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Vous avez dit droits de l’homme ?

Vous avez dit droits de l’homme ?

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Dans Au-delà des droits de l’homme, pour défendre les libertés publié en avril 2016, Alain de Benoist, écrivain, philosophe, directeur des revues Krisis, Nouvelle Ecole et Eléments pour la civilisation européenne, cherche à nous questionner sérieusement sur cette idéologie des droits de l’homme issue des Lumières et devenue depuis une sorte de religion civile qui a à la fois force de loi et force morale au point d’être omniprésente et omnipotente dans notre paysage occidental. Cette religion a son clergé (politiques et médias), ses églises (cour européenne des droits de l’homme ou cour suprême américaine), son catéchisme récité par cœur par ses promoteurs, sa prétention universaliste et évangélisatrice. Notre brillant intellectuel aiguillonne notre intelligence : « lorsque l’on parle d’un « droit de l’homme », veut-on dire que ce droit possède une valeur intrinsèque, une valeur absolue ou une valeur instrumentale ? Qu’il est d’une telle importance que sa réalisation doit l’emporter sur toute autre considération, ou qu’il compte seulement parmi les choses indispensables ? Qu’il donne un pouvoir ou un privilège ? Qu’il permet de faire ou qu’il confère une immunité ? Autant de questions, autant de réponses. » Selon notre auteur, Taine ne décelait dans la déclaration de 1789 que « des enfilades d’abstractions creuses » : « vaines disputes de mots, fatras métaphysique, bavardage assommant […]. La plupart des articles ne sont que des dogmes abstraits, des définitions métaphysiques, des axiomes plus ou moins littéraires, c’est-à-dire plus ou moins faux, tantôt vagues et contradictoires, susceptibles de plusieurs sens et susceptibles de sens opposés, bons pour une harangue d’apparat et non pour un usage effectif, simple décor, sorte d’enseigne pompeuse, inutile et pesante… » La surenchère des droits qui résulte de ce concept quasi religieux ne va pas sans contradiction : la liberté d’expression, droit fondamental aux Etats-Unis, ne l’est pas en France, autre « patrie des droits de l’homme », au motif que certaines opinions ne méritent pas d’être considérées comme telles ; on peut légalement vendre son sang aux Etats-Unis alors que le droit français rend nul tout contrat onéreux portant sur un produit du corps humain ; la loi française garantit depuis 1975 le droit à l’avortement mais le texte sur les lois de bioéthique adoptées le 23 juin 1994 à l’Assemblée Nationale interdit les expériences sur les embryons en alléguant la nécessité « d’un respect de l’être humain dès le commencement de la vie », mettant au grand jour l’inextricable paradoxe selon lequel si l’embryon humain n’est pas un être humain, on ne voit pas pourquoi il serait interdit d’expérimenter sur lui, alors que si l’on estime qu’il en est un, on voit mal comment justifier l’avortement. Les droits de l’homme s’arrogent une vocation universelle qui leur confère une sacralité et une immunité absolue rendant leur critique suspecte, voire interdite. Leur assise intellectuelle et conceptuelle se fonde dans la révolution française. Leur intolérance intrinsèque est manifeste dès l’origine : « à peine la révolution avait-elle proclamé les droits de l’homme que, pour les rendre plus effectifs, elle instituait la Terreur. De 1792 à 1801, c’est au nom de la « liberté » que la France s’est engagée dans une politique d’occupation, d’annexions et de conquêtes ». Il est frappant de voir que c’est au nom des droits de l’homme que l’on justifie à peu près tout et son contraire, sans identifier, de prime abord, la logique qui sous-tend ces justifications : droit d’ingérence dans des pays catalogués comme voyous, lutte contre toutes les discriminations tout en « abandonnant le combat pour la justice sociale », réclamation de la gestation pour autrui, explication docte de la lutte contre les « stéréotypes de genre » exigeant l’abolition du masculin et du féminin, bénédiction de l’arrivée en France d’une masse de migrants toujours plus considérable, abolition du sacré et des coutumes jugées d’un autre âge, suppression à l’école du roman national, instauration du gouvernement des juges… Si l’on se penche sur les ressorts internes de cette idéologie, nous voyons bien son fondement révolutionnaire qui affirme le primat de l’individu sur le corps social ou la communauté, ensuite son prolongement naturel dans l’idéologie progressiste et libérale qui fait de l’individu et de ses droits le principe central du marché mondial déterritorialisé. Il est alors normal que « Les droits de l’homme soient proclamés avec force, et même violence, dans une société qui s’est peu à peu déshumanisée et où les hommes tendent à devenir des objets, où la marchandisation et la réification des rapports sociaux créent partout des phénomènes d’aliénation nouveaux. » L’homme des droits de l’homme est par conséquent, sans surprise, assimilé à l’Homo œconomicus.

Alain de Benoist nous rappelle toute la difficulté qu’il y eut à trouver un fondement à la déclaration universelle des droits de l’homme publiée le 10 décembre 1948 par l’assemblée générale des Nations Unies. Pas moins de 150 intellectuels de tous pays, en majorité occidentaux, cherchèrent à déterminer la base philosophique de la nouvelle déclaration des droits. Des oppositions ou manifestations de scepticisme émanant d’autorités morales et intellectuelles se firent jour : « en témoigne le recueil intitulé « Problèmes et aspects des droits de l’homme » qui fut publié en juin 1948, avec une préface de Jacques Maritain, et qui contient notamment les réponses d’Aldous Huxley, Gandhi, Teilhard de Chardin, Emmanuel Mounier… » Les critiques les plus fréquentes portent sur le caractère abstrait des droits de l’homme, leur prétendue universalité et sur le découplage des droits et des devoirs. Notre philosophe affirme que « tout universalisme tend à l’ignorance ou à l’effacement des différences. » Les culturalistes opposent aux universalistes que « dans sa formulation canonique, la théorie des droits apparaît elle-même peu disposée à reconnaître la diversité culturelle, et ce pour deux raisons : d’une part son individualisme foncier, et le caractère hautement abstrait du sujet dont elle proclame les droits, d’autre part ses liens historiques privilégiés avec la culture occidentale, ou du moins avec l’une des traditions constitutives de notre culture. » L’acculturation n’est jamais souhaitable et on peut d’ailleurs observer largement le renouveau des affirmations identitaires de toutes sortes qui s’opère un peu partout, en réaction au déclin des identités nationales, à la sclérose des Etats-nations et à l’effacement général des repères : « à une époque où la diversité culturelle et humaine est bien la dernière chose dont se soucie l’idéologie économique et marchande, et ses élites mondialisées, qui domine la planète, l’idéologie des droits renoue ainsi subrepticement avec d’anciens discours de domination et d’acculturation ». Avec en perspective, l’instauration d’une civilisation planétaire composée d’hommes remplaçables et interchangeables. Accompagnant l’extension globalisée du marché, l’idéologie des droits lui fournit l’habillage « humanitaire » dont il a besoin. Ce n’est plus au nom de la « civilisation », du « progrès », que l’Occident se croit fondé à régenter les pratiques sociales et culturelles existant dans le monde, mais au nom de la morale incarnée par le droit. L’Occident peut ainsi, une fois de plus, s’ériger en juge moral du genre humain. Dans ses Considérations sur la France (1796), Joseph de Maistre écrit que « la Constitution de 1795, tout comme ses aînées, est faite pour l’homme, or il n’y a point d’homme dans le monde. J’ai vu dans ma vie des Français, des Italiens, des Russes,… ; je sais même grâce à Montesquieu qu’on peut être persan : mais quant à l’homme, je déclare ne l’avoir jamais rencontré de ma vie ; s’il existe, c’est bien à mon insu. » Subtil et ironique, Joseph de Maistre ne veut pas dire qu’il n’y a pas de nature humaine, mais que cette nature ne peut exister à l’état pur et qu’elle se fonde toujours dans un contexte d’appartenance à une collectivité, une culture donnée.

En conclusion, Alain de Benoist nous interroge encore sur notre époque : « est-on dans une société des droits de l’homme, ou dans une société qui a décidé de faire droit à toutes les formes de désir, pour que chacun maximise ses intérêts, de reconnaître tous les choix de vie, tous les contenus d’existence, toutes les préférences et toutes les orientations, pourvu que celles-ci n’interfèrent pas trop avec celles des voisins ? Reconnaître les droits de l’homme, cela se ramène-t-il à considérer tous les penchants comme légitimes, au risque de consacrer la dictature des minorités ? » Et de détruire ipso facto le corps social, les libertés individuelles fondamentales et notre culture.


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