs historiques ou récents ?

Raouldebourges : Mes raisons sont multiples et pas forcément liées entre elles quoique toutes bien nécessaires. Elles répondent à une ambition intellectuelle et un plaisir narcissique ; au souci vital de transmission et à une logique de thésaurisation ; à l’exigence d’alerter, et de critiquer ce monde moderne conspiration contre toute vie intérieure ; au simple plaisir d’un partage littéraire et d’idées ; à un geste de panache inutile ; à une singulière quête de vérité ; à une réflexion sur l’organisation politique de la cité et sur les orientations nécessaires pour notre pays qui permettraient d’éviter que notre civilisation ne disparaisse ; à forger un esprit de résistance à cet air du temps que je respire assez mal ; à cultiver une ancienne et précieuse amitié. A tout cela c’est sûr et autres motifs qui viendront un jour.

MN : au-delà de cette démarche très personnelle, il se dessine dans vos chroniques rassemblées en un seul volume, une espèce de cohérence, de convergence vers un combat politique…

R : Je crois de façon certaine que l’inculture ambiante et l’amer constat de la folie qui s’est emparée de l’homme émancipé, affranchi de son histoire et dépourvu de toute mémoire, l’indifférence et l’indifférenciation autres fruits vénéneux de l’idéologie libérale libertaire qui recouvre tous les domaines de l’activité humaine (familiale, sociale, économique, culturelle, religieuse) à l’échelle planétaire, ont constitué les éléments décisifs de ce projet. Etre en rupture, détester violemment les politiquement et médiatiquement corrects, pratiquer l’écart (c’est-à-dire le refus catégorique) face à la post-modernité et la post-vérité, ces chimères qui mènent le combat contre la Vérité, ont nourri ce travail. Réhabiliter l’homme délégitimé, menacé de disparition par le transhumanisme et l’humanité 2.0 créés ex-nihilo par les maîtres actuels du monde, dénoncer à toutes forces le multiculturalisme qui morcelle puis désintègre nos sociétés judéo-chrétiennes,  ont tissé d’autres fils d’analyse. Une posture esthétique, intellectuelle, politique et métaphysique (la fameuse métapolitique de Pierre Boutang) s’imposait naturellement à moi pour tenter de conserver une forme de liberté et d’espérance.

MN : Dans votre combat politique vous vous êtes choisis des héros. Vous vous mettez à leur service et vous nous livrez ainsi une véritable bibliothèque de combat… Et d’où vient cette ligne directrice du conservatisme et cet oxymore de « révolution conservatrice » ?

R : Les écrivains conservateurs actuels qui m’ont accompagné ont vu leurs rangs grossir ces dernières années. Ils sont de plus en plus écoutés et influents : citons Sévillia le précurseur, Finkielkraut le lucide observateur de l’identité malheureuse, Zemmour le polémiste ultra-réaliste quant au danger islamique, Houellebecq le visionnaire et contempteur de notre affreuse société de consommation, Philippe de Villiers le témoin repenti des arcanes du système oligarchique des élites au pouvoir qui détestent le peuple, pour ne citer que les plus médiatiques d’entre eux. Il y a bien sûr aussi tous les auteurs historiques de la pensée conservatrice (Aristote, Tacite, Cicéron, Tocqueville, Châteaubriand, Burke, Soljenitsyne….) qui sont des classiques dont les citations et les pensées ont été rencontrées ici ou là. L’ouvrage De l’urgence d’être conservateur écrit par Roger Scruton philosophe anglais, intime de briser les logiques progressistes de déconstruction qui ont littéralement anéanti ces cinquante dernières années toutes les structures d’autorité qui maillent notre géniale civilisation : couples et familles, institutions, école, nation, frontières, peuple français, religion catholique, chefs d’Etat et gouvernants dignes de ce nom. Le Finkielkraut anglais insiste de façon poétique sur les merveilles irremplaçables que sont les saisons, les paysages ruraux, les architectures traditionnelles, le rythme lent des choses de toujours par opposition à la frénésie ambiante, dans une sorte d’hymne à la beauté du conservatisme. Si j’ai parlé de « révolution conservatrice », c’est que menacé comme jamais, le conservatisme, principe moteur de notre civilisation, doit réaffirmer ce qu’il est par essence (prédominance du bien commun, souci de la justice sociale, nécessité de l’autorité, essentialité de la morale comme clé de l’agir individuel et collectif, importance de la religion chrétienne pour reverticaliser l’homme et permettre un vivre-ensemble pérenne…), afin de résister aux vagues destructrices de la modernité et protéger notre identité et notre culture françaises.

MN : Vous avez évoqué au début de l’entretien une nécessité de transmettre et de thésauriser. Vous êtes donc un passeur ? Un passeur d’armes intellectuelles pour les générations futures, celles qui mèneront le combat ?

R : Il fallait aussi donner de la matière à mes enfants pour qu’ils survivent dans le monde tel qu’il se construit autour des monstres glaçants que sont le technicisme, le tout-numérique, le tout-économique et le relativisme. Il fallait leur transmettre des arguments, des références, la compagnie des ombres de notre histoire et, le souvenir bien vivant des grandes figures de notre roman national. Leur donner le goût du conservatisme, c’est-à-dire la compréhension d’un présent fécondé par le passé et anticipation d’une juste vision de l’avenir, consistait à leur proposer une doctrine sûre et un style de vie.

Ce travail se poursuit car je refuse le néant qui se profile.


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Écrire pour être lu
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Pour un retour à Aristote
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