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Le silence revient en force avec le Cardinal Sarah

Le silence revient en force avec le Cardinal Sarah

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En ce carême 2017, il était temps que nous parlions du silence. Nous choisissons de donner la parole à un probable expert en la matière, le cardinal Robert Sarah qui, après son best-seller Dieu ou rien traduit en quatorze langues, publie un nouvel ouvrage intitulé La force du silence, sorte de salutaire vade-mecum proposé à nos contemporains épuisés par le bruit incessant de l’époque. Ecoutons donc ce souffle imperceptible du silence à l’instar de ces chartreux inconnus qui cherchent Dieu depuis plus de mille ans. Dans la citadelle de la Grande Chartreuse où s’est rendu notre cardinal, « lieu inspiré où s’entrecroisent la longue tradition des ordres érémitiques, les tragédies de l’histoire (1792 et 1903) et la beauté de la création » se vit la profondeur des réalités spirituelles pour ces âmes abandonnées en Dieu et pour Dieu. Dans ce lieu où la nuit succède au jour, puis le jour à la nuit, dans une sorte de douce et divine cadence, Saint Bruno évoquait ainsi la vie du moine : « Ici Dieu donne à ses athlètes, pour le labeur du combat, la récompense désirée : une paix que le monde ignore et la joie dans l’esprit saint. » Depuis 1084, les chartreux enterrés à même la terre ne veulent pas laisser de trace. Seul Dieu compte. Stat Crux dum volvitur orbis - le monde tourne et la Croix demeure. « Moïse, Elie et Jean le Baptiste ont rencontré Dieu dans le grand silence du désert. Mais avant même le désert, la solitude et le silence, Dieu se trouve déjà en l’homme. Le véritable désert est au-dedans de nous, dans notre âme. » : cette clé offerte par le cardinal nous relie à la « beauté cachée en l’homme » que Saint Augustin jadis avait vainement recherchée à l’extérieur. En prêtre de Jésus-Christ, ce noble prince de l’Eglise situe la plus haute expérience du silence sacré dans la transsubstantiation du pain et du vin en corps et sang du Christ, transformation la plus inouïe et la plus prodigieuse qui « se réalise de façon imperceptible, comme toutes les œuvres les plus grandioses de Dieu, car le silence est la loi des plans divins. » Le cardinal Sarah encourage à fonder notre vie sur trois grandes réalités : la Croix, l’hostie et la Vierge – crux, hostia et virgo. Trois choix à la radicalité absolue qui sont autant de mystères que Dieu a donnés au monde pour « structurer, féconder, sanctifier notre vie intérieure et nous conduire vers Jésus », trois mystères à contempler dans le silence.

Il faut adopter une posture esthétique et métaphysique en se coupant du vacarme du monde moderne, « symptôme d’une maladie grave et inquiétante », pour tous ceux qui désirent entrer dans le silence qui ouvre à la vraie connaissance de soi, de l’amour et de Dieu. En effet, « les vraies questions de la vie se posent dans le silence, notre sang coule dans nos veines sans faire aucun bruit, et nous ne pouvons écouter les battements de notre cœur qu’en silence ». L’Evangile de Marthe et Marie (dans Luc 10, 38-42) aide à saisir le risque quotidien de l’activisme de nos vies affairées et ultra-technicisées, mais aussi la nécessité du recueillement contemplatif. La juste mesure est à rechercher entre une attitude et un état : faire et être. Le « ora et labora » (prie et travaille) bénédictin définit une belle synthèse conciliant les mouvements de l’âme et du corps, nos tâches et devoirs, et nos recherches de sens, une vie relationnelle dans le monde et un regard tendu vers les étoiles. Pascal affirmait dans ses Pensées que « tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne pas savoir demeurer en repos dans une chambre ». Vérité léguée par le plus grand génie français, car il faut créer les conditions du silence par un foyer calme, une maîtrise de nos passions mondaines et une pratique d’écart quant au bruit, à la parole continue, aux cris et aux incantations. Ecoutons Maurice Zundel dans Un autre regard sur l’homme tracer le chemin du silence :

« Toute notre existence est comprise dans cette alternative : je suis en moi ou je suis en Dieu. Il n’y a pas de milieu. Quand je cesse de me rencontrer, c’est que Dieu est réellement présent. Quand je me perds de vue, c’est que je le regarde. Quand je ne m’entends plus, c’est que je l’écoute, et le Bien, à tous les niveaux, consiste justement à me perdre en lui. Le programme est simple mais la réalisation est difficile, car on ne peut pas décréter une rencontre et fixer l’heure où l’amour jaillira. Il n’y a pas de chemin qui débouche infailliblement sur un échange d’intimités. Rien n’est plus libre, plus imprévu et plus gratuit. Tout ce que l’on peut faire, c’est écarter les obstacles qui rendent un tel échange impossible, et ils se résument tous dans le bruit que l’on fait avec soi-même et autour de soi. La seule chance de nous quitter est de neutraliser notre attention, de retirer paisiblement notre audience à toute cette mêlée confuse d’appétits et de revendications, d’éteindre le courant psychique qui alimente ce tumulte, dans un recueillement où se creuse toujours plus profondément le vide qui nous rend disponibles. Quand le silence total s’établit, c’est que déjà s’annonce la Présence qui remplit l’espace engendré par le retrait de soi ».

C’est cela oui, la Présence de l’Infini, de l’Indicible, de cette très légère brise dont on entend la voix sans savoir d’où elle vient ni où elle va.


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