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MN prend la marge et revient en septembre


Poètes dans le monde ? Veilleuse fragile

Poètes dans le monde ? Veilleuse fragile

Par  
Propos recueillis par Maximilien Friche

Mauvaise Nouvelle insiste. Après Gwen Garnier Duguy, c'est au tour de d’Annie Van de Vyverde de répondre aux trois questions destinées à comprendre l'agir du poète dans notre monde de consommateurs. est l'auteur de « Veilleuse fragile » : poèmes et tableaux, recueil résolument intimiste pour sonder les replis de l’âme.

MN : Pourquoi ressentez-vous la nécessité d’écrire des poèmes aujourd’hui et maintenant dans notre monde postmoderne ? Qu’est-ce qui vous y pousse ?

AVV : Je pense qu’on ne choisit pas d’écrire de la poésie, d’écrire plus généralement, comme on ne choisit pas de vivre. Et comme la vie m’a été « imposée », je tente à mon tour de lui imposer ma parole, je tente de faire en sorte qu’elle entende ma (petite) voix ; écrire ressortit à un besoin de « reconnaissance », c’est Kafka écrivant à son père – qui ne le lira pas… –, c’est un acte d’amour et de désespoir, ce ne peut être rien d’autre qu’une tentative d’être « entendu ».

J’envisage la poésie comme une forme de méditation sur la vie, au fil des jours ; ses manques, ses vides, ses pleins, ses déliés, ses souffrances, ses espérances ; une forme de réflexion vraie en pleine conscience (croit-on), sachant que les mots font moins mal que ce qu’ils représentent, qu’ils préservent de leur réalité, qu’ils permettent d’évacuer ce qui sinon, ne resterait que silence ou maux ; écrire pour faire un trou dans le trop plein, histoire d’y voir un peu plus clair et résister, fatiguer la vie, se donner totalement. Écrire, recommencer éternellement le voyage entre aimer et mourir. Écrire, faire l’exercice d'une distance, comme préparer un beau cadeau pour une fête imaginaire. Écrire, ne pas avoir à donner de la voix, mieux savoir se taire ou hurler sans bruit. Écrire, ne pas être interrompu, ni vu. Écrire, attendre sans se faire mal. Écrire, rester attaché à la musique, au rythme et à la couleur des mots, écrire comme on respire. Écrire, mettre en scène l’inavouable, l’inachevé, la passion. Écrire, mêler lucidité et folie. Écrire, se mettre à nu devant ses fantômes, délier ses peurs. Écrire, une forme de jouissance portée par un désir éblouissant, un bel acte d’amour. Écrire, voyager entre deux inconscients, entre l'écrit et le lire. Écrire, la plus grande des libertés. « C’est aussi donner une chance à ce qui n’en a aucune dans la réalité » (Jacques Sicard).

Même si la poésie peut prendre le visage du factuel ou faire écho à l’air du temps, elle ne me semble pas en dépendre, le poète reste intrinsèquement ce qu’il a toujours été, un rêveur, un méditatif, qui peut se doubler d’un acteur social ou politique, comme tout homme – les exemples ne manquent pas –, mais le poète demeure un anachronisme, un « témoin » sui generis que l’époque et ses soubresauts atteignent sans le « guérir » de ce qu’il est : un incurable, un survivant abouché avec le sein nourricier de la poésie nécessaire à sa survie.

MN : Pour vous, quel est le rôle d’un poème, sa fonction, son utilité ? Quel est son lien avec le monde hic et nunc ? Quel est le rôle d’un poète, sa fonction ?

AVV : Je pense avoir plus ou moins bien répondu dans ce qui précède. Je citerai simplement Baudelaire, dont je fais mienne la formule : « La poésie n'a pas d'autre but qu'elle-même ».

MN : Que pensez-vous de la distinction de la forme et du fond d’un côté, très répandue dans les pratiques artistiques et les propos des commentateurs et, d’un autre côté de l’option prise par un grand nombre d’artistes de ne faire que de l’art conceptuel, accessible par l’intelligence mais plus par la contemplation et la beauté ?

AVV : Je répondrai en reproduisant une boutade de Bernard J. Lherbier – mais ça n’est pas une boutade – : « Il n’y a aucune différence entre le fond et la forme, c’est une invention des critiques qui cherchent à se rendre intéressants. »

L’évolution de l’art ne suscite pas en moi de réflexion particulière, l’art vit sa vie, librement, il s’interroge ; qu’il fût reproduction plus ou moins servile du réel, transcendance, véhicule de la beauté ou pur produit de l’intellect, incompréhensible, voire d’ordre masturbatoire, l’art n’en demeure pas moins l’art, c’est-à-dire cette « tentative » dont je parlais plus haut, cette main tendue dans la nuit du monde, ce désespoir actif, cet autre nom de la Vie…

« Veilleuse fragile » : poèmes et tableaux d’Annie Van de Vyver.
2013 / 145 pages, format 13x20, 14,50 € port inclus. ISBN : 9782353212248

Veilleuse fragile couverture

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