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Mise en ligne spéciale poésie


William Clapier 3/4 : L’esprit souffle où il veut

William Clapier 3/4 : L’esprit souffle où il veut

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Propos recueillis par Maximilien Friche

MN : Votre livre, Quelle spiritualité pour le XXIème siècle ? , avant d’être un acte au sens où il entre en dialogue avec le lecteur pour sa mise en questionnements, est également un témoignage. Témoignage au travers de votre quête de transcendance et témoignage au travers du choc physique qui vous a permis de rentrer dans une conversion radicale. Vous avez été curieux de l’au-delà et de vous vous-même. Comment donner cette soif qui ne s’étanche jamais ? Est-ce important de témoigner de son expérience ? Est-ce ainsi que l’on évite les écueils d’une vie spirituelle qui flirterait avec la jouissance intellectuelle, est-ce ainsi que l’on reste incarné ?

WC : Vous posez des interrogations immenses ! Comment communiquer, donner cette « soif-désir » de sonder le Sens de la vie et de vivre en cohérence avec ce Sens ? Ce questionnement m’a, en grande partie, motivé à écrire ce livre sur la spiritualité au XXIème siècle. J’ai voulu étayer ma réflexion à la lumière de mon cheminement personnel. La vie spirituelle, je le crois, ne peut guère se dire sans être narrée dans le fil d’une vie, l’expérience d’une vie. Que m’a-t-elle appris ? Que les ouvertures les plus probantes sur ce chemin, les vecteurs les plus aptes à nous y introduire sont la beauté une et multiple de la nature, la rencontre de témoins et, même si cela peut surprendre, les épreuves. Certes, les humains ne sont pas égaux dans cette appétence de Sens. Il n’en demeure pas moins que l’attention à l’harmonie cosmique, l’impact de certains témoignages et la puissance d’épreuves déstabilisatrices sont semblables à des messagers du Sens, des éveilleurs de l’intériorité, des défibrillateurs du cœur pour nous attirer à la Transcendance, à la Présence divine. Car c’est elle qui appelle. En vérité, c’est la « Source qui a soif d’être bu » (saint Augustin).

La passion de la Vie et de son mystère nous est souvent transmise par ces fenêtres privilégiées – Beautés du Vivant, Rencontres relais du Vivant, Epreuves initiatrices du Vivant – au point de nous saisir quelque fois, du moins fugitivement, d’un émerveillement contemplatif. Ce rapt de notre être n’est pas évasion du réel temporel. Bien au contraire, il tend à nous investir, à nous engager dans sa trame concrète, sociétale, pour collaborer, coopérer à son dynamisme universel. Et à être ses artisans « de paix », « de justice », dit l’Evangile. La communion éveillée à « cette soif qui ne s’étanche pas » est aujourd’hui étrangement confortée par un auxiliaire inattendu : la tragédie environnementale. De fait, celle-ci conjugue les trois vecteurs précités : gémissement de la terre aux prises au chaos environnemental, rencontres de personnes engagées dans le combat alternatif, épreuves de la confrontation personnelle à l’effondrement systémique planétaire. Cette conjonction interpelle de manière croissante. Elle presse chacun, peut-on dire, à une forme d’enrôlement pour être à son tour acteur de Sens. Elle permet de se préserver d’un hédonisme spirituel, d’une jouissance intellectuelle qui tend à nourrir égoïsmes et pusillanimités. Car quiconque éprouve la « soif qui ne s’étanche pas » fait l’apprentissage d’un vigoureux détachement intérieur. Par le dépassement du « moi égocentré », il s’inscrit dans la chair du Christ, la dynamique altruiste de son Esprit. Et paye ainsi de sa personne, au jour le jour, en cohérence sensible avec l’universalité de l’humain en proie aux graves convulsions dont l’actualité ne cesse de nous informer.

MN : Vous dites que l’on a besoin d’être initié à la vie spirituelle, que l’on ne peut rester seul pour entrer dans cette voie. La vie spirituelle suppose donc relation, dialogue… Et pourtant aussi silence, retrait du monde, contemplation… Doit-on être plus spirituel que l’autre pour l’initier à la vie spirituelle ? Est-ce par le dialogue, la relation elle-même que l’on ouvre la porte à l’esprit saint et qu’on lui permet d’agir ?

WC : Nul ne se donne la vie. La vie est antécédente à chacun. Elle est un don. Elle est une effusion mystérieuse, donnée et redonnée chaque jour, d’instant en instant. La respiration en est un beau symbole. La vie est et sera toujours reçue : vie physique, éveil psychologique, essor affectif, apprentissage intellectuel, développement culturel par l’éducation parentale, scolaire, socioprofessionnelle, l’art, les voyages, les rencontres, les luttes… Il en va de même, davantage encore, pour la vie spirituelle. Celle-ci se déploie par une interaction entre assimilation personnelle et initiation avec et par autre que soi. Si l’exploration de son être intérieur s’expérimente seul, de manière intime, nous ne sommes jamais seuls, isolés, dans cette démarche. Il y a l’instructeur qualifié, le maître ou l’accompagnant. Et il y a les rencontres si variées dans leur contenu, amicales ou non, par lesquelles nous apprenons, progressons. Là, nul besoin d’être illuminé pour être acteur de l’éveil spirituel d’autrui, si nous savons l’écouter. Enfin, il y a les événements comme tels, heureux ou douloureux, où la Vie parle et nous enseigne. Car en définitive le seul Maître et Enseignant véritable, c’est l’Esprit, c’est le Christ, rappelle l’Evangile. C’est lui qui enseigne à travers les médiations temporelles les plus diverses. Toutefois si l’Esprit souffle où il veut, comme il veut, par les intermédiaires qu’il choisit, connaître quelqu’un – homme ou femme – plus avancé que soi dans les voies spirituelles, est une grâce, une chance précieuse, inestimable, qu’il importe d’apprécier à sa juste mesure : providentielle.

MN : Votre bibliographie est colossale ! Il faut beaucoup lire pour méditer et cheminer dans la vie spirituelle ?

WC : Cheminer spirituellement vers l’éveil du cœur n’oblige pas à être un dévoreur de livres ! La clé de la vie spirituelle réside dans l’éveil à un au-delà de l’ego mentalisé pour laisser vivre l’Esprit. Je me souviens de ce vieil hindou, paralysé des membres inférieurs. Il avait élu domicile – une minuscule baraque – au bord du Gange, proche de Shivananda ashram, à Rishikesh. Il passait ses journées à contempler le Gange, lire la Bhagavad-Gîta, mendier sa nourriture et accueillir quiconque s’arrêtait pour converser avec lui. Son rayonnement était simple, humble, heureux de la joie d’une vie toute orientée vers Dieu, attentif au tout venant. La lumière de son regard et la force spirituelle de ses paroles laissaient deviner le mystère qui l’animait. Il avait le don d’éveiller ceux qui s’approchaient de lui à la paix, au trésor de vie que chacun porte en soi. Authentique sage aux yeux de tous, il n’avait pourtant qu’un seul et unique ouvrage, la Bhagavad-Gîta, qu’il lisait et méditait quotidiennement. Cet exemple, qui souligne l’essentiel de la vie spirituelle, n’est pas un éloge de l’inculture et l’analphabétisme !

La lecture et la réflexion font partie du cheminement intérieur. Elles sont même nécessaires pour soutenir notre motivation, éclairer notre marche, susciter des prises de consciences, franchir des seuils, comprendre ce que nous avons à vivre, à éviter, à lâcher, à mettre en acte. Chacun d’entre nous pourrions citer tel ou tel ouvrage, auteur qui nous a nourris, éclairés, aidés, que nous aimons lire et relire. Il en va de même d’enseignements, de conférences, de sessions. Cependant, lire une bibliothèque de livres spirituels, écouter de beaux enseignements de sagesse, y compris ceux de grands maîtres, ne remplaceront jamais la mise en œuvre personnelle de la vie de l’Esprit, qui se passe de mots, de livre, d’enseignements. Là réside l’avancement.


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