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Romain Guérin, poète désengagé

Romain Guérin, poète désengagé

Par  
Propos recueillis par Maximilien Friche

MN : A la fin du recueil, vous indiquez « fin de la première partie ». Oui, ce recueil semble inachevé tellement vous semblez avoir des choses à écrire. Il y aura donc une suite et la suite, la seconde manche, ne peut-être qu’une revanche en attendant le coup de grâce avec la belle ? L’éditeur que je suis s’égare à remplir les rayonnages… Ce que je comprends surtout c’est que vous voulez en découdre encore avec beaucoup de choses et de gens, et que l’on finira par vous entendre dans la chorale des cadavres… Quelle est la source de votre énergie qui finit par nous transmettre une forme de soif ?

RG : À l’origine, il n’y a qu’un seul recueil. Je l’avais conçu comme mon œuvre poétique définitive. Pour des raisons « commerciales » je l’ai divisé en deux parties pour que le prix soit plus accessible et le volume moins rebutant pour le lecteur potentiel. Dans la seconde partie, j’ai regroupé les poèmes les plus romantiques, ceux où les sentiments l’emportent sur leur sujet, vous avez visé juste : il est question d’art, de nature mais surtout de femmes. Inépuisable sujet s’il en est.

La source de mon énergie comme vous dites a été multiple :

  1. La passion amoureuse, cette fougue stupide et aveugle qui confond les femmes avec les stupéfiants.
  2. L’écœurement face à l’injustice.
  3. La volonté de transmuter mon désordre et mes ténèbres intérieurs, en ordre et lumière extérieurs.
  4. La répugnance ressentie face à l’esthétique et à la morale dites du « progrès ».
  5. L’électricité de mes convulsions face aux génocides français.

MN : Je viens maintenant à mes questions habituelles, nous avons tous nos marottes. Le lieu de l’écriture ! Vos poèmes s’écrivent dans le caniveau, dans l’ombre, en pleine agonie, et même outre-tombe… Pour vous quel est le lieu de l’écriture ? Où se situe votre âme à ce moment-là ? Quand se situe-t-elle ?

RG : Pour écrire, j’ai besoin d’une ambiance monastique pour atteindre un niveau de concentration qui passant par la médiation, doit me porter vers une forme d’extase où la conscience du temps et de l’espace sont à leur minimum. Je n’arrive pas à écrire autrement que dans une silence absolu (chants grégoriens et Chopin mis à part) et une solitude totale. Mon lieu idéal est donc la cellule de la recluse dans une chartreuse. Voilà pour l’écriture qui n’est que l’étape finale de la conception qui recueille des idées, des sentiments qui eux - pour rester dans un vocabulaire religieux- ont été pêchés dans le marécage de la vie séculière. Ailleurs que sur une table dans une ambiance studieuse voire spartiate, on écrit que des mots, voire des phrases mais jamais d’œuvre.

MN : Vous avez une écriture engagée ! Et pourtant vous ne tombez pas dans le piège du militantisme. Vous utilisez la poésie pour réveiller, dénoncer, et même menacer. C’est la réponse idéale au scandale du piège tendu par les jargonneurs qui déconstruisent la nation, la civilisation, et l’être même ? Cette outrance-là peut-elle être entendue par ceux qui sont éloignés de votre famille de pensée, peut-elle les réveiller ? Est-ce possible ?

RG : Je n’aime pas ce terme d’ « engagé ». Ce sont les laquais, les larbins qui sont engagées. Tous les artistes aujourd’hui dit « engagés » sont d’ailleurs les domestiques les plus serviles de l’idéologie dominante. Mon écriture est plutôt désengagées, c’est-à-dire qu’elle est libre, au service de la seule vérité.

Je ne conçois pas mon art comme une stratégie. Oscar Wilde disait qu’il faut être nous-même, les autres étant déjà pris. Les hommes ont plus besoin d’exemples que de leçon. Je m’efforce de rester moi-même, c’est-à-dire français. Alors oui, je crois pouvoir séduire les honnêtes hommes de tous les bords. Malheureusement, la secte qui est au pouvoir, a transformé les français, peuple déjà amateur de politique de comptoir, en fanatiques incultes qui (pré)jugent tout avec le prisme de la satanée bien-pensance, ce qui rend suspect voire détestable à leurs yeux alités tout ce qui ressemble un tant soit peu à leur propre pays, à leur histoire, à leur racine… à leurs intérêts même.

MN : Vous vous faîtes souvent peintre et avant même que je lise votre réécriture de « ces gens-là » de Brel, j’avais osé la comparaison. En quelques vers vous nous plongez dans une ambiance. Il suffit parfois de décrire pour montrer… La force de la narration permet de créer des mondes. Vous les avez vu ces mondes, ces tableaux, ou vous les inventez ? C’est donc dans le réel que se niche la poésie et non dans les étoiles ?

RG : L’homme par habitude oublie l’essence miraculeuse de ce monde. Pour s’évader, pour s’étonner de nouveau, ils s’inventent d’autres mondes, des histoires fantastiques avec des petits bonhommes verts et des monstres à trois têtes. Tout ce qui prétend s’écarter du réel n’inventent absolument rien et ne fait que le déformer et le peindre avec d’autres couleurs. Ce qui est miraculeux, c’est l’être lui-même avec ses formes, ses couleurs et son mystère inaccessible à l’entendement humain. L’imagination mélange mais ne crée véritablement rien. Elle permet tout en plus un surgissement. La mission de l’art n’est pas la création mais la révélation par des métaphores, des images, du monde indicible, celui de l’âme avec ses conflits tragiques et ses tourments sans issue.

 

Je me lève encore évanoui

Les yeux sans regard, je titube…

Dans l'air vicié par la Succube

… la mort m'a baisé cette nuit.

(extrait de Cauchemars)


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