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More défend la Folie d’Erasme

More défend la Folie d’Erasme

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More précise que cet ouvrage s’adresse aux gens cultivés, dont le jugement est mûr (pp. 116-117). Quand Erasme se moque des « théologiciens » (p. 117), More ne peut pas croire que Dorp ne le rejoint pas. L’attitude de Dorp est d’autant moins compréhensible qu’il approuve les satires de son ami Geldenhauer (moine humaniste qui finira luthérien et mourra en 1542) qui dénoncent les vices de certains moines. Mais Dorp refuse qu’on s’attaque avec autant de justesse aux théologiens. Lui-même, dans une lettre de 1513, s’en prend aux abbés qui passent leur temps à cheval (p. 119) ou encore aux évêques dont il dénonce l’ignorance et les mauvaises mœurs (p. 121). Rares, selon lui, sont les évêques dignes de ce titre (idem). More reproche alors à Dorp son incohérence : il ne supporte pas d’entendre critiquer les théologiens et accepte les insultes envers les évêques. Mais le prestige des théologiens ne doit pas surpasser celle des évêques dont More rappelle la place dans l’Eglise du Christ, « une place bien supérieure à celle de vos théologiens, puisque nos pontifes ne sont ni plus ni moins que les successeurs des apôtres » (p. 121). Alors que la Folie d’Erasme laisse entendre que parmi les théologiens il y en a beaucoup de bons, Dorp affirme qu’il y a peu de bons évêques…

More affirme que la Folie d’Erasme n’a donc fait aucun tort « à la religion du Christ » (p. 127).

En juillet 1516, dans un cours sur les Epîtres de saint Paul, Dorp affirme publiquement son accord avec les thèses qu’il critiquait autrefois. More s’en réjouit. « Je suis heureux que Dorp soit revenu à la sagesse. Il semble que les reprochent le rendent doux, tandis que les caresses le rendent féroces » (More à Erasme le 15 décembre 1516 : Allen, n° 502, trad. Marie Delcourt, cité par G. Marc-hadour in Saint Thomas More, Lettre à Dorp ; Editions du Soleil Levant, p. 42). Plus encore, il répond amicalement à Dorp : « Je prévoyais que vous changeriez vos positions. Mais j’étais loin de m’attendre à cette rétractation publique ; et je ne puis qu’admirer la loyauté, la modestie, la passion de la vérité, que ce geste révèle. Tout l’honneur vous en revient. Avec des maîtres comme vous, il y a encore de beaux jours pour nos universités… (Rogers, n° 82). Plus tard, il recommandera à un jeune ami qui se rend à Louvain de se lier à Dorp de préférence à tout autre maître (Rogers, n° 75).

Dorp meurt à 40 ans (31 mai 1525). Erasme lui composa son épitaphe et More évoquera « une grande perte pour les lettres » (Rogers, n° 142).


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