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L'amant noir

L'amant noir

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L’amant noir d’Etienne de Montety, responsable du Figaro Littéraire, est une belle histoire. Celle du lieutenant Duclair, versaillais, aristocrate, saint-Cyrien, destiné au bonheur grâce à ce monde élégant et normé dont il est issu et qui confère à coup sûr la réussite sociale. Il faut ajouter poète, écrivain, idéaliste pour saisir alors que tout ne sera pas long fleuve tranquille pour ce jeune français plongé dans la Grande Guerre de 14-18. Il y sera marqué au fer rouge et subira un traumatisme intérieur inguérissable : « Un poète dans la guerre. Laisse-t-on le sort des armes entre les mains d’un homme qui a la tête dans la Grèce antique, enfouie au creux d’une belle indolente ? La première chose qui m’était venue à l’esprit à l’annonce de notre départ pour le front c’était : quel loisir la guerre me laissera-t-elle pour lire ? Certains jours, elle m’accordera plusieurs heures, d’autres fois, une poignée de minutes pour parcourir quelques pages. Je lisais Chénier et le doux Musset. Je ne manquais jamais de savourer ces lectures arrachées à la violence. » Muté à Constantinople où il rencontre sa femme, l’enjouée Artémis, en même temps que les plaisirs de l’opium mêlés à ceux de la littérature, notre lieutenant reste un être fragile, seul et triste, malgré les réjouissantes paillettes stambouliotes qui offrent au jeune couple une vie mondaine et trépidante. Ni le Maroc et « ce désert qui fait revenir les plus prodigues dans le droit chemin », à l’instar de Charles de Foucault si admiré au sein de son univers familial traditionnel, ni Montparnasse, la vie parisienne et l’épicurisme l’accompagnant, ne sauront convertir son mal-être existentiel en espérance. Il porte en lui la caractéristique si particulière et rare de ceux qui cherchent une vérité sur l’homme au-delà des apparences du monde tangible.

Son ami le plus proche se nomme l’opium, cet amant noir, qui l’emporte dans quelque éther supérieur, pour exorciser la blessure du réel, pour fréquenter ces paradis artificiels l’arrachant à ce monde trop dur, non poétique, matériel, hostile aux âmes différentes et profondes qui n’y peuvent trouver place. Route tortueuse empruntée par le lieutenant Duclair qui aurait pu inversement, après la brûlante épreuve du feu, choisir la réclusion silencieuse d’une cellule de monastère. C’eût été une voie toute autre, probablement libératrice. Le plongeon dans l’abîme incertain de l’écriture fera vibrer en lui l’illusion fugace d’une rédemption possible mais son « de profundis », son lourd fond de détresse l’emportera toujours, inlassablement : « Je ne sais pas pourquoi je meurs et noie, avant d’entrer à l’éternel séjour. Je ne sais pas de qui je suis la proie, je ne sais pas de qui je suis l’amour… »


Erik Satie toujours précurseur
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Les brumes intemporelles
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Clochemerle en couleurs et en ébullition
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