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Écrire pour être lu

Écrire pour être lu

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Écrire pour être lu. Cette devise préside à tout travail de rédaction. Écrivains, journalistes, communicants…nul n’y fait exception hormis peut-être les poètes (mais mon affection fausse peut-être mon jugement en la matière).

Comme l’on tue l’ours pour vendre sa peau, on écrit désormais pour séduire le lecteur. Dis-moi qui te lit et je te dirai quoi écrire. La plume se fait caméléon en fonction de son public. Elle se prostitue auprès de qui la flatte.

Ils sont très peu nombreux ces esprits libres et sincères qui prennent le risque de coucher sur le papier ce qui leur brûle les doigts et le cœur sans souci du qu’en dira-t-on ou de leur succès en libraire. Et malheureusement, moins nombreux encore sont ceux qui osent les publier. Ces plumes aventureuses, ces arpenteurs de chemins de traverse, ces défricheurs de terres inconnues sont certes de moins en moins nombreux mais ils sont de plus en plus visibles. C’est en général après eux qu’hurle la meute décérébrée des plumitifs appointés par la bienpensance, des aigris de l’encrier, des atrophiés du bon sens. Par les temps qui courent, cet adoubement sur le champ de bataille suffit presque à proclamer le talent de celui qui est vilipendé.

Car voilà, bonnes gens, l’élégance d’une écriture subtile, la pertinence d’un propos structuré…ça ne nourrit plus ! Il faut écrire pour être lu de la masse grouillante dans sa crasse ignorance, dans son insondable bêtise et dans son égoïsme primitif. Il faut écrire pour tous. L’auteur ne transcende plus, il contente.

Les formations sur le sujet font flores. Un seul credo : l’écriture doit être efficace. Sans que l’on n’y prenne garde, l’écriture devient ainsi peu à peu un acte de production comme un autre, qui doit susciter l’effet que l’on attend de lui. Pourtant à voir l’état de la presse de notre pays, à quelques exceptions près, il ne semble pas que cela fonctionne merveilleusement bien.  Mais peut-on pour autant se réjouir de l’abdication de l’intelligence, de la réflexion ou de l’esprit polémiste ?

Un français utilise de manière courante, entre 1 500 et 3 500 mots. Considérant que ce « socle commun », pour reprendre une expression chère à l’école de la république, s’effrite avec le temps, il apparaît de plus en plus nécessaire d’entrer en dissidence. Il ne convient plus d’écrire pour être lu mais bien d’écrire pour faire lire !

L’écriture ne peut, en effet, se contenter d’être une industrie de massification. Elle ne peut se satisfaire de servir un idéal d’égalité dans la médiocrité. L’écriture est un combat. Il s’agit d’un acte héroïque, d’un mouvement de création profondément réactionnaire. La lecture devient alors un voyage au bout des mots, une ouverture vers des horizons infinis, une bouffée d’oxygène dans un quotidien que l’on traverse le plus souvent en apnée. On ne peut définitivement pas écrire comme l’on fait de la purée lyophilisée. C’est un art que de jouer des lettres, une alchimie délicate, une fragile harmonie. Elle n’est pas affaires de boutiquiers mais d’artistes.

Il y a indubitablement une certaine indécence à vouloir écrire pour être lu. C’est faire fi de la liberté et c’est à son encre que se sont écrites nos plus belles pages.


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