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Henri Quantin nous rappelle la nécessité de manger Dieu

Henri Quantin nous rappelle la nécessité de manger Dieu

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Il est nécessaire à intervalle régulier de se faire quelques piqûres de rappel sur ce qui est la source et le sommet de la foi catholique, à savoir l’Eucharistie. C’est toute la grande utilité du dernier livre d’Henri Quantin intitulé Manger Dieu. Oh, rien de nouveau sous le soleil, le scandale de l’Eglise du Christ reste le même. Dire que les romains nous traitaient de cannibales alors qu’il ne s’agissait que de manger Dieu, la chair de Dieu, bien au-delà de tout Humanisme. L’adoration poussée à son point culminant pour rendre caduque la dévoration des uns par les autres.

Henri Quantin a cogité son livre à l’aune du premier confinement qui nous valut d’être excommuniés, sans savoir que le deuxième confinement nous mettrait en situation d’un comique de répétition. L’important n’étant bien sûr pas dans la glose de l’immanence mais dans la révélation du transcendant, Henri Quantin en profite pour rappeler la réalité de notre foi catholique, foi de l’incarnation qui s’incarne dans les sacrements. Utile avant toute chose de rappeler avec Jacques Maritain que « Sanctifier le quotidien ne signifie pas banaliser le sacré. », ce n’est pas parce que l’on peut et doit transformer sa vie quotidienne, domestique et laborieuse, en prière, que l’Eucharistie doit passer comme accessoire, optionnelle, voire pire, symbolique.

Jésus, notre Dieu a voulu qu’on le mange et c’est ainsi qu’il a rendu toute chose nouvelle et tout autre sacrifice caduque. Quantin affirme dès le début que « Venir au monde dans une mangeoire signifie d’emblée demander à être mangé. » Et cela ne fait que commencer. Dieu qui se fera cadavre avant de se faire nourriture dans un retournement des choses révolutionnaires, n’a eu de cesse que d’annoncer ces deux états de fait. On met très souvent en cohérence l’annonce de son sacrifice et de sa résurrection au travers de l’ancien et du nouveau testament. On a perdu l’habitude de tisser le fil de l’Eucharistie de la mangeoire à la croix, Henri Quantin le fait. Le discours sur le pain de vie au terme duquel Jésus laisse filer tous ceux qui l’avaient encensé peu de temps avant, est une des preuves indiscutables que Jésus a voulu qu’on le mange pour les siècles des siècles. S’il s’était agi d’une image, il aurait rattrapé la foule afin qu’elle ne parte pas sur un quiproquo. « Il faut croire qu’il y tenait vraiment à être mangé. » souligne Henri Quantin. Au contraire, il la laisse partir pour ne se retrouver qu’avec ses proches disciples qui non certains de bien comprendre cette affaire de manger Dieu, ne savent pas vers qui d’autres ils iraient. Ils n’ont pas trouvé mieux que Dieu et on les comprend.

Si Henri Quantin revient sur cette vérité de la foi catholique, c’est que la privation de sacrifice public durant le premier confinement provoqua quelques imprécisions dans le discours. Ainsi « Certains ont aussi parlé de "jeûne eucharistique" ce qui était hors de propos (…) puisque ce jeûne consiste non pas à se priver de communion mais au contraire à s’abstenir de nourriture pour ne manger que Dieu. » Aussi en profite-t-il qu’en l’absence d’Eucharistie, tout y concourt quand même. L’Eucharistie est la source et sommet même en l’absence d’Eucharistie, au sens où « La liturgie de la parole n’est pas qu’un simple amuse-gueule avant le plat principal de la consécration, (…) un Dieu qui parle aux hommes est déjà en train de s’offrir à eux. » ; au sens où « Grâce à l’adoration (…), j’apprends mon rôle d’invité au festin des noces de l’Agneau. » Si nous avions reçu la parole de Dieu, si nous l’avions adoré sur l’Autel, nous aurions été aimantés par l’Eucharistie même en son absence.

Henri Quantin est le connaisseur intime du catholicisme des écrivains du XXème siècle. Il se source aussi chez Mauriac, Maritain, Péguy et même chez Houellebecq. Avec Mauriac, il déplore « Le mépris pour les chrétiens dits "sociologiques» pour lui, ce mépris est toujours « même avec les meilleures intentions du monde, (…) le chemin le plus sûr de la déchristianisation en profondeur ». Il nous faut redescendre de nos concepts et nous débarrasser des raisonnements produits avec infatuation à l’aune de ces privations de messes. Henri Quantin nous suggère pour ce faire de nous caler sur le récit de la Cananéenne qui propose de se faire petit chien pour avoir droit aux miettes du festin de l’Agneau. L’auteur de Manger Dieu y voit là une leçon du confinement. Nous sommes tous amenés à être des petits chiens cherchant des miettes de Dieu, à être ces chiens au pied du maître, ces chiens aux abois en cas de danger contre l’Eglise du maître, ces chiens toujours affamés.

Il faut conclure ce papier en remerciant Henri Quantin d’avoir écrit Manger Dieu. Il est vrai que l’auteur nous rappelle justement que « Le livre est parfaitement adapté à l’incarnation. » (contrairement au rouleau des juifs). Le livre évoque une révélation achevée et définitive. Sa structure est fractale : « A la manière de l’Eucharistie, dont chaque parcelle contient le Christ tout entier, la page est déjà le livre tout entier. » Par assimilation au sujet traité, il nous faut donc lire Manger Dieu. Il nous faut donc manger Dieu.


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