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Pénélope de Philippe Vialèles

Pénélope de Philippe Vialèles

Par  

Philippe Vialèles nous offre un long poème sur Pénélope. Ce ne sont pas des rimes qui s’embrassent, mais dès le début des pronoms dont nous sommes les spectateurs.

« Il est parti,
elle l’attend.
 »

Inutile de faire compliqué, la tragédie est toujours d’une simplicité cruelle. Et nous sommes convoqués dans cette tragédie exprimée sous la forme d’un chant de marin interminable car

« toutes les femmes s’appellent Pénélope,
et tous les hommes, Ulysse.
 »

Ce chant de marin est un blues, un slam, un psaume. C’est lui qui est sur les flots et c’est elle qui nous fait naviguer. C’est elle qui nous fait chavirer. Il est impossible de fractionner sa lecture du poème de Philippe Vialèles, il est impossible de faire une pause ou même respirer. Nous sommes emportés par le roulis du poème. Les mots reviennent sans cesse, les mêmes plusieurs fois, dans un ordre différent, pour en démultiplier le sens, pour faire redoubler la phrase et faire se cogner à nouveau à notre peau. Le poème est donc sans cesse recommencé, comme la mer, comme ce que tisse Pénélope.

Si Pénélope agit ainsi dans l’alternance des jours et des nuits, c’est que la mer qui porte son mari, le retient également, par le flux et le reflux, mouvements respiratoires du vaste élément. Pénélope, elle, ne fait qu’expirer, comme on aspire un fil invisible pour le rembobiner, pour forcer le retour du mari prodigue. C’est son fil d’Ariane à elle. Le poème se dit donc de préférence tout haut, sur un seul souffle, dans l’imitation d’une expiration qui n’en finit pas, une agonie qui se veut espérance. C’est comme ça que l’on dit je t’aime.

Avec Philippe Vialèles nous devenons le troubadour qui permet à tous de s’identifier à Pénélope. L’inlassable tisseuse des (bonnes) aventures de son mari. Homère aurait dit : Pénélope, c’est moi ! Philippe Vialèles nous offre un long poème, plus efficace encore que le chant des srènes car il nous semble être incorporé à la rengaine. En amont, Edouard Schaelchi et Luc de Goustine se croisent pour préparer le chemin au poème. Edouard Schaelchi souligne le lien entre le texte et la toile tissé par Pénélope, quand le chant magique devient piège. « … il est impossible à la mouche d’offrir son sang à l’araignée sans succomber à son étreinte. » Quant à Luc de Goustine, il cherche un moyen grâce au poème à conjurer le temps, à échapper au piège du temps par l’attente qui nous est offerte… « Les scansions de l’attente conviennent au chant berceur que le poète ajuste à la cadence rude du métier de cette femme. »

« Pénélope tisse
Noue et dénoue
Pénélope tisse,
Rêve d’Ulysse,
Et sa navette est le navire,
Le beau navire de son Ulysse
Qui va et glisse sur la lisse
Qui va, revient,
Revient sans fin… »

Contact : Volte-face@ventadour.com


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