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Crépuscule du matérialisme

Crépuscule du matérialisme

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Enfin une bonne nouvelle. Nous assisterions au Crépuscule du matérialisme selon l’auteur de l’ouvrage, Richard Bastien, journaliste, économiste et ancien fonctionnaire. L’argumentation se base sur une approche mêlant foi et raison de la part de celui qui est aussi directeur de la Ligue catholique des droits de l’homme à Ottawa. La culture postmoderniste ne tolère d’autre raison que la raison scientifique. Elle soutient mordicus que nous ne serions que le pur produit du hasard, un accident de la nature, que nous n’aurions été voulus par personne. La vision du temps décrète l’incompatibilité de la science et de toute raison métaphysique. A rebours de cette certitude bien ancrée, Bastien s’ingénie à prouver qu’il est possible d’aimer la science et Dieu.

Faut-il se soumettre aux nouveaux diktats moraux des écologistes radicaux qui exigent, au détriment de l’être humain, l’épanouissement de la faune et de la flore, ou bien aux lubies des antinatalistes virulents qui condamnent la reproduction de notre espèce ? Peut-on raisonnablement, comme les thuriféraires du progrès y enjoignent, à l’unisson du philosophe britannique Russel, « bâtir nos vies sur le solide fondement du désespoir » ? Il semble, à scruter de près tout cela, que le nihilisme et le relativisme (égalitarisme forcené, antispécisme) que répandent à profusion les progressistes déconstructeurs, ne conduisent qu’à la seule impasse du rien, du vide, de l’absurde. Et qu’il faille, dans un réflexe salutaire, se tenir bien éloigné de ces folies idéologiques. Bien sûr, l’incompatibilité entre foi et raison fut martelée par d’autres, depuis longtemps, par les philosophes des Lumières, Voltaire, d’Alembert, Condorcet et Diderot, bientôt suivis au XIXème siècle par Comte et Renan.

L’argument des athées selon lequel les chrétiens seraient peureux et se rassureraient à bon compte par des chimères n’est pas bien solide. L’exact contraire, le courage absolu, est éclatant dans les vies de Thomas d’Aquin, François d’Assise, Jean-Paul II, Benoît XVI ou Mère Teresa qui ressemblent d’assez loin à des froussards existentiels. Bastien fore le cœur de la question : « Ce qu’il faut comprendre, c’est que la prétendue incompatibilité entre science et religion n’a rien à voir avec la science proprement dite et qu’il s’agit en réalité d’une colossale fumisterie, d’un projet idéologique visant à nier l’existence de Dieu et à neutraliser l’influence morale et culturelle du christianisme. » Nous y voilà. Le nœud gordien sensible à trancher s’est cristallisé en deux positions inconciliables : d’un côté une conception du monde et de l’homme d’inspiration naturaliste, tout à la fois matérialiste, athée et irrationnelle, et de l’autre, une conception de l’homme et du monde fondée sur la philosophie grecque et médiévale, tout à la fois théiste et rationnelle. L’esprit matérialiste d’aujourd’hui, époque orpheline de la transcendance, affirme péremptoire, que nous ne devons pas rechercher le pourquoi des choses mais nous satisfaire du comment. La vie serait un mystère dont il faudrait accepter notre impuissance à le percer. Néanmoins, le fait de qualifier la vie de « mystère » revient à adopter la position selon laquelle une singularité initiale, une main invisible ou un Dieu créateur pourrait en être à l’origine. De nombreux scientifiques acceptent humblement l’hypothèse. Ce faisant, ils ne verrouillent pas le champ des possibles qui permet aux disciplines humaines, scientifiques et philosophiques d’explorer les dimensions naturelles et surnaturelles de l’existence. Rappelons que beaucoup d’hommes de science du passé ou actuels, dont certains furent les fondateurs de disciplines scientifiques, croyaient en Dieu et n’eurent aucun scrupule à confesser leur foi :

  • Nicolas Copernic (1473-1543), père de la cosmologie héliocentrique ;
  • Francis Bacon (1561-1626), scientifique et théoricien de la méthode expérimentale ;
  • Galilée (1564-1642), mathématicien, physicien et astronome ;
  • Johannes Kepler (1571-1630), père de l’astronomie physique ;
  • William Harvey (1578-1657), père de la médecine moderne ;
  • Isaac Newton (1643-1727), découvreur de la gravitation ;
  • Louis Pasteur (1822-1895), père de la microbiologie ;
  • Gregor Mendel (1822-1884), père de la génétique ;
  • Max Planck (1858-1947), père de la physique quantique ;
  • Georges Lemaître (1894-1966), père (à double titre puisqu’il était prêtre) de la théorie du Big Bang ;
  • Jérôme Lejeune (1926-1994), pionnier de la recherche sur les maladies chromosomiques ;
  • Francis S. Collins (né en 1950), directeur du projet de décryptage du génome humain ;
  • Stéphane M. Barr (né en 1953), professeur de physique et d’astronomie à l’université de Delaware
  • Liste non exhaustive…

Selon les tout derniers sondages du Pew Research Center, 51% des scientifiques américains affirment croire (33% en Dieu et 18% en un principe universel ou une puissance supérieure). Si ces grands esprits cartésiens n’éprouvent pas de difficulté à concilier leur foi et leurs travaux scientifiques, c’est qu’ils ont compris que Dieu n’est pas réductible, qu’il est radicalement différent de cet univers qu’il a créé ex-nihilo et que son action créatrice n’est ni due à une nécessité cosmique ni à un jeu de hasard mais est plutôt le fruit de sa divine providence , en vertu de laquelle il « conduit avec sagesse et amour toutes les créatures jusqu’à leur fin ultime » (Catéchisme de l’Eglise catholique, § 4).

Sur la question de la création et de l’évolution qui oppose farouchement créationnistes et évolutionnistes, le cardinal Ratzinger avait affirmé en 1980 qu’elle pouvait ne pas présenter de difficultés de conciliation : « On ne peut dire : la Création ou l’évolution, car ces deux notions répondent à deux questions différentes. L’histoire de la glaise du sol et du souffle de Dieu ne révèle pas en effet comment se forme un homme, mais ce qu’il est. Elle décrit son origine profonde, en éclaire le projet sous-jacent. La théorie de l’évolution, au contraire, prétend connaître et décrire les processus biologiques. Mais elle ne peut expliquer de la sorte l’origine du « Projet Homme », son principe interne, sa véritable nature. Nous nous trouvons donc ici devant deux questions qui ne s’excluent pas, mais se complètent […] La signification de l’évolution, c’est que l’univers n’est pas une espèce de grosse boîte dans laquelle les choses ont été mises, telles quelles, mais est comparable à un arbre vivant, en croissance et en devenir, qui lance peu à peu, toujours plus haut, ses branches vers le ciel. »

Dans une sorte d’autodestruction mentale, les progressistes nient que la vie a un sens. Ils s’étranglent alors face à la pertinence de la biologie finaliste d’Aristote. Ils exècrent toute visée téléologique, c’est-à-dire l’affirmation d’une cause dernière. Quelle folie dans leur acharnement. Pourquoi tant de détestation du mystère ? Pourquoi ne pas se réjouir de la sublime complexité des choses en même temps que de leur incroyable ordonnancement ? Pourquoi se haïr soi-même finalement ? A l’inverse de ces postures, Avery Dulles, prêtre jésuite américain et théologien, mort en 2008, établissait trois écoles de pensées scientifiques compatibles avec une philosophie chrétienne de la nature, les trois admettant que Dieu puisse jouer un rôle essentiel mais différent dans le processus de l’évolution :

  • les évolutionnistes théistes pour qui Dieu déclenche le processus en produisant au moment de la création (Big Bang) la matière et l’énergie qui se transformeront au fil de centaines de millions d’années en végétaux, en animaux et en êtres humains
  • les théoriciens du « dessein intelligent » considèrent quant à eux que cette transformation ne peut se faire sans des interventions « en cours d’évolution »
  • enfin, pour les tenants de l’organicisme téléologique, la poussée de l’évolution et ses percées dans des formes de vie supérieures dépendent de la présence dynamique de Dieu à sa création.

Pour éviter que les chrétiens ne se trouvent marginalisés au sein de l’espace public, ils doivent se lever et clamer que foi et raison, loin d’êtres opposées, vont de pair. Ils doivent se fonder sur l’enseignement de Jean-Paul II, dans l’encyclique Fides et Ratio : « La foi et la raison sont comme deux ailes qui permettent à l’esprit humain de s’élever vers la contemplation de la vérité. »

« Bref, conclut Richard Bastien, les chrétiens doivent démontrer que la vraie foi est enracinée dans la raison, et n’exclut pas du tout l’approche scientifique. »


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