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Le siècle des hommes sans Dieux

Le siècle des hommes sans Dieux

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Le siècle des Hommes sans Dieux est le titre du roman fleuve que Max Montgomery vient de publier. Livre essentiel car il incarne ce que doit être un roman par excellence. L’écrivain vient de livrer par l’exemple, la définition même de ce qu’est un roman, c’est-à-dire la narration d’une histoire, la création d’un monde. Une aventure se trame dans la fluidité et le suspens.

Tarkand hérite d’un sabre à sa naissance et doit incarner l’Espérance

Et cette aventure est celle d’un individu qui va effectuer dans sa chair la synthèse d’un continent de la Russie à la Chine, qui va traverser l’Histoire du XXème siècle pour la dépasser. Sa quête commence en 1937 à Irkoutsk par une désertion. Son aventure débute par un attentat, une gigantesque explosion qui met la ville en feu. Reinhard Tarkand-Talaas, russo-mongole, hérite d’un sabre à sa naissance et doit incarner l’Espérance pour un peuple, pour l’humanité. Il doit devenir celui qu’il est, injonction inhérente à toute incarnation.

Dans la guerre de tous contre tous qui se déroule alors en Chine entre soviétiques, chinois nationalistes, chinois communistes, japonais et occidentaux, dans cette terre du milieu que le monde s’est choisi pour s’affronter, Tarkand construit son propre camp pour exister. Son aventure est une quête, sa vie un symbole. La lecture se fait marche à la suite du héros, le mouvement du lecteur accompagne celui du héros. Le lecteur semble rentrer dans l’armée de disciples qui suivent celui que le narrateur a choisi. On chemine comme le témoin lambda à sa suite.

Le héros est un homme qui avance comme le long d’une gigantesque charade qui révèlera son être. Il découvre par étape, grâce à des précurseurs qui ont planifié la révélation, ou comment amener Tarkand à mériter de devenir ce qu’il est. Il est véritablement mis à l’épreuve dès que sa route marque un arrêt. Cette épreuve a un temps indéterminé, c’est le temps nécessaire à le rendre plus fort. Il devient davantage conscient de ce qu’il sait par intuition depuis le début. Au bout du chemin, il y aura sa guerre. Tarkand circule dans la trame du texte comme quelqu’un qui se fraye un passage dans un labyrinthe. Et le lecteur ne voit pas de haut ce chemin, il suit et il précède le héros Et parfois même il finit le héros. Le propre du roman d’aventure étant d’appeler le lecteur à l’aventure.

La guerre est simplement une façon de mériter la mort.

Tarkand est un chef de guerre. Il faut bien qu’il y ait la guerre tant que la fin des temps n’est pas arrivée. Ce n’est pas aux hommes de décréter leur sortie de l’Histoire. Il est un homme attendu. Un homme providentiel, un messie ? Pour être exact, le héros du roman de Max Montgomery reste beaucoup plus accessible, c’est un homme qui incarne l’histoire d’un peuple. C’est l’Histoire faite homme. Et sous les pas de cet homme, dans ce road movie tantôt piéton, tantôt à cheval, c’est tout un territoire qui est récapitulé. L’immense envahit les pages, la démesure s’écrit. Max Montgomery nous montre comment un homme peut dans un tissu de relations interpersonnelles, d’amitié, d’amour, faire l’expérience de toutes les tensions politiques et mêmes idéologiques d’un siècle. Le siècle où les guerres sont devenues mondiales. Le siècle des hommes sans Dieux. Dans la guerre de tous contre tous, Tarkand incarne le camp de son peuple, le camp de la résistance, le camp de la verticalité. La guerre est simplement une façon de mériter la mort, une nécessité, comme l’amour peut également l’être, pour que la vie soit une aventure.

Un "Michel Strogoff" métaphysique ?

Avons-nous à faire à un "Michel Strogoff" métaphysique ? Ce serait déjà très bien, et c’est pourtant bien plus. A travers l’espace où toute l’histoire du XXème siècle converge, Max Montgomery campe un surplis d’aventures, une concentration d’événements qui se déroulent entre la naissance et la mort. Il faut insister sur le mot « aventure ». D’aventures, nous avons celle du héros qui chemine en tissant son destin comme à rebours, ce héros qui aime une femme et éprouve les morsures du vivant. D’aventures, nous avons aussi celle de la pensée. Qu’est-ce qu’exister ? Quel rôle joue la mort dans cette aventure ? La mort n’est pas la fin de l’aventure mais le prétexte à son existence, sa condition. Et d’aventures enfin, nous avons celle de la politique, politique qui ne peut être que maillée avec un territoire, avec le passé et l’avenir, cette politique qui est champ du possible.

« Les tremblements de terre et les typhons ne sont rien à côté de la folie des hommes, d’ailleurs ils ne proviennent que de la folie des hommes… »

Une fois les quelques 503 pages dévorées, on peine à sortir du film mental dans lequel on a baigné. On voudrait y rester, prolonger sa présence auprès du héros, en savoir plus, en voir plus. Il y a une nécessité d’une suite. Nous sommes heureux que le roman ait été si long pour permettre à ce territoire de nous dépasser, on ne peut pas sortir du monde que Max Montgomery a créé, on ne veut pas en sortir.


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