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Des profondeurs de leurs cœurs

Des profondeurs de leurs cœurs

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Le Pape émérite Benoît XVI et le Cardinal Robert Sarah viennent d’écrire à quatre mains Des profondeurs de nos cœurs. Vibrant plaidoyer théologique et ecclésiologique en faveur du célibat des prêtres catholiques, état de vie qui remonte aux temps apostoliques, au moment où celui-ci est contesté de toutes parts et à l’intérieur même de l’Eglise.

C’est le synode pour l’Amazonie ouvert en 2019 par le Pape François qui a mis le feu aux poudres et ouvert le risque d’une irréversible division du monde catholique si ses travaux venaient à remettre en cause le principe du célibat des prêtres. La Cardinal Robert Sarah, guinéen et ardent défenseur de l’inculturation au sein des différentes régions du monde, à condition qu’elle s’appuie sur la Tradition pleine et entière de l’Eglise, ne retient pas sa colère : « Je voudrais exprimer ma très profonde indignation quand j’entends dire que l’ordination d’hommes mariés est une nécessité puisque les peuples d’Amazonie ne comprennent pas le célibat et que cette réalité sera toujours étrangère à leur culture. Je devine dans ce genre d’arguments une mentalité méprisante, néocolonialiste et infantilisante qui me choque. Tous les peuples du monde sont capables de comprendre la logique eucharistique du célibat sacerdotal. Ces peuples seraient-ils dépourvus de l’instinct de la foi ? Est-il raisonnable de penser que la grâce de Dieu serait inaccessible aux peuples d’Amazonie et que Dieu les priverait du don du célibat sacerdotal que l’Eglise garde depuis des siècles comme un joyau précieux ? »

Lors d’une homélie prononcée dans la basilique vaticane le 18 avril 2015, Joseph Ratzinger (futur Benoît XVI) rappelait l’enjeu fondamental qui se joue : « Avoir une foi claire, selon le credo de l’Eglise, est souvent qualifié aujourd’hui de fondamentalisme. Tandis que le relativisme, qui consiste à se laisser balloter et emporter à tout « vent de doctrine », semble la seule attitude acceptable selon les critères d’aujourd’hui. Nous allons vers une dictature du relativisme qui ne reconnaît rien comme certain et ne retient comme critère ultime que son propre ego et ses propres désirs. » Le lien est ainsi tout trouvé avec ce qui se trame en Amazonie et qui déterminera l’avenir de l’Eglise tout entière. Les forces progressistes à l’extérieur et à l’intérieur de la noble institution ont décidé d’en découdre, et d’en finir, avec ce qui apparaît comme un épouvantable scandale au rationalisme répandu dans les esprits occidentaux : des hommes voués radicalement à Dieu, consacrés dans leur sacerdoce, ayant fait l’acceptation du don total dont la chasteté est une composante majeure. Les forces progressistes, après avoir attaqué violemment l’Eglise sur les questions de pédophilie, ce qu’elles n’ont pas fait contre toutes les autres organisations qui ont connu ce fléau (il aurait alors fallu poursuivre nombre de soixante-huitards, beaucoup de personnes en fait, les Sartre, Beauvoir, Cohn-Bendit, Dolto, Lang….), savent pertinemment que si elles parviennent à leurs fins elles porteront le coup de grâce. Soyons clairs, si le célibat sacerdotal est remis en cause, l’Eglise catholique se fracturera et fera face à un schisme cataclysmique. La division sera alors consommée et ressemblera à certains égards à cette situation curieuse que nous voyons de l’existence actuelle de deux papes. Cette perspective réjouit évidemment la multitude de ses adversaires. Si nous osons un pronostic quant à la décision finale du Pape François sur ce sujet brûlant, nous pensons qu’il actera la fin de ce marqueur indélébile de la condition du prêtre, écoutant sa voix intérieure de jésuite inflexible, conscient de jouer un rôle clé dans l’adaptation de l’Eglise à la modernité. Cela provoquera le séisme ultime pour les catholiques, mais aussi pour le monde qui n’aura plus cette puissance de vérité unifiée seule apte à éviter les affres d’une possible destruction générale de l’humanité.

A la manière de Saint Augustin, nos deux sommités affirment d’une même voix : « Silere non possum ! » Je ne peux pas me taire ! Les vagues du relativisme submergent la barque de l’Eglise. Benoît XVI enfonce encore le clou, sans mauvais jeu de mot : « Si dans l’Ancien Testament les prêtres ne se consacraient au culte que durant des périodes déterminées, rendant possible la compatibilité du mariage et du sacerdoce, le contexte est différent aujourd’hui. En raison de la célébration eucharistique régulière et souvent même quotidienne, la situation des prêtres de l’Eglise de Jésus-Christ se trouve radicalement changée. Désormais, leur vie entière est en contact avec le mystère divin. Cela exige de leur part l’exclusivité à l’égard de Dieu. Cela exclut par conséquent les autres liens qui, comme le mariage, embrassent toute la vie. De la célébration quotidienne de l’Eucharistie, qui implique un état de service de Dieu permanent, naquit spontanément l’impossibilité d’un lien matrimonial. On peut dire que l’abstinence sexuelle qui était fonctionnelle s’est transformée d’elle-même en une abstinence ontologique. » Cette position n’est en rien, contrairement au point de vue contemporain, la conséquence d’un mépris de la corporéité et de la sexualité. Est-il en effet religion plus soucieuse du corps à la fois du vivant de la personne et même après sa mort -avec la résurrection- que le catholicisme ? Est-il vision anthropologique plus profonde en ces temps incertains où l’altérité homme/femme est contestée au nom d’un progressisme qui serait en marche dans l’histoire ?

Le Cardinal Sarah évoque sa propre vocation née de l’émerveillement qu’il eût dans sa jeunesse de ces prêtres missionnaires ayant donné leur vie pour annoncer Jésus-Christ et qui parcouraient inlassablement les villages de Guinée : « Qu’il me soit permis de l’affirmer avec certitude et force : je crois que si l’on avait ordonné des hommes mariés dans chaque village, on aurait éteint la faim eucharistique des fidèles. On aurait coupé le peuple de cette joie de recevoir, dans le prêtre, un autre Christ. Car, avec l’instinct de la foi, les pauvres savent qu’un prêtre qui a renoncé au mariage leur fait don de tout son amour sponsal. »

Nous concluons cette recension, inquiets de la suite, non sans avoir rappelé la véritable analogie entre le sacrement de mariage et le sacrement de l’Ordre qui culminent tous les deux dans un don total. Voilà pourquoi ces deux sacrements sont exclusifs l’un de l’autre.


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