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L’outrance et la vérité

L’outrance et la vérité

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Écrire est un geste dont l’efficacité est toute relative, même s’il recèle en son sein l’ambition folle de relier la créature à son origine dans un délire mégalo-mystique dissimulé derrière le fameux « style ». Et cette efficacité est également en prise avec la question du style. Il y a bien sûr ce qui est propre à chacun et qui traduit dans un phrasé la personnalité de l’aventurier de la pensée qui a pris la plume pour dire le monde qu’il comprend. Il y a aussi le ton adopté par l’aventurier de papier pour déformer suffisamment longtemps le monde. De tous les tons possibles, l’outrance est devenue le plus fréquent. L’outrance agresse, sélectionne ses lecteurs, divise le monde, et pourtant cette forme est devenue l’arme indispensable pour préserver à la pensée une zone d’existence, une brèche dans le politiquement correct. La pensée, la vérité a aujourd’hui besoin d’outrance comme certaines armées ont eu recours aux mercenaires. L’outrance a pris sa place dans Mauvaise Nouvelle dès le début, elle est la première marche jouissive pour aller au-delà, vers ce qui enrichit et fragilise à la foi. L’outrance est l’humble de la première place.

Le polémiste finit toujours par éclater de rire

Le polémiste se fait héros de fable, il décide d’être celui qui s’enfle pour se faire aussi gros et grossier que le monde. Et cela marche, il s’enfle tant qu’il éclate. Sans doute l’outrance réussie mène-t-elle au rire puisqu’elle est caricature. A minima le sourire de celui qui signe. L’outrance est avant tout portée par des gens gonflés d’eux même. C’est de la caricature sur de la caricature, une parade de l’Esprit pour se flatter, un propos de courtisan tourné vers l’ego-roi.

L’outrance blesse ce qu’elle incorpore à ses aphorismes, formules, slogans ou autres pathétiques jeux de mots. L’outrance blesse, comme la vérité. Le Christ nous a promis l’épée. Mais celle utilisée par le polémiste ne fait pas que blesser, elle salit aussi souvent. Elle salit celui sur lequel elle se porte et celui qui en use. Faire pénitence sous forme de poèmes, prières ou autres compliments devrait être indispensable après avoir commis l’imprudence d’écrire ses sarcasmes. C’est l’heureuse faute qui nous vaut le surgissement éclair de la vérité. Prenons quelques exemples dans nos colonnes de cette pratique salissante destinée à faire rire la galerie des glaces dans lesquelles on se mire, et aussi à convoquer la vérité dans cette même épreuve :
Kateri Andami dans l’article « Ruquier prend les grosses têtes » : « les auditeurs de RTL vont devoir passer du rire gras étouffé au gloussement généralisé, passer des blagues de c… parfois homophobes aux blagues de c… systématiquement homophiles, de Madame Bonnepaire de Loches à Monsieur l'auditeur de Moncuq. Le peuple va devoir virer sa cuti. » Paul Voltor dans « les seins de la République » : « Ces hardeuses politiques (les Femens) semblent conjurer les pensées d'une Taubira dont la France Orange mécanique glisse des doigts : 200 viols par jour… et moi et moi et moi. Relâchons les prisonniers ! » Ou encore dans « propagande homosexualité et bidochons » : « Les plus belles pages de l’homosexualité sont derrière nous. Ils sont rentrés dans le rang, ils sont entrés dans la téléréalité, ils sont devenus des ploucs comme les hétéros. Le garçon-coiffeur fait place au commis-charcutier, le gérant de boîte de nuit branchouille au patron de routier. Bientôt les bigoudis et la robe de chambre, les napperons, les gros bides, et TF1 bien sûr,… »

L'outrance est là pour susciter une réaction, le pire pour un polémiste serait l’indifférence. Toute question de société mérite bien plus que l'outrance, et en même temps il faut comprendre la possibilité de cette expression comme liberté. L'outrance est miroir grossissant à un moment qui provoque un effet loupe sur un aspect d'un sujet, et par le même moment opère une caricature. Elle est à la fois libératoire et piégée. Le polémiste transforme sa colère en rire. L’outrance est le marketing de la colère. Tout est une question de style. Il ne faut surtout pas rappeler à son interlocuteur que l’on est dans l’outrance quand on y est, sinon on se fait clown. Ceux qui rajoutent à leur humour un « je blague » risquent bien d’être les moins drôles de tous. Kateri Andami et Paul Voltor peuvent donc craindre la prison en s’exprimant avec outrance sans préciser que cela en est ! L’outrance est l’art du propos hors-la-loi dans l’objectif de ne servir que ce qui la dépasse, c'est-à-dire, la pensée. Extraire les phrases de leur texte tissé rend condamnables les auteurs pour cause de fascisme, d’homophobie, d’islamophobie, de racisme, etc. Quand bien même le propos serait contraire, aurait simplement usé de formules pour choquer et réveiller. Le politiquement correct ne veut plus maîtriser les pensées, il les a tuées, il veut maîtriser le vocabulaire et les définitions politiques. L’humour est définitvement réactionnaire, comme la chair, le plaisir…

Le virus salvifique

L’outrance ne sert pas uniquement à faire rire, à flatter et salir son auteur et à libérer l’expression, elle est aussi une arme, un virus, ou plus exactement un anti-corps au politiquement correct. Le politiquement correct est un méta-virus moderne qui consiste à encapsuler toute pensée grâce à la production de raisonnements. Tout argument de raison opposé au raisonnement produit par l’idéologie ne fait que la renforcer. Elle produit une justification de plus pour encapsuler l’argument et parfaire son argumentaire. L’outrance agressive arrive comme un tourbillon pour pulvériser la capsule, transformer les raisonnements produits une fois pour toutes en démultiplication de questionnements. L’outrance permet d’exploser tous les credos modernes autour du développement durable, de la diversité, ou du gender pour retrouver le chemin de la pensée libre et non militante. Le principe est de répondre à une question par plusieurs, de démultiplier les questionnements et c’est ainsi que l’humanité chemina en accentuant sans cesse sa soif de connaître, en revanche, le politiquement correct, lui, produit des réponses à tout, produit des credos modernes qui sont clôtures définitives de débats.

L’outrance se situe, elle ne s’abaisse pas, elle est reçue différemment selon le lieu où se situe l’intelligence d’autrui. Elle ne se donne pas, elle se reçoit en pleine poire, elle embarrasse. Elle est élitiste. Son efficacité suppose l’intelligence de quelques-uns seulement, et le reste du monde sert d’holocauste. On est intelligent aux dépens des autres avec l’outrance. Elle est discrimination par essence puisqu’elle souhaite distinguer, a minima, son auteur. Elle sépare selon l’intelligence : soit on est méchant de son côté, soit on est con ou niaiseux contre elle.

La blessure et salissure de l’outrance sont rendues nécessaires pour frayer un chemin à la pensée libre et pour accéder à la vérité en fulgurance. Il s’agit d’une approche discrète de la vérité, inaccessible avec autant d’intensité dans les nuances d’un raisonnement posé. L’outrance dévoile toute la clarté d’une raie de la vérité qu’elle a diffracté dans son prisme caricatural. Vérité que l’on peut ne voir que de très loin si on ne pratique pas cet art déformant du focus qu’est l’outrance. Tout ce texte pour présenter nos hautes excuses aux lecteurs de MN qui ont pu être choqués et leur dire qu’on l’a fait exprès. Dans la guerre de tous contre tous, nous avons choisi notre camp, celui de la tragédie et du rire pour échapper à la vulgarité de ce monde mélodramatique producteur de raisonnements et de credos à la pelle. Nous n’avons pas peur de l’outrance ni de notre reflet, car la vérité est scandaleuse et le saint est un fou.


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