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Dernier été… avant la table rase

Dernier été… avant la table rase

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Si vous avez aimé Soumission de Houellebecq, vous plébisciterez Dernier été de Franz-Olivier Giesbert. Même immersion dans une France offerte à l’islam, même sentiment d’avoir perdu le génie de notre nation envolé dans les vents de la post-modernité. « Les informations du jour ont fini de me plomber. Sous la pression des décroissants, des islamistes et des pisse-froid, l’Assemblée nationale venait de décider, à une large majorité, de supprimer la fête de Noël et de la remplacer par la journée de la Bienveillance. Le nom ne pouvait plus être utilisé dans les manifestations officielles et les dictionnaires étaient invités à le faire disparaître de leurs futures éditions. »

On est plongé dans une Apocalypse de fin des temps : « Il y avait encore eu des « émeutes de la chaleur » partout en Europe, notamment à Paris, Milan, Barcelone, Munich, Lille, Strasbourg. Les jeunes cassaient tout en centre-ville, tabassaient les passants, brisaient les vitrines, pillaient les boutiques, ouvraient les bouches d’incendie, tiraient les femmes par les cheveux pour les violer à plusieurs dans les squares. », « En France, une manifestation monstre de plus d’un million de personnes avait réclamé la démission du gouvernement et du président à vie dont la petite phrase la veille, considérée comme une provocation, faisait des vagues dans l’opinion : « J’ai certes beaucoup de pouvoirs mais pas celui de faire baisser les températures du pays, Allahou Akbar ! » Depuis un an, il concluait toujours ses déclarations sur ces mots qui faisaient écho au « God bless you » des chefs d’Etat américains. » Dans cette société de la violence extrême, il y a des organisations comme la Ligue des hétérosexuels blancs et catholiques, le Parti unique ou le Camp du Bien, première association culturelle du pays. Les communautarismes ont vaincu toutes les digues culturelles et historiques, les lois de moralisation sont pléthore, le blasphème contre l’ordre religieux établi est assimilé à un délit raciste et passible des plus hautes condamnations. La censure est omniprésente : « Sur la liste noire de la commission Busnel de « moralisation de la culture » figuraient, entre autres, Aragon, Céline, Bernanos, Duras, Handke, Arendt, Malaparte, Jünger, von Salomon, Drieu La Rochelle, Soljenitsyne, Steinbeck, McCullers, Chardonne, Finkielkraut, Guitry, Heidegger, Gide, Onfray, Rivarol, Houellebecq, Muray, Bloy, Louÿs, Millet, Burke, Chateaubriand, des écrivains parfois fascisants, monarchistes, polémiques ou licencieux, souvent réputés très à droite à un moment de leur vie. »

Une nouvelle loi interdit de publier les dessins humoristiques dès lors qu’ils risquent d’offenser les roux, les frisés, les chauves, les barbus, les agriculteurs, les obèses, les maigres, les demeurés, les surdoués, les fonctionnaires, les cheminots, les musulmans, les alcooliques, les policiers, les délinquants, les cyclistes, etc. Une députée décrète que le rire est « ontologiquement vulgaire et discriminatoire. » On pense à la phrase d’Orwell qui disait que plus une société s’éloigne de la vérité plus elle hait ceux qui la disent.

Giesbert fait penser et parler ses deux personnages principaux, et souvent leurs réflexions font mouche : « Si la France ne limite pas les entrées sur son territoire, elle sera engloutie. Elle l’est déjà, au demeurant. Elle risque de disparaître et sa fin provoquera fatalement des réactions violentes, une guerre civile. » ; « La grande caractéristique de cette engeance (le Camp du Bien) est qu’elle réclame toujours qu’on la plaigne pour le mal qu’elle fait aux autres, tant elle a le sentiment d’être parfaite, vertueuse. Elle ne connaît pas les problèmes de conscience. Elle a continuellement la morale pour elle, même quand elle s’essuie les pieds dessus. » ; « Ce pays est perdu, je ne le reconnais plus : ici, les coupables sont toujours innocents, et les innocents coupables. »

Le principe de la table rase est radicalement appliqué comme aux meilleures heures de la Terreur pendant la Révolution française : « Le numéro deux du gouvernement, qui détenait notamment le portefeuille de la Culture, avait décidé l’application immédiate de la loi d’éradication du racisme artistique et ordonné la destruction des œuvres grecques, romaines et plus récentes exposées au Louvre qui donnaient une « image idéalisée » des Blancs. » La critique à peine voilée des décoloniaux, féministes, écologistes, LGBT et autres progressistes de tous poils déterminés à réécrire l’histoire à leur profit et à régénérer la société, affleure sans mal.

Giesbert, dans ce roman où se noue une histoire d’amour improbable, bancale, décalée, comme la société moderne sait en créer à profusion, cherche à alerter ses lecteurs. Il lance un cri de détresse, un De profundis, à la manière d’autres, parce qu’il voit disparaître ce qu’il a aimé et s’instaurer ce qu’il déteste et conduit à notre perte définitive.


Au fond de la rade. Y a-t-il une vie avant la mort ?
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C’était mieux avant monsieur Le Goff ?
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Faire sens ? Et puis quoi encore ?
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