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Que sera la poésie demain ?

Que sera la poésie demain ?

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Projection dans notre lointain passé

Rien ne nous interdit de croire en une poésie immortelle, tant que les mots tombent, il y a à écrire, et il y aura à lire encore. Ce qui reste de la poésie aujourd'hui est encore si haut que le futur des poètes s'annonce riche et complexe, presque difficile et sophistiqué à l'extrême. De Villon au XVème siècle on sait à peu près naviguer sans risque jusqu'à Baudelaire ou Rimbaud… Après, la poésie fit un tel bond dans les écarts surréalistes, qu'une fois absorbé Guillaume Apollinaire, on échoue avec aigreur sur les remparts de Paul Valéry. Oui, on lui en veut à Paul Valéry : intellectuel et symboliste adorant son mentor Stéphane Mallarmé, il s'amusa en amusant l'Europe d'après la première guerre mondiale, en incarnant à lui seul le "poète officiel" français. N'en déplaise à sa royale mansuétude, il oublia quand même de citer A. FRANCE… Lequel s'était penché avec une admiration indomptable sur Rabelais, le créateur de tant de nos façons d'imaginer la France mieux par les mots, les géants et les métaphores que par des débats ou des conseils politiques. Nous devrions regarder Anatole France plus souvent, lire pour nous le médecin humaniste érudit de toutes les régions du pays. Or avec Paul Valéry, tout cela fut enterré rapidement car le lettré conférencier dut composer avec un monde qui ne voulait pas de lui, de sa perfection formelle agaçant ses amis lui reprochant son "défaut de vouloir tout connaître" et ses hauteurs de vue philosophico-poétique. Bref un intellectuel hors norme, au goût aussi sophistiqué qu'un Proust presque, c'est dire si les nues étaient puissantes…

La littérature tuait sous les silences des officiels, c'est entendu comme un principe depuis Molière presque : l'esprit est gardé par l'esprit élu, un seul et tous les autres rien ; le verbe assassine donc en coulisse et les français n'adorent que ceux qu'ils croient vrais, hélas… Que faire après Valéry ou Prévert ou Depreux ou Sabatier ? Tout, en communauté, tout en partage, tout en explication.

Sans aller dans tous les sens. Le surréalisme n'est plus l'arme absolue, les états de transe d'un poète du XXème siècle accro à l'opium, assez ! Cela a permis aux psychiatres de s'emparer de la littérature pendant des siècles, et il y en a beaucoup à venir encore, jusqu'au moment où ces médecins quasi tyranniques aujourd'hui seront réduits par le progrès à l'état de druides, ces druides risibles de nos jours, ces manieurs d'herbes toxiques et de méditations salvatrices. Du moins pour la liberté de penser… Il faut posséder chez soi deux choses de nos jours, un dictionnaire, et une culture générale immense. Les lettres de France sont répertoriées dans les anthologies critiques de nos formes poétiques, dont on commence le décryptage sous Ronsard et la Pléiade pour la hisser jusqu'à l'immortel Hugo, nos romantiques disons-le, nous ayant transmis le potentiel d'écrire des regrets et des nostalgies sous les ors des crépuscules du spleen ; et nous en sortons briqués, toujours aussi reconnaissants envers le Peuple qui inspira les plus grands génies, et qui regardent les mondains d'aujourd'hui avec ce dédain frappant réciproque, une lutte des classes qui se termine sinon dans la haine du moins dans l'incompréhension.

Que sera le futur de la poésie ? Tout, sauf du mondain, on sait que cela fait grincer, mais la vérité est dite : les anciens nous quittent en laissant le monde tel qu'ils l'ont défendu, en ruines sublimes ; mais le temps qui part parle aussi : des académiciens disparaîtront, le verbe non. L'esprit et la volonté rimbaldienne non.

Car il y a trop de voix intellectuelles discordantes en France soudain : l’écrivain Jean d’Ormesson disait à la télévision que « la France a perdu il y a longtemps, quand elle a serré la main de Hitler par celle de Pétain ».

Soit. Or ce monsieur si âgé a oublié que tout le monde n’est pas un contemplatif admirateur de la nature, du verbe de chateaubriand et du verbe romantique hugolien. L’homme nous dit-il maintenant est insignifiant sur terre, et sa vie vaut peu mais cette vie-là vaut pour sa propre beauté simple sur une terre qu’il doit préserver. Oui. Sauf qu’à ce stade de douceur, l’homme est faible comme une fourmi dans la boue, et ne peut pas, cet homme émerveillé de sa propre petitesse, s’occuper du monde, et s’il fallait poursuivre avec d’Ormesson, l’homme qui est peu serait aussi faible que l’insecte, et n’aurait pas de possibilité de changer quoique ce soit. Avec jean d’Ormesson, l’homme ne fait plus l’histoire, il s’écrase comme un atome dans l’univers des atomes. Dieu est impossible… Mais le sage académicien, à force de rêvasser sur la notion du temps et de l’Être humain a oublié que tout n’est pas poétique en notre existence.

Il y a la lutte de grandir. Avec lui, impossible, avec d’autres - qu’il faut écouter rouspéter nous le concédons c’est lassant mais si les vieux hiérarques ne se trompaient pas tant nous n’en serions pas à les vilipender verbalement ainsi… - oui, nous pouvons dire : j’existe et j’agis ! Et nous-même laissons cela devant vos stèles gravées d'une rime à l'envers : "Vie de prodige, nuit d'aurige !" Les autres sont comme nous, devant Dieu de l'univers, en attente.


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