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MN prend la marge et revient en septembre


Dieu en 1970

Dieu en 1970

Par  

L’affaire du curé d’Uruffe défraya la chronique dans les années 1950 du XXème siècle.

Le prêtre de Dieu en 1970 de Jean-François Pissard présente plusieurs similitudes avec celui d’Uruffe. Toutefois, le roman est situé à Saint-Clair et Michel ne commet aucun meurtre. Comme Guy Desnoyers, il est un grand fervent de football et s’occupe de la compagnie de théâtre amateur. La ressemblance s’arrête là. Il est fou d’amour et toutes ses obsécrations ne le protègent pas de ses sentiments pour Lydie Berry, une femme charmante un peu bourgeoise, un peu délaissée par son mari. Michel livre un combat intense pour ne pas être propulsé dans l’abîme. Hélas, l’attirance est la plus forte et entraîne les amants dans le malstrom du bien et du mal dans un suspense créé par leur situation respective.

Ils ne sont pas libres de se chérir. Il est prêtre ; elle est mariée. Michel s’épanche à un ami qui en retour lui fait part de ses confidences. Oui, lui aussi a succombé. Avec un homme. Son mentor. Tous les deux à l’âge adulte ont décidé de vivre leur passion, sans pour autant quitter leur sacerdoce. Est-ce possible, penseront certains ? Profanation diront d’autres. Sous la plume de Jean-François Pissard, la réponse est affirmative. Mais, que de tourments ! Toute la foi s’incline devant le désir, mais non sans peine et non sans risque. Une écriture d’une grande délicatesse est indispensable pour transmettre le chavirement et la douleur dans l’amour. Jean-François Pissard parvient à faire comprendre au lecteur le trouble qui peut étreindre les hommes lorsqu’ils ne sont nullement préparés à subir le profond tourment engendré par la passion. Une émotion qui précipite Michel dans les affres de la culpabilité, du doute, de la jalousie.

Michel prend conscience de ses sentiments au retour d’une répétition du groupe de théâtre, quand il ramène Lydie dans sa voiture. Les choses difficiles commencent et ne peuvent que mener au drame. Michel rate l’embranchement tant sa nervosité est grande.

« Il ralentit et cherche où tourner de part et d’autre de cette route boisée. Le cœur du village est derrière. Il repère un chemin de terre sur la gauche et s’y engouffre trop vite. Le sol troué secoue la voiture avant qu’elle ne s’immobilise dans un bruit d’amortisseurs, de flaque, de boue, et que le moteur cale. Le prêtre lâche le volant, abasourdi. À ses côtés, Lydie Berry est blême. La tension montée d’un cran est extrême. Quand Michel, il ne sait pourquoi, se sent soudain délivré de toute inhibition et de tout entendement. C’est l’ivresse que procure le délire. Sa main glisse sans qu’il ne puisse la retenir et vient coiffer celle de Lydie. Elle se crispe et après se détend. Il est envahi d’une envie de pleurer. C’est la première fois qu’il s’abandonne à la main d’une femme depuis son enfance. Elle pose son regard sur lui en silence. Il brille et affiche, en reflet de l’âme, cette expression d’animal blessé qui réclame du secours au promeneur qui l’a découvert. Leurs doigts s’entrelaçant lui procurent la sensation d’une caresse. Elle approche la tête et la pose sur son épaule. Michel appuie sa tempe sur ses cheveux, savourant cet instant exquis et douloureux. De l’arc de son bras il enveloppe Lydie. Sa bouche effleure sa tempe. Elle tressaille. Leurs visages se touchent, front contre front, nez contre nez, exacerbant cette émotion qui coure en eux derrière leurs yeux fermés. Ils respirent peu et cependant ils vivent. Sans qu’ils sachent qui embrasse, ils s’embrassent. Ils n’osent pas plus. Ils en restent là. Ce baiser est leur Annapurna. Ils demeurent de longues minutes hors du temps, quand un
bruit de moteur et des lumières qui se rapprochent les extirpent de là. Michel éteint ses phares. Le véhicule dépasse l’allée en ralentissant, provoquant chez l’un et l’autre un affolement, mais l’intrus file et finit par disparaître.
- Je suis désolé pour tout, s’excuse le prêtre je… »

 Un roman sur la foi, le sacerdoce, l’amour, la passion, les vœux et l’adultère et la désolation.

Jean-François Pissard, Dieu en 1970, Editions Jerkbook, 2016


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