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Pourquoi tu lis Dantec ?

Pourquoi tu lis Dantec ?

Par  

Cher Aurélien, ce n’est qu’en entrant en correspondance que je peux réellement évoquer ton dernier livre. Il faut que je te dise, je l’ai pris pour moi… En commençant ce cinquième volume des feux follets consacré à Villa Vortex de Dantec, collection qui veut que tu répondes à la question « pourquoi je lis ? », tu commences par répondre à la question pourquoi tu écris. Tu écris « pour te signaler », pour m’avertir que je ne suis pas seul, pour que je t’écrive en retour. Le virus se propage une fois de plus grâce à toi.

Dantec a été notre premier point commun. Il y en a bien d’autres désormais. Tu as choisi Villa Vortex, et moi j’aurais instinctivement choisi Cosmos Incorporated, sans doute suis-je un animal trop « politique ». Mais Villa Vortex ? C’est le roman où le lecteur enquête à la suite d’un flic mystique pour la capture d’un tueur psychopathe. Et tu dis que cette enquête devient quête de l’ineffable, tu nous dis qu’elle est comme le récit narratif d’un homme, MgD, qui a décidé de changer, de se convertir.

Au milieu de ton essai littéraire portant sur Dantec, tu t’arrêtes et regardes l’exercice d’écriture que tu réalises. Tu penses à cet ami qui a osé dire « seul le roman peut modifier les êtres. » J’ai eu raison de prendre ton livre pour moi. Tu n’es pas d’accord ? Qu’est-ce que c’est que ce snobisme de vouloir placer le roman en haut de la hiérarchie de l’écrit ? Ce rapport de la France au roman t’apparait comme une idolâtrie. Tu as raison. Il n’y a pas de bon roman sans qu’il soit « une épreuve de philosophie. » Il y a aussi une façon très narrative de faire des essais et tu nous en apportes la preuve. Il y a surtout la langue. Cette langue dans laquelle on écrit, « héritée et individuée », transmise comme un virus, pour que le roman devienne « maladie » comme tu le dis. Tu as raison. En écrivant comme slogan des éditions Nouvelle Marge que seul le roman pouvait modifier un être, j’ai été trop vite. Même si je vais m’y obstiner.

Mais revenons à Dantec, « écartelé au midi dans le jardin du bien et du mal », notre auteur qui voit et écoute son livre s’écrire pour lui échapper, qui « emboîte le pas à ses fantômes. » Avec ce feu follet qui tient dans ma poche, je n’en reviens pas d’avoir aussi ce gigantesque pavé de Dantec, 832 pages, ce livre–monde qui est en fait un livre-bibliothèque, j’ai dans ma poche la porte d’entrée vers la bibliothèque. Tu renverses désormais la question du livre et tu me demandes : pourquoi tu ne lis pas… Pourquoi tu ne relis pas Villa Vortex ? Pour toi, il s’agit du livre qui annonce tous les suivants, où une partie est la matrice de tous les personnages à venir dans Cosmos Incorporated, Grande Jonction, Metacortex, Les Résidents… Le livre est allé dans le futur pour nous, toi et moi. « Villa Vortex ne génère pas que des lecteurs. Il engendre des écrivains. ».

Si le livre nous revient du futur, gavé de lave en fusion, c’est qu’il s’agit du « livre de l’après-vie et de par-delà la mort », le livre dans lequel on peut sans cesse puiser pour grandir puisqu’il est la source du feu, la possibilité d’une démultiplication de l’être. Finalement, ce livre que tu as choisi de nous livrer, ce livre qui t’a choisi comme passeur, semble être le livre d’après la littérature, c’est à dire le livre fait homme. Ce qui se voulut le livre-monde devint le livre-homme, ce qui est la même chose. « Chaque homme qui meurt vit la fin du monde ».

Toi Aurélien, si tu étais un livre, si tu devenais un livre, ce serait donc Villa Vortex. Et tu nous poses la question. Et tu me poses la question. Et moi quel livre je suis ? Tu le sais bien Aurélien, je suis « la nausée ».


Modifié par Dantec, sauvé par Dantec
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Les sœurs de l’Espérance – Dantec
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Dantec, les résidents
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