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MN prend la marge et revient en septembre


AAA : Ah, ah, ah !

AAA : Ah, ah, ah !

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Après Standard and Poor's en janvier 2012, après Moody's en novembre dernier, c'est désormais au tour de l'agence Fitch de dépouiller la France de son précieux AAA. Lorsque Moody's avait dégradé la note de la France, Pierre Moscovici s'était empressé de dénoncer "l'héritage". Cette fois, le Ministre de l'Économie et des Finances se contente de déclarer que notre pays, avec « son économie large et diversifiée, sa démographie dynamique, son haut niveau de productivité, la qualité de ses infrastructures et de ses services publics, la solidité de ses institutions », prend acte. Après plus d'un an de pouvoir, l'héritage est devenu une rengaine à laquelle les Français, tout comme les investisseurs, sont désormais habitués.

Un mal européen


Cette dégradation ne devrait cependant pas avoir de graves conséquences : les marchés ont depuis longtemps intégré que les finances françaises ne sont pas au mieux de leur forme et n'ont pas attendu le réveil (tardif) de Fitch. D'ailleurs, les AAA se font rares aujourd'hui dans la zone euro, puisque seuls le Luxembourg, la Finlande, les Pays-Bas et évidemment l'Allemagne le conservent. Reconnaissons que la gestion des crises grecques et chypriotes n'ont rien fait pour redonner confiance en l'eurozone. Cependant, la France tire un certain bénéfice de l'état des dettes européennes. Les investisseurs, lassés des placements à des taux quasi nuls, font preuve d'un certain opportunisme en plaçant leurs fonds sur la France, le moins mauvais élève après les premiers de la classe. Notre taux d'intérêt diminue alors mécaniquement, à l'arrivée de ces capitaux en quête de rentabilité. Mais attention, cela ne durera pas ! Les circonstances nous donnent une bouffée d'oxygène, à nous d'en tirer parti, et de profiter de cette chance pour réformer nos institutions en douceur, mais en profondeur.
Ne nous y trompons pas, l'Allemagne est l'exception, et si la situation y est bien meilleure, ce n'est pas sans raisons. Il y a bien entendu les désormais célèbres réformes de Gerhard Schröder mais pas seulement. Du point de vue de l'État, on accepte les très petits salaires, on favorise l'émergence de PME fortes et qui dominent leur marché. Du point de vue des entreprises, on a compris que la monnaie forte qu'est l'Euro allait de paire avec des stratégies d'exportation, tout en tirant profit de l'intégration des pays de l'Est pour sous-traiter les étapes à faible valeur ajoutée.

Une Bundes-BCE plus pragmatique


Il est vrai que la BCE et l'Euro ont été conçus sur le modèle de la Bundesbank et du Deutsche Mark, en cela magistralement servis par le Français Jean-Claude Trichet. Mais n'en disons pas de mal : un Français qui jouit d'une grande crédibilité économique sans être impliqué dans moult affaires de moeurs, le fait est suffisamment rare pour être souligné, peut-être est-ce parce qu'à peine nommé, celui-ci avait déclaré à la presse « I'm not a frenchman »… Au contraire, Mario Draghi semble avoir intégré la guerre des monnaies, la course à la dévaluation. En faisant part de son souhait de maintenir au plus bas les taux directeurs de la BCE « pour une longue période de temps », le banquier central ne fait absolument rien pour maintenir l'Euro a un niveau élevé. Sans résoudre les causes profondes du problème, cette politique devrait conduire à une réduction mécanique des déficits des pays du sud de l'Europe, tout comme à une diminution des excédents germaniques. En un mot, il s'agit d'un rééquilibrage des économies de la zone euro. Le changement est suffisamment important pour être souligné, et applaudi.
Avec un peu de recul, il est finalement évident que la situation, bien que grave, est plutôt bonne face à la gravité de la crise traversée. Les gouvernements européens peuvent se permettre de conserver des déficits assez importants, particulièrement en France, le temps de se réformer (de ce point de vue, il faut notamment souligner les magistrales avancées de l'Italie). L'Euro a montré toute sa solidité malgré les tensions, alors que les Anglo-Saxons auraient volontiers parié sur sa chute, il y a un an. La Banque Centrale Européenne s'ouvre enfin au pragmatisme, qualité indispensable en matière économique.

Bref, la décision de Fitch sera sans conséquence : tout va mal, on le savait déjà.
Mais ça commence à aller mieux au niveau européen et ceci, Fitch ne l'a pas pris en compte.

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