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La poésie de Lucie Gaidier

La poésie de Lucie Gaidier

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Quelquefois je suis saisi par la beauté d’un paysage, d’une peinture, très rarement par la poésie surtout sur l’Internet. Mais les poèmes que nous offre Lucie Gaidier sur sa page Facebook fut pour moi une excellente et surprenante surprise. Elle nous apporte la fraicheur (19 ans) et la délicatesse de son talent.

Les thèmes de sa poésie sont extrêmement fragiles : des nuages qui passent, les rêves, le vent, les fleurs, la ronde des saisons, la vie, les anges …

Quelle délicatesse dans l’expression d’une mélancolie si pure, on goûtera le charme d’un poème comme celui-ci :

Les tintements du jour
Se perdent dans les champs -
Dans le matin fané -
Dans les bruissements sourds
D'une note cuivrée -
Dans le vent.
Les présences se brisent
Entre l'orge et le blé.
Le clocher reste muet
Face au levant cendré.
Il laisse tituber
La brise
Sur des brindilles cassées –
Ce qu'il reste de vie.
(…)

Et aussi de courts poèmes, à la façon des haikus

L'étincelle ondulée
De tes cheveux au vent
Souffle un sentier de miel
Sur les yeux du couchant

Ou

Un bruissement sacré
Inscrit ses féeries
Sur les ailes radieuses
Des douces pluies d'été

Chez beaucoup de poètes la nature n’est qu’un prétexte. Chez Lucie Gaidier, au contraire elle existe à l’état vierge ; il y a entre elle et les sentiments exprimés une sorte d’accord naturel qui rend la déformation inutile. Nulle amplification, nulle métamorphose, nul effort pour plier, s’adapter aux contours de l’inspiration ou du rêve le spectacle quotidien. Et pourtant quelle palpitation délicieuse du cœur, dans ces vers :

Ces nuages qui passent
Et qui fendent le ciel -
Baptisent un calme mort
Sur la flaque d'automne.
Ils se penchent pour voir
Quelques restes d'enfance
Ciseler dans l'éclat
L'aile blanche d'un ange.
Comme au-dessus du vide,
Ils se penchent pour boire
Les reflets d'une vie
Dans la source placide.
Les gestes monochromes,
Se perdent entre les larmes -
Entre les murs livides
Du musée de mon âme -
Entre les statues blanches
Des amours que l'on laisse
Perdues dans un dédale
De clarté et de cendres.
L'ange joue de la lyre
Au-dessus des nuages -
Et sa mélancolie
Tombe comme une pluie -
Sur ces immenses plaines
Fusillées par les ans -
Sur ces anciens domaines
Mitraillés dans le vent.
L'ange joue de la lyre
Au-dessus de mes plaies -
Retrace le passé -
Le chemin vers l'église -
Vers les rythmes aériens
Des mondes frissonnants.
L'ange joue de la lyre.
Ses rêves s'abandonnent
Sur la flaque d'automne.
Il électrise l'aube -
De ses mythes nouveaux -
De l'élan d'un cyclone.

Quelquefois un regard sombre sur l’actualité

La cathédrale a brûlé cette nuit
Mon esprit se perd dans la poussière
Se confond parmi les derniers
Éternels rayons orangés
Avec les millénaires arrachés
Mes yeux sont allumés d'insomnies
Quelle vie laissons-nous dans les pierres
Et cette vie s'enflammant avec la toiture
Et partant si vite dans les ruines
A capturé mon regard
Hors de la fenêtre
Parce qu'il est toujours étrange
De se voir mourir
Ô mon empire ma caravane
J'aurais tant aimé voyager
Le bâtiment a brûlé cette nuit
Le ciel s'est empli de braises
Amères bruyantes adversaires
C'était affreusement poétique

Ce qui est paradoxale avec la poésie c’est qu’elle peut être simple et compliqué, compliqué pour l’esprit cartésien, simple car il suffit de se laisser tranquillement emporter par les vers comme par une vague.

Chez Lucie Gaidier, c’est cette simplicité qui prédomine, cette clarté qui reste cependant un peu mystérieuse, mais comme l’a écrit Pierre-Jean Jouve « (…) tout poème, s’il est vrai, demeure mystère. »

La poésie est devenue parfois hermétique, s’est quelquefois engouffré dans une esthétique négative, s’est éloignée du lyrisme; paradoxalement,  grâce à l’internet, notamment  Facebook, je sens poindre un regain de poésie. Il reste toujours un désir latent de poésie. Je ne suis pas pour le jeunisme, mais je pense que seule la jeunesse peut insuffler un nouveau souffle à la poésie, une vigueur, une fraicheur qu’elle semblait avoir perdu.

Lucie Gaidier, un nom à retenir, ces poèmes portent la marque d’un ferme et beau talent.


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