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Fortune et infortune de la Belle d'amour

Fortune et infortune de la Belle d'amour

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La vie au Moyen-Age, au XIIIème siècle de Saint Louis par exemple, avait une autre saveur. C’est sûr, c’était mieux avant : on vivait, on priait, on se damnait pour une drôlesse puis on cherchait éperdument la rédemption car on croyait à Dieu et à Diable, on partait à la « croiserie » car le tombeau du Christ était pris et qu’on n’avait guigne du matériel et des choses. La vie et la mort étaient les deux pans d’une éternité qui voulait que chaque homme laissât une trace. C’était dur, violent parfois (pas plus cependant que notre époque avec son matérialisme libéral et son hubris prométhéen), mais c’était beau, grand et profond ; c’était mieux avant…

Dans son roman Belle d’amour, Franz-Olivier Giesbert nous emporte dans une excursion au long cours à travers sa belle, infortunée puis fortunée, puis infortunée encore (et ainsi de suite), héroïne prénommée Tiphanie. Avec cette phrase de Sénèque pour qui « La vie, ce n’est pas attendre que l’orage passe, c’est apprendre à danser sous la pluie. », nous allons, haletants, suivre les pas d’une femme dans ce temps médiéval bien souvent frappé d’ostracisme alors qu’il sut marquer durablement de son génie l’Occident chrétien et notre chère France, à l’image de la chevalerie qui « réinventa l’honneur, la religion, la morale, l’aventure, la bravoure, la galanterie, le désintéressement, sans oublier l’amour courtois respectueux de la femme, que célébraient dans les châteaux tant de vers et de chants. » Paris 1247, la pauvre Tiphanie est abandonnée à un commerçant grossier et libidineux, Charles Jean-Bon, qui la tourmente, accompagné de ses deux fils, et la réduit à l’état de chose. Sa vie n’est que misère et enfer avant qu’elle ne s’enfuie avec Enguerrand, bourreau de son état. Elle devient alors, à ses côtés, « exécuteur de femmes », ou « bourrelle » : « Je hochai la tête : la vie m’a appris depuis longtemps qu’il ne fallait pas avoir peur des horreurs du monde, on s’y accoutume toujours plus vite que l’on croit. C’est simplement une habitude à prendre. » Le matin des épousailles de Tiphanie et Enguerrand, leurs trois amis portent de grandes croix rouges en drap, cousues sur leurs habits, et semblent comme exaltés : « Quelque chose de très important était en train de faire trembler la terre de France. Une secousse tellurique, une tempête métaphysique. »

Il faut partir pour Jérusalem. L’auteur, grâce à la foi et au regard de ses personnages, explique le sens de la croisade : « Jérusalem était comme un couteau planté dans le cœur de tous. Franc, Germain, Anglais, Normand, Breton, Flamand, Lombard, Sicilien ou Catalan, chacun saignait de l’intérieur, pressé de se sacrifier pour le tombeau de Jésus-Christ. La ville sainte était la grande cause du continent. Edifiants furent les destins de tous ceux qui se donnèrent à elle, corps et âme, pour racheter leurs péchés et gagner la vie éternelle. Mystiques et allumés, ils étaient habités par le Christ en personne et quand, en chemin, ils tombaient à genoux pour prier, on croyait même entendre le souffle de Dieu. » Giesbert poursuit sa démonstration avec l’aide de Châteaubriand : « L’auteur des Mémoires d’outre-tombe fut un as de la prophétie qui a prédit la mondialisation et la société de consommation. A propos des croisades, il assure qu’elles ne furent pas des " folies " et permirent, au contraire, de " sauver le monde d’une inondation de nouveaux Barbares. Les croisades, en affaiblissant les hordes mahométanes au centre même de l’Asie, nous ont empêchés de devenir la proie des Turcs et des Arabes. Les Maures ont été plusieurs fois sur le point d’asservir la chrétienté. Les disciples du Coran sont-ils demeurés tranquilles dans les déserts de l’Arabie et n’ont-ils pas porté leur loi et leurs ravages jusqu’aux murailles de Delhi et jusqu’aux remparts de Vienne ?" ». Tiphanie, retrouvée par l’horrible Charles Jean-Bon, doit subir des représailles infâmantes : être couverte de tatouages à la symbolique diabolique. Partie à la croisade, elle est attachée à la personne du roi Saint-Louis qu’elle servira avec dévotion et admiration. Sa vie incroyable et sublimement incarnée connaîtra encore les soubresauts de la fortune et de l’infortune, comme toujours en ce temps-là.


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