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Les déshérités de François-Xavier Bellamy

Les déshérités de François-Xavier Bellamy

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Par ce titre, ce petit groupe nominal, les déshérités, François-Xavier Bellamy produit à la fois un aphorisme puissant et un pied de nez géant à la pensée de Bourdieu écrivant et dénonçant les « héritiers », décrivant et dénonçant la reproduction sociale par l’école. On a voulu combattre cette reproduction et on a créé un système d’une très grande violence sociale, on a engendré une génération de déshérités, où ceux qui n’avaient pas grand-chose, n’ont même plus l’occasion qu’on leur transmette un savoir. Le bilan est sans appel : un Français sur cinq est dans une situation d’illettrisme plus ou moins avancé.

Parmi Les détracteurs de ce qu’est devenue l’éducation nationale, il est courant de fonder la chute lors des événements de mai 68 et sa révolution des mœurs. François-Xavier Bellamy, quant à lui, nous explique que le mal vient de plus loin. L’école bénie de nos grands-parents, la méritocratie républicaine des précédentes républiques baignait déjà dans des dogmes philosophiques opposés à la transmission. Dans une première partie, FX Bellamy décrit les philosophies qui ont fondé l’opposition à la culture et à sa transmission. Dans une seconde partie de son livre, il proclame un manifeste pour un rétablissement de la transmission, un manifeste où l’homme se voit redéfinit dans son être.

La faute à qui ?

Mai 68 ? Oui mais. Rousseau alors ? Oui bien sûr mais pas seulement. Descartes/Rousseau/Bourdieu, voilà donc le triumvirat de l’abolition du privilège de savoir. En ligne de mire : la culture. Trois salves ont été portées par ces modernistes pour stopper la transmission de la culture, les trois salves furent le fruit de raisonnements différents mais qui se fondent tous dans une négation ou le refus de l’histoire collective de l’humanité, le fantasme d’un individu ou d’une génération spontanée.

Sans un diagnostique précis, il ne peut pas y avoir de solution. En bon professeur, FX Bellamy le sait bien, c’est pourquoi il prend du temps à nous expliquer ce qu’a produit le doute cartésien sur la pensée occidentale. Le projet cartésien est révolutionnaire selon FX Bellamy, il se débarrasse de la tradition et de la transmission au profit de l’unique raison sortie de l’unique Moi. Sur Rousseau, FX Bellamy note que l’héritage est encore plus clair, puisque l’on retrouve tout Rousseau dans le programme actuel des IUFM : « puisque l’ignorance est innocente, et la culture dangereuse, l’éducateur doit d’abord mesurer tout ce qu’il ne doit pas enseigner à l’enfant… » (Les Déshérités – François Xavier Bellamy – Plon – ISBN 978-2-259-22343-0 - page 65). Dans ce projet d’abolir la transmission, il s’agit de retirer les enfants à leurs parents qui sont les premiers éducateurs, et donc premiers transmetteurs… Et notre précédent ministre de l’éducation nationale, M Peillon, était tout à fait dans cette lignée révolutionnaire de fabrique de bons sauvages, à qui on n’aurait rien transmis d’autre que la déclaration des droits de l’homme, des idiots utiles, donc pour faire plaisir à Jean de Viguerie, des modèles de bons citoyens.

Le projet communiste de Bourdieu s’est vu recevoir le soutien du projet très droitier de l’employabilité. Les deux matérialismes que sont le capitalisme et le communisme se retrouvant dans ce programme de transmission minimale. L’un pour abolir le phénomène de reproduction sociale et la rente des héritiers, l’autre pour obtenir une main d’œuvre assimilable à un organe d’une machine, bonne à produire ce qu’on lui demande, rentable. Pour Bourdieu, l’école est l’instrument d’une violence symbolique légitime visant à reproduire les schémas sociaux existant tout en cultivant le leurre d’une méritocratie qui permettrait d’en sortir. Pour le tenant du capitalisme mondial, il fallait transformer l’école en quelque chose qui donne « un bagage minimum » fait essentiellement non plus de savoirs mais de compétences, les savoir-faire, et même maintenant de savoir être pour avoir de bons citoyens en entreprises, des salariés immédiatement utiles et systématiquement dociles, en un mot, corporate.

Dire qu’il a fallu 1000 ans pour découvrir le feu, 1000 ans pendant lesquels les générations se sont transmis des morceaux du puzzle, les uns ayant identifié l’amadou dans une région de France, ce champignon particulièrement sec, les autres ayant identifié les bons silex dans une autre région de la France. 1000 ans pour transmettre cette recette, ou plus exactement 1000 ans au bout desquels un collectif riche de sa culture transmise, a pu l’inventer. Et malgré cette histoire de la transmission et toutes les autres, on trouve tout de même régulièrement quelqu’un qui a tellement reçu, qu’il rêve de repartir de la feuille blanche depuis son nombril. Penser, concevoir et comprendre ex-nihilo, redevenir un homme des cavernes (avant ou après le feu d’ailleurs ?), créer une génération spontanée…

Voilà donc les dogmes qui ont prévalu à la décision de former des formateurs à ne pas transmettre. Nous étions déjà conscients, nous la génération X de devoir transmettre ce que nous n’avions pas appris, d’être des tétraplégiques désirant apprendre la boxe à nos enfants. Et FX Bellamy de paraphraser son titre ainsi : « Nous voulions dénoncer les héritages, nous avons fait des déshérités. » (Ibid page 18)

Qu'est ce que l'homme ?

Une fois le diagnostique réalisé, FX Bellamy profite d’une seconde partie pour refonder l’homme. Qu’est-ce qu’être un homme ? Parce que l’on a considéré la culture comme un bagage minimum indispensable, puisqu’on l’a considérée comme de l’avoir et non dans sa dimension ontologique, on va désormais se pencher sur la personnalité à l’entrée des grandes écoles plutôt que sur les tests de culture générale, ces personnalités dont l’originalité est de fait immédiatement clonable… Pour garantir l’employabilité totale au sortir de l’école.

FX Bellamy tord le cou à ces représentations minimalistes et clame haut et fort que la culture relève de l’être, qu’il n’y a pas de distinction ontologique entre l’humanité et la culture. « L’être humain est par nature un être de culture : c’est par la rencontre avec ce qu’autrui lui transmet que s’accomplit son humanité. » (Ibid - page 119) Et FX Bellamy de compléter en expliquant que nous ne sommes pas a priori nous-mêmes, nous sommes contraints de le devenir, et c’est peut être là la distinction essentielle entre l’homme et l’animal. La culture nous conduit donc vers nous même.

FX Bellamy va encore plus loin, après avoir rendu son verbe être à la culture, il précise que la forme et le fond sont une seule et même chose, au sens où le langage par exemple ne nous permet pas uniquement de transmettre des émotions mais également de les identifier, et de les ressentir. Le langage, suspecté par quelques philosophes marxistes comme un pur véhicule à neutraliser, n’est en fait pas là uniquement pour transmettre une pensée selon FX Bellamy, mais également et surtout, pour penser. Selon Barthes, la langue est fasciste ? Tiens étrange, puisque les livres brulent chaque fois que le fascisme avance…

FX Bellamy s’attaque également à ce travers très républicain qui consiste à utiliser l’école pour transmettre des valeurs. Or, c’est la culture qui civilise et non la morale. La fabrication des barbares attirés par le djihadisme en témoigne. Nous pourrons leur bourrer le mou avec tous les credos que l’on veut sur la patrie, les droit de l’homme, le féminisme, la diversité, la biodiversité, etc. tant que l’on ne leur aura pas tranmis notre culture, c’est mort. Et FX Bellamy de prendre l’exemple du respect des femmes qui sera beaucoup intégré grâce à l’étude de Jeanne d’Arc, Catherine de Médicis, Louise Michèle ou encore Marie Curie, que par le rabâchage d’une charte de la diversité pondue par le planning familial.

Au bout de la culture, note FX Bellamy, il y a la faculté également à déterminer, à distinguer les choses, les idées, les êtres, à nuancer. L’indétermination est en fait le fruit de l’ignorance en héritage. « En  réalité nous ne valorisons par la diversité mais au contraire l’indifférence à la diversité » (Ibid page 173), l’auteur rajoute également de quoi choquer l’idéologie dominante : « La liberté ne nait pas du désordre » (Ibid - page 186). Effectivement, la culture permet de se déterminer vis-à-vis des autres, de se connaître, de se distinguer et de distinguer également les autres. La volonté de nier la différence sexuelle, de nier les différences culturelles serait un des effets (souhaités) de la propagation de l’ignorance.

L’essayiste conclut tout simplement dans la radicalité pour exprimer l’urgence qu’il y a à rétablir la transmission : Le refus de transmettre est un crime contre l’humanité. Ne pas transmettre une culture, c’est aller contre l’essence même de l’humanité et, contre son devenir.


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