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Dernières conversations avec Benoît XVI, le collaborateur de la vérité

Dernières conversations avec Benoît XVI, le collaborateur de la vérité

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Benoît XVI, Pape émérite, retiré de la vie publique après sa démission surprise qui stupéfia le monde, sort de son silence le temps d’un entretien. Nul coup médiatique dans ces Dernières conversations avec le journaliste Peter Seewald avec lequel il avait déjà travaillé dans les livres Le Sel de la Terre et La lumière du monde. Joseph Ratzinger se livre intimement et avec pudeur comme pour offrir une part de lui-même qu’il sait utile à l’Eglise catholique. Il ne se met pas en avant dans cet entretien et ce qui frappe, comme souvent chez les conservateurs -et le Pape en est l’archétype par excellence-, c’est une grande et vraie humilité. Malgré la gloire humaine, malgré la renommée planétaire, malgré la puissante intelligence dont la nature l’a doté, Benoît XVI demeure totalement humble. Eh oui, l’Eglise et ses serviteurs sont des signes de contradiction. Ils ne sont pas du monde et leur royaume n’est pas ici-bas. La société moderne ne peut pas les comprendre pleinement car elle s’est vouée, de préférence, au marché et au consumérisme, aux fausses idoles, au technicisme et à la virtualité d’un monde insensé d’images et de bruits incessants.

« Croire n’est autre, que dans l’obscurité du monde, toucher la main de Dieu et ainsi, dans le silence, écouter la Parole, voir l’Amour » concluait Benoît XVI, à l’issue des exercices spirituels de la Curie romaine en février 2013. Il insistait sur les enjeux : « En cet instant de notre histoire, le vrai problème est que Dieu disparaît de l’horizon des hommes ». La lumière provenant de Dieu s’éteint au moment où l’humanité souffre d’une perte de repères aux effets destructeurs. Le Pape Benoît XVI mène depuis longtemps un combat pour que la barque de l’Eglise ne sombre pas dans le puits sans fond du relativisme et du matérialisme. C’est l’image de l’arche de Noé qu’il emploie pour conduire à la transmission d’un monde meilleur. Il exhorte les hommes de bonne volonté à la « radicalité eschatologique de la révolution chrétienne ».

Joseph Ratzinger, jeune, se posait la question cruciale de savoir ce qu’il allait faire de sa vie : « Je suis tombé sur Saint-Augustin en 1946, la lutte qui s’exprime chez lui, même après sa conversion, m’a profondément touché. D’où un côté dramatique et beau. Sa formule : « J’ai appris des platoniciens : « au commencement était le verbe ». J’ai appris des Chrétiens : « le Verbe s’est fait Chair ». Et c’est ainsi seulement que le Verbe est venu à moi ». Saint Augustin le guidera ensuite toute sa vie.

Nous découvrons quelques-uns de ses goûts littéraires, le Soulier de Satin de Claudel, Dialogues des Carmélites de Bernanos, et musicaux, le Requiem de Mozart, la Messe en si mineur de Bach et la Passion selon saint Matthieu. L’encyclique Deus caritas est fut celle qui le marqua le plus. Quant aux évènements qu’il préféra en tant que Pape, ce furent « les Journées mondiales de la jeunesse qui constituèrent vraiment l’un de ses meilleurs souvenirs ».

Concernant sa rencontre avec Poutine, nous apprenons que tous deux conversèrent en allemand –Poutine le parle parfaitement- et que Benoît XVI a apprécié cet « homme de pouvoir », « conscient de la nécessité de la foi » qui « se rend parfaitement compte que l’homme a besoin de Dieu ». Avant d’offrir au Pape une icône, Poutine fit un signe de croix et la baisa.

Comment ne pas évoquer la figure de Saint Jean-Paul II dont il fut le plus proche collaborateur en tant que Préfet pour la Doctrine de la Foi, et que le Pape émérite cite si souvent dans son livre ? L’un fut mystique et profondément attaché à Marie, l’autre érudit et tout dévoué à Jésus. Ce qui fit leur extraordinaire complémentarité pendant le pontificat de Jean-Paul II.

Joseph Ratzinger est élu le 19 avril 2005, 264e successeur de saint Pierre : « Je ne pouvais être un Jean-Paul III. J’étais un autre individu, d’une autre envergure, avec un autre genre de charisme ou d’absence de charisme ». En guise de programme de gouvernement, le nouveau Pape déclare, lors de la messe d’inauguration : « ne pas faire sa volonté, ne pas poursuivre ses idées, mais, avec toute l’Eglise, se mettre à l’écoute de la Parole et de la volonté du Seigneur, et se laisser guider par lui », puis, toujours soucieux de lutter contre les puissances maléfiques qui ravagent le monde et cherchent à faire disparaître l’homme, il ajoute textuellement : « nous ne sommes pas le produit fortuit et absurde de l’évolution. Chacun d’entre nous est le fruit d’une pensée de Dieu. Chacun est voulu, chacun est aimé, chacun est indispensable ».

Pour Benoît XVI, l’Europe « redevient une terre de mission », et il ne va plus de soi qu’elle constitue le centre de l’Eglise universelle. Les Eglises africaines, sud-américaines, philippines redonnent de « l’élan à l’Occident fatigué », le « réveillent de sa lassitude », de « sa tendance à oublier la foi ». On devine en creux l’inquiétude du Pape sur ce que deviendra l’Europe, son très probable changement de visage par l’action puissante de l’idéologie multi-culturaliste qui imprègne toutes les élites politiques dans le monde, sous la pression migratoire et les coups de boutoir des conquérants arabo-musulmans. Il demeure néanmoins dans l’espérance :

« Il ne faut pas renoncer à annoncer l’Evangile, tout simplement. Dans le monde gréco-romain, il paraissait complétement absurde qu’une poignée de Juifs partent de chez eux pour essayer de gagner au christianisme le vaste monde gréco-romain instruit et intelligent. On essuiera toujours de graves revers. Nous ne savons pas comment l’Europe se développera, ni dans quelle mesure elle restera toujours l’Europe si d’autres couches de population la restructurent. Mais indépendamment de toutes les prévisions de succès, il est absolument indispensable d’annoncer cette Parole qui porte en elle la force de construire l’avenir et de donner du sens à la vie des hommes. Les apôtres ne pouvaient pas mener d’enquêtes sociologiques, se demander si ça allait marcher ou non, ils ne pouvaient se fier qu’à la force intérieure de cette Parole. Au début, ils n’étaient qu’un petit nombre de personnes, très humbles, qui se sont réunies. Ce mouvement a ensuite gagné de vastes cercles. La Parole de l’Evangile peut évidemment disparaître de certains continents. Nous voyons bien que les continents chrétiens des débuts, l’Asie mineure et l’Afrique du Nord, ont abandonné le christianisme. Elle peut disparaître de régions où elle a été importante. Mais jamais on ne pourra cesser de la proclamer, jamais elle ne pourra devenir insignifiante ».

Benoît XVI qui a pris pour devise « collaborateur de la vérité » affirme en conclusion de cet entretien que « Dieu n’est pas qu’une puissance lointaine, mais qu’Il est amour, qu’Il l’aime – et que la vie doit être déterminée par Lui. Par cette force qui s’appelle l’amour. »


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