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Conservatisme ? Qu’es aquò ?

Conservatisme ? Qu’es aquò ?

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Dans une époque qui a érigé le dogme du changement permanent en principe absolu, il est bon de se plonger dans le livre de Jean-Philippe Vincent, énarque et économiste : Qu’est-ce que le conservatisme ? (sous-titré Histoire intellectuelle d’une idée politique). Etre conservateur, c’est la concordia ordinum et le régime mixte de Cicéron, c’est-à-dire « l’art de pondérer » ou encore : « l’art d’aimer la démocratie avec modération » pour reprendre le mot de Mahoney. En France, il existe une tradition conservatrice autour de deux mouvances. La première est le courant contre-révolutionnaire avec Bonald, Maistre ou Chateaubriand, légitimisme qui n’a guère de descendance en France et en Europe, à l’exception peut-être de l’écossais MacIntyre et de Molnar. La seconde mouvance est le conservatisme libéral avec les « monarchiens » Tocqueville, Guizot, Taine, Renan dont l’influence intellectuelle est encore bien vivante. L’auteur nous apprend que « c’est en France que le mot conservateur (puis son corpus d’idées qui a revêtu le nom de conservatisme) a pris son sens politique initial. Le Conservateur était en effet le titre du journal politique et artistique créé en 1818 par Chateaubriand et qui combinait habilement libéralisme, traditionalisme et conservatisme naissant autour de sa devise « Le Roi, la Charte et les honnêtes gens » ». Jean-Philippe Vincent pense qu’il ne faut pas réduire le conservatisme à la seule critique de la Révolution française et de ses principes, comme l’avait fait Edmund Burke dans son opus magnum Réflexions sur la Révolution française (que nous commenterons prochainement pour Mauvaise Nouvelle). Le conservatisme est un style of thought qui assure sa permanence historique. Il pourrait se résumer par les six canons de Russell Kirk extraits de son célèbre ouvrage et encore influent, The conservative Mind : from Burke to Santayana, écrit en 1953 :

  1. La société ne se suffit pas à elle-même, il y a dans la vie humaine quelque chose qui la dépasse et tient du divin. Cet élément de transcendance est fondamental pour éviter toute divinisation, celle du pouvoir en particulier, et l’hubris source des principales tragédies historiques.
  2. La vie est multiforme, ce qui confère tout son sel à l’existence humaine. Aucun égalitarisme ou utilitarisme ne doit tenter de réduire cela.
  3. Une société civilisée requiert des ordres et des classes. La seule égalité qui vaille est une égalité morale, une égalité devant Dieu. Le nivellement et l’égalitarisme pavent la voie du despotisme.
  4. La liberté et la propriété sont intimement liées.
  5. Les coutumes et usages sont bons en eux-mêmes et constituent des contrepoids humanisant à l’absolutisme auquel pourrait mener la recherche de la seule raison.
  6. Si le changement est naturel et conforme à l’essence du conservatisme, il convient de se défier de la réforme, et plus que tout, de la révolution et de sa perpétuelle tentation de faire table rase.

La doctrine conservatrice peut se synthétiser autour des couples suivants : autorité et pouvoir, liberté et égalité, autorité et liberté (relire Bertrand de Jouvenel sur ce binôme), individu et bien commun, histoire et tradition, préjugé et raison, religion et morale, propriété et vie en société. La notion d’autorité nous semble cardinale en ce qu’elle contient cette idée de continuité, de permanence, d’attachement à la tradition, au passé et à l’histoire. Ainsi l’exemple de l’Eglise est-il significatif : son autorité ne dépend en rien du comportement « plus ou moins bien inspiré » de tel ou tel souverain pontife mais d’une « succession deux fois millénaire d’adhésions individuelles et donc d’une tradition articulée autour d’un corpus dogmatique ». L’auteur, catholique, nous met en garde contre les méthodes des progressistes visant à saper l’autorité intellectuelle et morale de la tradition catholique et à trahir la vérité, comme ce fut le cas pour Pie XII qualifié de « Pape d’Hitler » et encore, mutatis mutandis, pour Jean-Paul II et Benoît XVI « considérés a priori comme conservateurs et ennemis du progrès ». Cette idolâtrie de l’innovation, une innovation sans racines contenant intrinsèquement tous les risques d’autoritarisme pour les libertés, peut constituer ce que Vincent appelle joliment un « fléau du bien ».

D’autres pistes de réflexion nous sont proposées : « sur la question toujours actuelle du bien commun, les conservateurs estiment généralement que les mécanismes politiques (le suffrage universel) et économiques (l’économie de marché) ne suffisent pas à dégager les buts ultimes d’une société. Si tel était le cas, il en résulterait une déperdition de sens » ; « l’expérience dans l’analyse conservatrice doit primer sur l’abstraction et la pensée déductive » ; reprenant Burke « la société c’est un contrat, un partenariat intergénérationnel dans toutes les sciences, un partenariat dans tous les arts, un partenariat dans toutes les vertus et les perfections. C’est un partenariat non seulement entre ceux qui vivent actuellement, mais aussi avec ceux qui sont morts et ceux qui viendront à naître. »

Modérément libéral, ancré dans le réel, suspicieux à l’égard des idéologies abstraites, enclin aux desseins à dimension humaine et donc doté d’une manière d’humilité, lucide sur la nécessité des hiérarchies dans la société renforçant le lien social, soucieux de morale, le conservateur n’est pourtant pas hostile au changement pourvu qu’il s’inscrive dans la continuité. Sa posture peut se mâtiner de la vertu de prudence, de pondération et de maîtrise, et s’appliquer à la vie sociale, aux questions économiques ou aux sujets d’éthique. Jean-Philippe Vincent nomme cela « le conservatisme libéral ». Il lui voit un grand avenir en Europe en tant qu’idée politique neuve.


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