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Soulié salue Boutang !

Soulié salue Boutang !

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Ah Boutang, Pierre Boutang si cher à notre cœur ! Le 20 septembre 2016, l’auteur de l’Ontologie du secret aurait eu cent ans. Dans Pour saluer Pierre Boutang publié aux éditions Pierre Guillaume de Roux, Rémi Soulié essayiste et critique littéraire dessine le portrait d’une longue amitié, « placée sous le signe d’une perpétuelle joute philosophique » en forme de disputatio. Rémi Soulié, passé de l’Eglise marxienne à la théologie catholique, maurassien, antilibéral à la manière de Boutang qui disait des libéraux « qu’il fallait qu’un éclair de Dieu les balaie », nous ouvre le « royaume » du poète de la transcendance et métaphysicien du désir et de ses « intuitions lumineuses croisées avec celles de Maistre, Pascal, Vico, Baudelaire, Poe, Blake, sans oublier le grand Bernanos. »

Au « rien de grand n’a de grands commencements » de Joseph de Maistre répond le « tous les commencements sont des mystères » de Pierre Boutang. Tous deux ont en commun de s’intéresser à la métapolitique, c’est-à-dire la métaphysique de la politique. Fidèles à toute l’école de la pensée catholique traditionnelle, ils considèrent que les principes de la politique ne se peuvent penser qu’à partir de l’Incarnation, du Dieu un et trine, de la théologie. Pas plus que Maistre, Boutang ne se résout à ce que l’histoire « soit une histoire racontée par un dément, pleine de bruit et de fureur, et ne signifiant rien », de là la possibilité d’une politique répondant à la Providence explicitement définie comme « souci divin du monde ». Boutang : « Bien sûr, je crois en la Providence. La Providence ce n’est pas rien. C’est quelque chose de mystérieux. Comment la définir ? Nous ne pensons et ne faisons jamais exactement ce que nous croyons penser ou faire : la Providence se sert de ce décalage, de cette inexactitude, de ce malentendu quelquefois. »

Dans La Politique, en 1948, Boutang applique à la Réforme le schéma maistrien de la Révolution : « les protestants, démiurges de la modernité ont été les jouets du destin ». Le monde moderne s’est emballé et leur a échappé, comme le Docteur Frankenstein son monstre prométhéen. Les collusions du protestantisme et du libéralisme ne sont plus à démontrer. Pierre Boutang : « le protestantisme sépara le ciel de la terre, et permit ainsi l’avènement du capitalisme, c’est-à-dire l’indépendance de l’économique à l’égard de « mesures » politiques aujourd’hui perdues. »

Maistre voit dans « l’esprit des Lumières qu’il faut absolument tuer » l’origine de toutes les catastrophes, à commencer par le cataclysme inaugural de la Révolution : « chaque goutte de sang de Louis XVI en coûtera des torrents à la France ». En langue Boutang : « le totalitarisme (1914, 1917, 1933, enfants diaboliques de 1789) est directement issu de la Révolution française, et n’aurait jamais existé si le christianisme avait continué de tenir un peu les gens dans le bons sens ». Des Lumières sont nées « les délires d’une révolution dont le moralisme, le « vertuisme », le pacifisme surtout furent emportés par un fleuve de sang ».

S’il faut croire en l’efficacité de la prière « respiration de l’âme », Boutang lui croit à celle-ci dans le « miracle » et comme « envers de la prophétie ». Sa réflexion sur la prière introduit une interrogation plus générale sur le désir dans Apocalypse du désir. Si Bernanos affirmait que « le désir de la prière, c’est déjà prier », Boutang pense que « l’on peut prier sans désir et même contre le désir, on peut arriver à la sainteté par la bonne volonté simple ». Catholique et français, Boutang croit que la théocratie est la meilleure réponse à la « théâtrocratie » moderne qu’il a passionnément combattue et qui a suscité chez lui une réflexion approfondie et d’importants travaux à la fin de sa vie. A ceux qui prétendaient que la France était finie, il répliquait : « Ah ! Les imbéciles ! La France finie ! On la connaît depuis longtemps, cette petite histoire. On l’a dit au moment de Jeanne d’Arc, au moment de la Ligue. Lisez le procès de Jeanne d’Arc ! Chaque fois qu’un petit enfant naît, tout recommence. Chaque fois que le langage est présent, tout reprend. Chaque fois que l’on parle français, nous retournons aux sources. La France finie ? Mais non ! Ils finiront avant ceux qui le disent ! Qu’ils se souviennent qu’ils sont mortels et qu’ils nous foutent la paix avec la France finissable ou finie ! Même pour eux, elle ne finit pas ». Rémi Soulié, dans ce livre souvenir en forme d’hommage, conclut au sujet du « lion » : « Dieu seul connaît le secret de son cœur mais je suis à peu près certain qu’il avait un goût pour l’iconoclastie plus prononcée qu’il ne l’a laissé entendre, y compris à l’égard de ses propres espérances. Sa rétivité au moi haïssable, son refus de tout narcissisme l’ont sans doute entravé mais il est vrai qu’il se refusait à l’inévitable histrionisme impliqué par le jeu médiatique. Si les sunlights ne supportent pas l’éclairage de la vérité, tant pis. Boutang ne jouera pas ce jeu-là. Poésie, politique et métaphysique absorbent toutes les ressources d’une intelligence polymorphe : la brigue, les intrigues, à d’autres. Pierre Boutang avait la générosité de l’homo consumans qui se dépense sans jamais compter un liard ni se reposer ou se ménager, mais au service de la Transcendance. Orgueilleux, il l’était, mais en serviteur. »


Boutang ? Boutang !
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