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Avortement post-natal, euthanasie des condamnés

Avortement post-natal, euthanasie des condamnés

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Qu’y a-t-il de commun entre un bébé prématuré et un violeur récidiviste ? Mais la mort bien sûr ! Pas cette mort naturelle qui nous attend tous avec sa gueule en forme de trou noir, non, cette mort administrative et administrée avec légalité et générosité. La mort des deux, prématuré et violeur récidiviste, peut être organisée légalement dans le respect de la morale des chiens de garde de la révolution.

Cela se passe en France. Le bébé prématuré en question avait dû être réanimé à sa naissance, ayant été victime d'une hémorragie cérébrale. Face aux risques de séquelles, Mélanie, la mère, avait assuré, avec son conjoint, ne pas vouloir « une vie de handicap » pour son enfant et demandé l’arrêt des soins. Le 18 septembre, devant l’aggravation de la situation, un processus de fin de vie a pu être mis en place. Ouf !

Lundi 15 septembre, on apprenait par ailleurs qu’un Belge, condamné à la prison à vie il y a 25 ans pour le viol et le meurtre d'une jeune femme, avait obtenu le droit d'être euthanasié. Youpi ! Une première depuis l'adoption par la Belgique d'une loi sur la mort assistée il y a 12 ans. Frank Van Den Bleeken avait attaqué la ministre belge de la Justice pour obtenir le droit de mourir en invoquant une « souffrance psychique » insupportable, les psychologues ayant établi qu'il ne pourrait jamais contrôler ses pulsions sexuelles violentes et donc recouvrer la liberté. La Cour d'appel de Bruxelles devait entériner lundi un accord conclu entre le ministère et son avocat pour qu'il soit transféré dans un hôpital, où il sera euthanasié à une date non ultérieure. On apprend à cette occasion que quinze autres internés ont fait également ce choix. «Je ne crois pas au risque de prolifération », tempère Me Jacqueline Herremans, membre de la Commission de contrôle et d'évaluation de la loi sur l'euthanasie et présidente de l'Association pour le droit de mourir dans la dignité de Belgique. Appellation à perdre le souffle ! Prolifération ? Non sûrement pas, à moins que l’on organise la mise en dépression des condamnés à l’étape suivante de ce feuilleton du progrès en marche…

Résumé : Les débats sur l’avortement post-natal et le l’établissement de l’euthanasie volontaire des condamnés sont lancés, nouveaux noms modernes de l’infanticide et de la peine de mort. Préparons les argumentaires pétris de charité désordonnée !

Le recul organisé des zones d’indignations protégées.

Tous ces faits de société, choisis en avant-garde des débats que mèneront les humanistes et leurs médias dans quelques années, me rappellent la notion de zones d’indignations protégées révélée par Philippe Muray. Pour avancer, pour chuter, le progrès a besoin d’édifier des zones d’indignations protégées, c'est-à-dire des domaines d’avant-garde en matière de mœurs, de morale qu’il rejette avec une très grande violence et de façon catégorique. C’est leur façon de consolider leur avance en rassurant les plus réticents. C’est ainsi que le clonage, par exemple, est honni. C’est ainsi qu’il y a vingt ans, on parlait de mariage homo tout en brandissant un non catégorique et ferme sur l’adoption d’enfants par des personnes de même sexe. C’est également ainsi qu’en légalisant l’avortement de détresse, on s’offusquait de pouvoir imaginer une pratique eugéniste avec l’avortement thérapeutique, et encore plus concernant un avortement de confort. Aujourd’hui, ces faits de société concernant le prématuré et le condamné à perpet’ représentent pour notre société des zones d’indignations protégées devenues précaires et risquant bien de vivre leurs dernières heures d’indignation.

Les réactions diverses sur les deux cas nous laissent dans un fouillis intellectuel représentatif de la malhonnêteté à la base de la bonne conscience collective. S’offusque-t-on du suicide assisté ? S’offusque-t-on que cela ressemble à une peine de mort déguisée ? S’offusque-t-on que cet homme ne purge pas véritablement sa peine, et choisisse la facilité, celle de ne plus souffrir et de mourir alors même que c’est un méchant ? On a du mal à démêler les raisonnements de nos troupes de modernes conscientisés.

Quant à l'histoire du prématuré, ce sont juste les arguments d'ores et déjà utilisés pour l'avortement thérapeutique qui sont là réutilisés pour l'infanticide appelé avortement post-natal. En gros, nous ne pouvons pas souhaiter engendrer une vie de merde. Que l’enfant soit handicapé toute sa vie provoque dès lors une envie de ne pas lui donner l’occasion de la vivre, sa vie de merde. Comme si la vie des valides ne l’était pas tout autant, comme si la vie n’était pas de toute façon une épreuve sanctionnée par l’échec. Dans le meilleur des cas, nous vivrons la mort de nos parents, la mort de notre conjoint ou d’autres personnes chères et, notre propre mort, et c’est le meilleur des cas. Passons sur les situations bien pires. Voilà donc notre vie de merde. On y est pourtant bien attaché. Pourquoi le bébé handicapé n’aurait-il pas le droit de la vivre aussi sa vie de merde ? Mais on préfère donner d’une main au Téléthon, et reprendre de l’autre la vie donnée aux bébés handicapés.

Si ces faits d’avant-garde nous font comprendre les futurs débats qui seront menés dans notre république sanguinaire, nous comprenons également que tout ce qui est situé en deçà de cette zone d’indignations protégées est considéré comme acquis. Acquis, bien sûr tout ce qui est légal, comme l’avortement, mais acquis également tout ce qui ne tardera pas à l’être, comme l’euthanasie des grabataires et des personnes malades en fin de vie.

L’adoration de nos limites

Comme il est amusant de voir les stratagèmes mis en place par l’esprit de la révolution française, à travers la République, pour rendre légaux les crimes nécessaires à sa survie. Toute cette énergie déployée par les révolutionnaires pour rendre légaux leurs crimes et propre la mort, est fascinante. Dès le début, ils ont cherché à massacrer sous couvert de la loi. C’est par la loi que l’on a légalisé le génocide vendéen par exemple. De nos jours, le diable se faisant toujours plus subtil, on demande aux médecins de jouer au citoyen armé, et à l’individu de juger sous couvert de l’opinion. Bref, notons donc en résumé pour notre prisonnier belge et notre prématuré que lorsque la vie ne vaut plus la peine, on réinvente la peine de mort.

Il est également toujours amusant de voir la similitude entre la charité chrétienne et la morale républicaine. La mort est une notion qui chemine en République. De condamnation, elle est aujourd’hui délivrance. Pile ce que la foi catholique veut nous amener à comprendre. Pile ? Pas tout à fait, juste la caricature de la foi catholique, son aplatissement et son asservissement. L’agir diabolique a toujours été caricature, le presque parfait, il n’a jamais été le contraire… Il a toujours été une sorte de canada-dry, quelque chose qui ressemble, qui a tout de, mais qui n’est pas.

Il est plus facile de désirer mourir dans la dignité que de désirer l’éternité. On adore nos limites, on les rend propres. On décide dedans, maître de tout. On décède dedans. De peur d’être redevable à Dieu d’un sursis, d’une prolongation, de l’éternité, on finit par céder à la tentation d’être maître de sa mort. Mourir dans la dignité est la caricature de la bonne mort que l’on désire avoir, recevoir et pour laquelle on prie. Décider de mourir dans la dignité me donnerait presque envie de mourir dans la plus grande humiliation, charcuté sous l’œil morve et jouisseur d’un djihadiste éjaculateur précoce…


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