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A propos du mot « permission »

A propos du mot « permission »

Par  

« Il ne suffit pas d’avoir du talent : il y faut encore votre permission, - n’est-ce pas, mes amis ? »
Nietzsche, Par-delà bien et mal

La permission est un mot que l’on apprend assez tôt. L’enfance n’est-elle pas l’époque de la vie où l’individu est le moins libre de ses faits et gestes ? Quoiqu’on veuille faire, il faut d’abord en référer aux figures de l’autorité incarnées par les adultes. On veut sortir avec ses amis ? Il faut en demander la permission à son père ou à sa mère. A-t-on une envie pressante d’uriner alors que le cours est déjà commencé ? Il faut, pour pouvoir se rendre aux toilettes, demander et avoir l’autorisation de son professeur. Et ainsi de suite dans les autres strates sociales où il faut toujours faire ses preuves. La permission culminait sans doute avec le service militaire obligatoire, à une époque (pas si lointaine) où il pesait sur la plupart des jeunes Français. A tel point que la permission était, dans ce contexte, synonyme de vacances.

On comprend ainsi que ce mot, qui recèle en lui une attitude de soumission, puisse devenir haïssable à l’adolescence – cette saison de toutes les révoltes. Et, par une naturelle opposition, entraîner toutes sortes de conduites transgressives. Du reste, la permission a une dimension antithétique qui appelle son opposé, l’interdiction. On ne peut vraiment la penser qu’à l’intérieur de ce couple linguistique. Ensemble, ils constituent l’un des plus fortes structures de notre vie psychique. Car l’on doit savoir instantanément ce qu’il faut faire faire – ou ce que l’on peut faire – dans les diverses situations qu’apporte la vie quotidienne.

Mais qui a décidé pour nous de ce qui est permis ou interdit ? Forcément, l’être humain se posera tôt ou tard cette question, voudra interroger les principes qui en sont à l’origine, surtout lorsque le caractère mauvais ou fautif de tel ou tel acte ne lui est pas évident. C’est ainsi qu’il sera peut-être amené à redéfinir son propre code de valeurs vis-à-vis de ce qui est possible ou, au contraire, de ce qui doit rester prohibé. Ainsi se forme en l’homme la capacité à juger de toutes choses  sous le soleil. Une prétention de sophiste ou une simple exigence d’autonomie ? Quoiqu’il en soit, fort de cette règle bien comprise, il n’aura plus besoin de demander à personne la permission.


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