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Avis de teuf !

Avis de teuf !

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Les hommes ont toujours aimé « faire la fête » … Certains prétendent que ce sont les femmes qui ont inventé la fête. Ils ont raison, car ce sont sûrement pour elles que la fête fut organisée par les hommes. Devant la grotte ou le campement, les individus réunis autour du feu se sont probablement mis à gesticuler autour du foyer pour manifester leurs sentiments et leurs différences. Il s’agissait peut-être de la première mise en scène permettant de faire valoir ses attraits au sexe opposé. Certaines peuplades poursuivent cette tradition festive ancestrale pour affirmer l’existence de leur communauté.

Dans d’autres points du globe, la fête, moment fort, ciment entre les hommes, a évolué au cours des temps. Son expression suit le cheminement du polissage social. La fête s’est ritualisée, sacralisée, puis démocratisée. Elle est actuellement, dans nos sociétés occidentales, banalisée. Des crues du Nil où flottèrent les premiers rubans d’offrandes en l’honneur d’Isis et Pharaon, en passant par les fêtes grecques, romaines, druidiques, les hommes de ces époques ont su marquer leur temps. C’est vers l’an mil environ que le sens de la fête coïncida, dans l’emploi du mot, avec la célébration d’un jour marqué par un contexte religieux. Les réjouissances prévues ce jour-là se doivent de rompre avec les obligations quotidiennes et toutes les activités sont tournées vers le Saint honoré. Le compagnonnage, étroitement lié à l’univers spirituel, a valorisé ses patrons, au point que de nos jours on trouve encore de-ci, de-là des reliquats de ces traditions. Par exemple, en l’honneur de Saint Joseph, à la fois patron de la sainte famille et des charpentiers.

Le concept s’est laïcisé à la révolution et l’on garda l’esprit tout en se tournant vers l’événement. Ce fut la fête de la Fédération. La dernière décade du XXème siècle a multiplié les occasions et fit de la fête un sujet intemporel. La fête de la bière, de la courge, du cassoulet, de la musique etc. Simplifiée et banalisée, la fête n’est plus un événement exceptionnel. Elle appartient au quotidien. Tout en est prétexte. Des corps qui se déhanchent et une musique de « ouf », ajoutez une rasade de whisky, de gin ou de tequila et vous êtes au cœur de la fête du quartier ou organisée à tout bout de champ, entre copains. Les ingrédients sont déterminants de l’ambiance au point que quelques pastilles ou sucre en poudre se substituent parfois aux canapés dans le subreptice espoir que les choses se passeront mieux sur les sofas. Peu importe les raisons, l’endroit, ou la saison qui motivent ces rassemblements de toutes sortes. Ils sont empreints du même modèle social.

« Faire le fête », c’est principalement se retrouver serrés les uns aux autres, dans une cave, au fond d’une cour ou sous une tente, éclairés par des lumières psychédéliques et assommés par une déferlante de décibels. C’est à un moment donné, l’endroit censé favoriser des contacts avec d’autres personnes, sans que rien ne puisse permettre la communication, puisque les individus se voient à peine et ne s’entendent pas. Un monde où la félicité conjugue l’heureux isolement de chacun dans un ensemble de joies mouvantes, car plus ça bouge, plus c’est bon, plus on oublie. On oublie, quoi ? Tout. Ce qui contrarie ou ce qui est cause de stress ou peines dans la vie quotidienne. On peut même en oublier les raisons qui ont généré la présence ou l’organisation de « la fête ». Ainsi se justifient les « gay pride » ou les fêtes du divorce ! Que mon mariage se soit soldé par un échec me permet de réunir et de compter mes amis, ma famille, parfois mon ex, autour d’un pot festif où je pourrai enfin m’éclater ! Une manière, parait-il, de vivre plus intensément. Il y a même des sociétés qui se spécialisent dans l’organisation des « fêtes du divorce » comme pour les mariages. On pourrait envisager des cartons d’invitations qui porteraient la mention « Prudence, la biche à chasser sera cachée, pour le plus grand plaisir des invités dans la grande forêt des turpitudes de la vie. » En SMS cela donne « y a de la caille come to get. » Quel dommage que la fête en soit réduite à cette dernière extrémité ! Car faire « n’importe quoi » de la fête c’est en quelque sorte la « tuer ». La fête doit retrouver sa splendeur. Ne faisons plus simplement une « teuf ». La joie et le bonheur ne se commandent pas.


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