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Houellebecq est-il un auteur controversé ?

Houellebecq est-il un auteur controversé ?

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Dans un article, Mathieu Giroux explique doctement pourquoi les lecteurs des auteurs réputés controversés par les arbitres des élégances culturelles actuelles les lisent par sectarisme (ma réponse ici). Ces lecteurs s'imagineraient alors être transgressifs voire subversifs du fait seulement de la mauvaise réputation politique de ces écrivains, réputation entretenue depuis des décennies par la gauche, depuis 1945 précisément.

Gare à l'auteur n'étant pas « résistant » estampillé pendant la Seconde Guerre !

Gare à celui ayant continué de publier durant cette période !

A deux exceptions près Beauvoir et Sartre, combattants glorieux de gôche comme il faut depuis la terrasse du « Flore » et des « Deux Magots » de 1939 à 1945 ce que tout le monde sait…

Un auteur ne vantant pas les mérites du progrès en avant toute, doutant des bienfaits des idéologies, considérant avant tout la gratuité de la création littéraire est au mieux un « anar de droite » bien sympathique disant des horreurs entre la poire et le fromage tel Michel Audiard, au pire un nostalgique des fameuses z-heures les plus sombres de notre Histoire. Une chose toujours amusante lors des évocations d'Audiard, le « petit cycliste » selon le surnom donné par Gain, est que dans leur dédain ces bons élèves citant le dialoguiste des « Tontons flingueurs » pour se donner le genre affranchi oublient généralement son immense culture classique construite en autodidacte.

Michel Houellebecq est de ces auteurs suscitant régulièrement la polémique parmi les bons apôtres. Il y a quelques mois encore les augures et pythies du « Magazine Littéraire », à la suite de la parution de « Soumission », entre autres publications qui savent distinguer le bon grain de l'ivraie, le classait parmi les auteurs « réacs ' ». Ce genre de classification radicale, péremptoire et peu bienveillante n'ayant pourtant aucune signification réelle est permise, notons le, elle n'a rien de sectaire pour les beaux esprits et les premiers de la classe. La gauche culturelle a toujours raison, ne se trompe jamais, à droite, où que l'on soit on est toujours dans l'erreur, on n'a rien compris, on est un genre de « cuistre réac ».

D'où naît sa réputation « d'écrivain controversée » ? C'est plus ou moins une manière pudique de dire qu'il est de droite. Un « écrivain controversé » ne se soucie pas de délivrer un message aux masses laborieuses, il s'en fiche de désespérer ou non Billancourt et se préoccupe surtout de Littérature et d’Écriture. Un « écrivain controversé » n'est donc pas un militant contrairement à ce que ceux ne l'aimant pas laissent entendre. Il est surtout libre et c'est précisément cette liberté et son indépendance qui énervent…

C'est juste qu'il n'aime pas beaucoup son époque à cause de la pauvreté intellectuelle et spirituelle triomphantes, qu'il se tape comme d'une guigne de la modernité, et pire encore de la diversité ou du multiculturalisme.

Le problème finalement est que Houellebecq est surtout lu au premier degré, et reconnaissons le, pas seulement à gauche. « Soumission » n'a rien d'un pamphlet. Les lecteurs, même ceux se voulant « avertis », ne comprennent pas la distance entre l'auteur et ses personnages, cela ne signifiant pas l'absence de « matériau personnel » couché sur papier par l'écrivain. Il n'est cependant pas l'informaticien maussade de « Extension du domaine de la lutte », il n'est pas le « Daniel » de « La possibilité d'une Ile » et encore moins le bourgeois partouzard et vaguement libertaire des « Particules… ».

Enfin, le plus gênant chez lui est son goût pour la satire. Et dans son dernier livre, il s'en donnait à cœur joie. Les bons apôtres ne la comprennent pas, avoir le sens de la dérision leur est inaccessible. Ils ont cette gravité qui est le bonheur des imbéciles, ils nagent avec délices dans l'esprit de sérieux. Ils ne sont pas là pour se ficher du monde, eux savent, eux ont les réponses et la panacée pour sauver l'humanité. Pas Houellebecq, lui écrit, et décrit des personnages humains, faillibles, un peu trop facilement, ainsi que nous tous, le tout étant d'en avoir conscience.

Et puis, ces « bons apôtres » il se moque souvent d'eux et cela est impardonnable à leurs yeux. Ils connaissent bien leur ridicule, leur côté grotesque, et ont très peur du moqueur osant le mettre en lumière, avec leur vanité de petits bourgeois rajoutant aux prétentions sociales et matérielles de leur milieu d'origine des prétentions de guides culturels et d'élites. Et abomination de la désolation, comble de l'humiliation à leurx yeux, il vend ses livres.

La postérité ne retiendra pas leurs noms, celui de Houellebecq sera à n'en pas douter dans les « Lagarde et Michard » du XXIIème siècle…


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