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Jean d’Ormesson s’adresse aux égarés

Jean d’Ormesson s’adresse aux égarés

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Quand Jean d’Ormesson s’exprime, il faut marquer une pause et l’écouter. Surtout quand il le fait sur le mode de la réflexion métaphysique et sur le ton de l’intime. Dans le Guide des égarés, notre académicien nous entretient de la vie, de la mort, du secret, de l’eau, du cosmos, de Dieu bien sûr comme il l’avait fait déjà dans son ouvrage Je dirai malgré tout que cette vie fut belle commenté pour Mauvaise Nouvelle. Il nous parle encore de la beauté, de la justice, de la science, du progrès, du mal, du temps, du plaisir et de l’amour, lui l’amoureux transi de la vie, l’épicurien insatiable, l’incorrigible curieux de tout et de tous, du monde si mystérieux, si imparfait, si ordonné, si éternel et si éphémère. « A nous les égarés, l’univers, le temps, l’histoire, le sens de notre vie apparaissent comme un mystère ». Ce sera le fil rouge de son petit manuel, ce « pourquoi » de notre existence, cette fascination pour l’infiniment petit et l’infiniment grand qui font de notre nature humaine duale une réalité dans son incarnation et une virtualité par l’infime place qu’elle occupe au sein d’un espace et d’un temps sans limites. Très vite, notre auteur nous exhorte au lâcher prise, à l’abandon confiant, comme pour nous préparer à un voyage intérieur : « notre vie est un mystère. A quoi bon nous débattre ? Renonçons à connaître ce qu’il nous est impossible de connaître. Fermons les yeux. Profitons d’une existence qui est une sorte de miracle. Soyons heureux ». Baudelairien dans son aspiration au ciel, Jean d’Ormesson définit la lumière comme « une ascension vers un inconnu peut-être inconnaissable », une sorte d’envol loin des « miasmes morbides » pour se « purifier dans l’air supérieur ».

Sur le temps, notre écrivain cite Ronsard : « le temps s’en va, le temps s’en va, ma dame. Las ! Le temps non, mais nous nous en allons ». Nous ne nous étonnons pas que d’Ormesson, l’intellectuel façonné aux humanités classiques, place la pensée dans un ordre « plus foudroyant, plus explosif encore que la lumière et le temps », cette pensée « sortant de la matière comme l’histoire sort du big-bang ».

Pour la question du mal, l’expérimenté lettré nous invite « à ne pas considérer le mal comme la rupture scandaleuse d’un ordre universel dominé par le bien, mais à inverser la perspective et voir le bien comme une exception lumineuse dans un monde où règne le mal ». Ce mal qui est « intelligent, inventif, souvent subtil, familier du talent et qui touche parfois au génie ». Profond, tournant momentanément le dos à une vie de plaisirs et d’honneurs, notre auteur alors pascalien, invite à fuir le « divertissement » des choses futiles, pour rechercher « le bonheur et le bien, brèves éclaircies dans les tempêtes du mal, clairières éparses dans sa forêt obscure ». Heideggérien, il nous livre sa propre version du « wir sind geboren zu sterben » : « vivre n’est rien d’autre que mourir dans un avenir plus ou moins proche et toujours imprévisible ». Est-ce pour souligner alors l’absurde de l’existence ? Non, d’Ormesson ne tombe jamais dans cet écueil facile. Il préfère, avec Platon, « aller à la vérité de toute son âme », puis avec Saint Paul s’adressant aux Corinthiens, situer l’amour au-dessus de tout : « si je n’ai pas l’amour je suis comme un airain qui résonne et une cymbale retentissante ». Augustinien, il propose un chemin, une exhorte dépouillée et lumineuse : « Ama et fac quod vis. Aime et fais ce que tu veux ». Thérésien, il s’abandonne un instant à « la voie d’enfance » et clame qu’on « ne parle pas de Dieu mais qu’on parle à Dieu ». Reprenant la belle prière de Grégoire de Naziance « Ô toi, l’au-delà de tout, tu es au-delà de toute intelligence. Seul, tu es indicible car tout ce qui se dit est sorti de toi. Seul, tu es inconnaissable car toute connaissance est sortie de toi… ». Jean d’Ormesson conclut son guide des âmes, désormais moins égarées, par ces simples mots semblables à une épitaphe : « Dieu, absent et présent, est notre unique espérance ».


Jean d’O, l’éternel
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Jean Biès, Le livre des jours
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A la source de Jean-Edouard Colleter
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