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Il faut sauver le soldat BNP Paribas

Il faut sauver le soldat BNP Paribas

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Ils se fendaient la ruche lorsqu’ils parlaient de la Société Générale et de sa perte de 5 milliards d’euro. Kerviel pouvait bien marcher, faire le guignol de service entre le Vatican et la France. BNP Paribas avait gagné par auto-KO de son principal concurrent. La banque verte au slogan « votre argent nous intéresse » était devenue toute puissante. Tout allait bien dans le meilleur des mondes. Puis tout d’un coup, son histoire s’est assombrie. En février 2014, lors de la présentation des résultats trimestriels, le récent PDG, Jean-Laurent Bonnafé, nous annonçait que le groupe BNPP avait provisionné la modique somme de 1 milliard de dollars pour faire face à un risque de litige avec l’état américain. Quelques semaines après, on apprenait par des sources proches du dossier que le litige pourrait aller jusqu’à 12 voire 16 milliards de dollars agrémenté de poursuites pénales de plusieurs personnes de la banque et d’une perte de licence bancaire pour traiter des virements en devise américaine. D’une affaire modeste, elle est devenue une affaire d’État.

Qu’est-il reproché à la banque ?

Le ministère de la justice américaine reproche à la banque d’avoir effectué des versements en dollars aux pays voyous que sont l’Iran, le Soudan et Cuba. L’argent n’a pas d’odeur ! Ces paiements concerneraient des projets pétroliers et auraient été réalisés en pleine conscience par la filiale suisse du groupe bancaire. Aux yeux des US et de leur vision extraterritoriale de la justice, le cas est grave et mérite une sanction sévère voire exemplaire. S’ajoute la morgue supposée des banquiers français qui n’ont pas bien coopéré avec les enquêteurs américains. Ajoutons qu’au regard des justices françaises et suisses et même européennes, il n’y a ni fraude ni faute.

Des conséquences difficiles à mesurer

Une amende de 12 à 14 milliards de dollars effacerait une année et demie de profits de la banque. Cela constituerait à la fois un manque à gagner pour les actionnaires mais aussi pour les salariés et l’État. Les actionnaires ne toucheraient plus de dividendes la première année et devraient sûrement participer à une augmentation de capital réduisant d’autant la valeur de leur action. Les salariés habitués à recevoir des primes sur les résultats, ce que l’on appelle l’épargne salariée, verraient son montant réduit fortement, de 35 % à 50%. Quant à l’État, il aurait un manque à gagner de 1 à 2 milliards d’euro, la recette fiscale habituellement réglée par la banque chaque année. Du côté des bénéficiaires, évidemment, il faut se référer aux contribuables américains. Ils en sont coutumiers, les amendes des groupes industriels de toutes les nations auraient atteint la modique somme de 100 milliards de dollars en cinq ans. C’est un impôt mondial déguisé ! À plus long terme, la banque devrait perdre des clients américains pour perte de licence de paiement mais aussi perdre des clients pour mauvaise image ainsi que des contrats dans le domaine de l’énergie, secteur où elle était relativement brillante. Peut-elle faire faillite ? Je ne pense pas, car elle possède encore un bilan important, des liquidités abondantes mais elle sortira sûrement affaiblie de cette histoire et pourrait devenir une cible d’achat pour d’autres groupes bancaires ou pour des Qataris déjà fortement impliqués dans la finance européenne après leur participation au capital de la Deutsche Bank. Côté sanctions pénales, on cite Monsieur Chodron de Courcelle, famille alliée aux Chirac, ou même l’actuel président du directoire, Baudoin Prot, visiblement très absent. De sources officieuses, on parle de burn-out…

Un contexte de guerre économique

Difficile de ne pas rapprocher cette affaire avec la fusion GE-Alsthom actuellement bloquée par l’État français. On peut aussi parler du voyage du MEDEF en Iran. Barack Obama avait prévenu Hollande, l’initiative du MEDEF serait sujette à des représailles. Sous-entendu, l’Iran est la chasse gardée des État-Unis et la France doit rester alignée avec son allier le plus puissant. Si vous ajoutez le cas de BNP Paribas et l’absence initiale de réaction du gouvernement français, vous avez une illustration de notre faiblesse sur la scène mondiale. Il semble en effet que les USA aient décidé d’utiliser le monde des entreprises pour soumettre la France. C’est finalement l’aboutissement d’une politique atlantiste qui passe par notre intégration à l’Otan, la condamnation de la Russie et la négociation du traité transatlantique. Hommes politiques, rebellez-vous ! Oubliez votre rancœur contre les affreux banquiers. Il faut sauver la Banque verte. Elle possède une place internationale éminemment importante (7ème marque bancaire mondiale). N’oubliez pas que pour jouer dans la cour des grands, il faut des groupes bancaires puissants, capables de porter une vision française indépendante. Sans eux, pas de capitalisme national, pas d’exportations de groupes français, pas de puissance économique viable. Et n’oubliez pas qu’en la protégeant, vous faites votre devoir de protecteur du bien public et des milliers de salariés français de ce groupe (60 000 employés). Alors, Monsieur Hollande, continuez à vous battre contre les US, ce sera peut-être le seul fait de gloire de votre quinquennat, si pitoyable jusqu’à présent.


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