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MN prend la marge et revient en septembre


Déflatons !

Déflatons !

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Chroniques de la guerre économique

Déflatons !

La déflation est ce nouveau mot qui est apparu sur les manchettes des journaux. C’est l’inverse de l’inflation, c’est-à-dire une baisse des prix généralisée. Elle est mesurée grâce à un indice des prix à la consommation reprenant l’évolution des prix des dépenses courantes des ménages. Le pétrole et le transport représentent plus de 13.5% de cet indice en France. Depuis la fin de l’année, les économistes affirment que la France et plus largement l’Europe sont entrées dans une période de déflation. En effet, le taux d’évolution de l’indice à la consommation est proche en décembre 2014 de 0 avec une progression de 0.1%. La chute violente du pétrole qui a perdu près de 50% de sa valeur au dernier trimestre 2014 semble être le principal responsable de ce phénomène. Réjouissons-nous de cette bonne nouvelle pour le consommateur qui paiera moins cher son chauffage cette année. Mais ce n’est pas du goût de tout le monde et notamment de l’Etat. Car, qui dit déflation, dit renchérissement de la charge d’intérêt de la dette. En effet, si vous empruntez à 2% et que les prix baissent de -1% alors votre charge réelle d’intérêt est de 3%. Autant l’inflation est un impôt déguisé des plus riches autant la déflation est un cadeau généralisé pour tout le monde. Seul hic à ce tableau, une trop longue période de baisse des prix ancre les anticipations baissières des agents économiques. En termes plus profane, tout agent rationnel diffère ses achats s’il prévoit à court termes une baisse des prix. Pensez à l’immobilier ! C’est cela qui inquiète officiellement les banques centrales et les différents gouvernements. A termes, cela signifie, dans une économie basée sur la consommation que la masse de richesse ou le PIB diminuera. Personne ne dit pourtant que rien n’est inéluctable si la productivité augmente. En effet, cette dernière pourrait compenser la baisse des prix mais ce qui semble possible dans des économies productives comme l’Allemagne serait difficile à mettre en place dans les pays du club Med de l’Europe comme la France et l’Italie…

Europe : merci la BCE

Face à cette angoisse de la déflation, les banques centrales ont décidé de mener le combat de l’inflation. C’est la version officielle de l’intervention de la semaine dernière de la banque centrale européenne qui a dévoilé un programme de rachat d’actifs de 60 milliard d’euro par mois jusqu’en septembre 2016 (soit 1,14 trillions d’euro). De manière plus prosaïque, l’idée poursuivie par les instances monétaire est de dévaluer la monnaie et de desserrer l’étau des dettes des états fragiles. Tout cela se fera en redonnant aux banques centrales étatiques, la possibilité d’acheter les nouvelles dettes émises par leur pays. Ainsi, la banque centrale italienne pourra absorber les 35 milliards de dettes nettes émises l’année prochaine par le gouvernement de Renzi. Voici donc le système de seigneuriage qui revient de plus bel dans nos économies. Pour rappel, le seigneuriage est le système qui consiste dans la création de dettes directement souscrites par la banque centrale et dont les intérêts seront récupérés par les propres pays. Cela coupe l’herbe sous le pied de tous les souverainistes et laisse libre les gouvernements de s’endetter encore plus. Pourtant, ce système pourrait être vertueux si les états menaient parallèlement des réformes structurelles permettant de réduire le train de vie de l’état et de supprimer les trop nombreuses failles sociales du système d’état providence qui a toujours lieu en Europe (CMU par exemple). Seul finalement, la dévaluation déguisée de l’euro devrait être efficace pour les exportateurs comme Airbus qui devraient bénéficier d’un avantage compétitif face à leur concurrent américain. Toutefois, il ne faut pas oublier que les Etat-Unis ne laisseront pas filer leur monnaie sans rien faire. Le second round de la guerre des changes aura lieu sûrement prochainement. En attendant, cette politique qui sauve temporairement les Etats européens les plus faibles risque de renforcer l’aléa moral qui consiste à s’endetter pour relancer une fausse croissance sans en mesurer les conséquences futures.

La ruée vers l’or de la Russie

La Russie est en pleine guerre économique contre les américains et pour l’instant, ils sont perdants. Leur devise s’est fortement dépréciée (moins 50% de sa valeur), leurs réserves de change libellées en euro et dollars commencent à fondre rapidement. Et même le franc suisse s’est fortement renchéri et engendre un coût supplémentaire pour les russes qui voulaient se mettre à l’abri des soubresauts géopolitiques. A croire que la dévaluation de l’euro, la réévaluation du franc suisse et la baisse du pétrole, sont de nature à mettre à genou l’ogre russe et ses oligarques. Pour preuve, la banque centrale russe en est réduite à acheter de l’or pour ne pas tout perdre. En effet, elle a acheté 152 tonne d’or l’année dernière représentant plus de 30% de l’achat total des banques centrales de ce métal précieux. Diversification pour temps de disette, il semble que la Russie paiera cher ses ambitions de puissances. Il ne faut pas oublier que c’est par l’arme économique que l’URSS fut démantelée. Espérons que Monsieur Poutine réussisse le pari de ne pas tomber dans ce nouveau piège occidental.

Voici donc exposé les dernières nouvelles économiques dont la lecture doit être plus souvent politique que purement économique. L’arme monétaire sert des desseins stratégiques qui dépassent le cadre de la défense du bien commun. La BCE, principale arme des européistes, cherche à sauver l’Europe tandis qu’avec nos amis américains les états européens poursuivent leur but de rabaissement de la Russie au rang de puissance régionale. En attendant, profitons des taux bas, du pétrole pas cher et du raffermissement de l’or pour vivre mieux. L’agent économique se doit d’être avant tout opportuniste !


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