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La Papauté depuis 1917 (2)

La Papauté depuis 1917 (2)

Par  

Une porte s’est ouverte en 17

La lecture proposée repose sur l’intuition majeure exposée déjà en 1947 par Raoul Auclair dans son Livre des cycles. Le titre déchiffré au dos de cet ouvrage dans la bibliothèque familiale – j’avais neuf ans – m’intriguait bien avant que j’ose et sache le lire. Deux ans plus tard parut Le Crépuscule des nations. Ainsi avait baptisé Raoul Auclair le temps où l’on était entré à la date-clé de 1917. Il y voyait une porte ouvrant sur une phase de transition, une antichambre, ou mieux un narthex – vaste porche d’église peuplé d’une forêt de colonnes – dont chacune historiée transmet une vérité particulière.

1917 est déjà en soi, à nos yeux d’observateurs, un jalon historique assez éloquent pour justifier le titre. C’est l’heure où, dans la grande boucherie guerrière que se livraient les nations d’Europe, interviennent soudain des armées venues d’horizons si divers et de si loin accourues que l’on a prononcé pour la première fois l’expression « Guerre mondiale ». Et au moment précis où naissait cette internationale guerrière, principalement nourrie d’économie libérale, surgissait en Russie une autre internationale non moins farouche, née d’un projet de révolution ouvrière prolétarienne mondiale. De part et d’autre, c’était, symboliquement proclamée, et dans les faits déjà commencée, la « mort des nations ». De 1917 à nos jours, cette agonie (combat) devait prendre des formes diverses, se traduisant par un premier essai de Société des nations, une Seconde Guerre mondiale, une nouvelle Organisation des Nations Unies, la construction de l’Union européenne et son délitement actuel, les progrès ravageurs de la mondialisation ultralibérale avec ses séquelles, tandis que croissent alentour les risques d’une troisième confrontation, cette fois planétaire, sous le signe d’un islamisme dépravé exerçant ses ravages au Moyen-Orient, en Asie et en Afrique, d’États-Unis d’Amérique en crise, et d’un Extrême Orient en fermentation. Seul signe contradictoire, en même temps que s’effondre l’empire ottoman, Israël, par la Déclaration Balfour du 2 novembre 1917, retrouve un statut national confirmé par sa fondation en 1948…

Pendant tout ce temps, les nations, particulièrement européennes – mais leur analogie s’étend à tous les continents – ont vécu dans l’angoisse de leur disparition ; qu’elles aient été écrasées par des empires totalitaires ou aient donné elles-mêmes des gages à des partenaires plus puissants, qu’elles soient malgré elles « dépassées » par la lutte économique, financière et idéologique entre les empires qui se disputent et partagent la planète, ou enfin qu’elles aient versé dans le « nationalisme » qui est une odieuse caricature d’elles-mêmes. Le mot « crépuscule » convient bien à l’alliance de lumière et d’ombre, au clair-obscur où tout objet en s’effaçant lance de derniers feux héroïques qui laisseraient croire à une nouvelle aurore. N’est-ce pas dans cette incertitude que nous vivons ces premiers mois de 2017 d’où nous parlons ?

Qu’ont à nous dire sur cela les écrits oraculaires ?

Une liste pour un temps donné

Le premier, La prophétie des papes dite de Malachie[1], recense les pontifes de la Sainte Église romaine à partir du xiie siècle. Dans la présentation qu’en fait Raoul Auclair, on apprend que, parue pour la première fois en 1595 dans l’ouvrage Lignum vitae du bénédictin Arnold de Wion, cette liste débute par Célestin II (1143-1144) – sans doute pour valider l’attribution de l’oracle à Malachie, saint évêque venu d’Irlande à Rome recevoir de ce pape le titre de légat[2]. A partir de lui, une première série de devises assorties de notes latines identifie 74 pontifes, tous antérieurs à sa publication au xvie siècle ; quel que fût l’auteur, celui-ci n’avait donc pas à être grand prophète pour les classer et leur attribuer a posteriori le nom d’un pontife ; la liste fournit cependant des clés utiles à l’interprétation des notes latines qui se référent aux traits caractéristiques, nom, origines, circonstances historiques ou meubles de blason de chacun. En revanche, quant aux devises des papes postérieurs à la publication – ils sont 111[3] dont 10 antipapes – on a dû se charger de les identifier à mesure, et leur nom figure là dans l’ordre chronologique. Restait à discerner la pertinence des devises qui les concernent – ce que des exégètes, et mille charlatans, ne se sont pas privés de faire à chaque élection. A la suite du R. P. Chacon (Ciaconius), de l'ordre des Frères Prêcheurs, qui s’en fit le premier interprète, Raoul Auclair tire de la prophétie des leçons auxquelles nous invitons le lecteur à se reporter.

Mais le trait saisissant de l’oracle n’est pas à nos yeux seulement dans sa matière mais dans le fait que son auteur ose en poser les limites en ne retenant qu’un nombre précis d’occupants de la chaire romaine. Aux 164 pontifes précédant la rédaction dont il n’est pas fait mention, s’en ajoutent donc 74 du xiie siècle au xvie siècle, puis ces 111, et pas un de plus, jusqu’à la fin. Faute de croire l’oracle en panne d’inspiration, cela veut-il dire qu’après 349 papes, il voit l’Église de Rome disparaître, se dissoudre ? Ou voudrait-il plutôt signifier que son message englobe une période, une séquence de la vie de la chrétienté et du monde qui s’achèvera avec le dernier pontife ici désigné ?

Ou plus précisément, avec l’avant-dernier ? C’est l’idée qui s’impose en effet quand on lit, après 110 devises, qu’au cent-onzième pape de la liste est dédiée une longue phrase, sans analogue dans le recueil :

In perfecutione extrema S.R.E. fedebit.
Petrus Romanus, qui pafcet oues in multis tribulationibus :
quibus tranfactis ciuitas fepticollis diruetur,
& Iudex tremêdus indicabit populum fuum. Finis.

Dans l’ultime persécution de la Sainte Église Romaine siègera
Pierre le Romain, qui paîtra ses brebis au milieu de nombreuses tribulations ;
ces tribulations passées, la ville aux sept collines sera détruite
et le juge redoutable jugera son peuple. Fin.

Entre les 110 papes et le dernier, titulaire de cette coda impressionnante, se creuse ainsi volontairement un hiatus, un blanc suggérant un saut historique. Le cycle bimillénaire de 348 papes étant bouclé, la papauté est désormais éclipsée, ou dorénavant imprévisible. Parce qu’on a « passé un col » de l’Histoire, le paysage en aval se trouve hors de vue de l’oracle, quoique celui-ci voie émerger à l’horizon un plus lointain sommet : celui qui clôturera le nouveau cycle par les événements décrits –  chrétiens persécutés, Rome en ruines, dramatiques préludes au « Jour du Jugement ». Puis Finis. Fin.

Le Temps de l’Eglise

Il serait imprudent de s’attarder ici sur des mystères qui touchent directement à ce que l’Écriture nomme la « fin des temps », mais si, comme nous le croyons à la suite des Pères, Dieu a voulu que règne une certaine analogie entre les formes de l’Écriture et celles de son accomplissement, il est permis de référer ces dernières informations à la chronologie symbolique des Évangiles. Ici, à l’histoire des pèlerins d’Emmaüs.

Les deux compagnons partent de Jérusalem en s’entretenant des événements qu’ils ont vécus ces derniers jours : « Jésus, le Nazarénien, qui s’est montré un prophète puissant en œuvre et en parole devant Dieu et devant tout le peuple […] nos chefs l’ont livré pour être condamné à mort et l’ont crucifié. Nous espérions, nous, que c’était lui qui allait racheter Israël ; mais avec tout cela, voilà le troisième jour depuis que ces choses sont arrivées ! » Et certes des femmes et des disciples ont trouvé le tombeau vide et des anges « qui le disent en vie », « mais lui, ils ne l’ont pas vu ! » [4].

Le départ des deux témoins vers Emmaüs (situé, notez-le, à soixante stades de Jérusalem) ouvre une ère nouvelle, que l’on peut nommer « temps de l’Église ». Vécu dans un sentiment mélangé de deuil et d’espérance, ce trajet – parfois figuré par une navigation – prend la forme d’une longue pérégrination ponctuée d’étapes « dominicales » où les compagnons (« ceux avec qui se partage le pain ») tiennent des « agapes fraternelles » qui préfigurent le banquet des noces à l’avènement du « Jour du Seigneur ». A ce repas, Jésus a annoncé sa « présence réelle » : « lorsque deux ou trois sont assemblés en [s]on nom ». Ainsi advient-il à Emmaüs : on se souvient qu’à la fraction du pain – qui est bien plus qu’un signe : un sacrement – les deux hommes reconnaissent le Christ et rebroussent chemin vers Jérusalem, origine et fin de l’histoire de la Rédemption.

Mais que n’avaient-ils fait pour le retenir auprès d’eux ? « Reste avec nous, car le soir vient et déjà le jour baisse. » Comment mieux décrire le « crépuscule » où nous sommes ? Oui, parvenus au troisième jour, terme du temps de l’Église militante, nous voici à l’auberge d’où notre route fraternelle va s’inverser, s’inverse, s’est déjà inversée mystérieusement (comme s’est inversée d’abord liturgiquement l’orientation du prêtre célébrant) et ce retournement, cette authentique Révolution ou conversion, s’est accomplie dans le siècle ouvert en 1917 et qui se boucle à présent.

À suivre :

  • De benoît XV à Paul VI
  • Deux papes en un
  • De benoît à François 

Pape

Nom

Règne

Durée

Malachie

Interprétation courante

Nostradamus
0492

Ndms 0769

Ndms
0048

Benoît XV

Giovanni Baptista della Chiesa

1914-1922

8 ans

Religio depopulata

1ère  Guerre mondiale (1914-1918), grippe espagnole et révolution d’octobre dépeuplent la chrétienté.

 

 

 

 

 

 

Après le siege tenu dix-sept ans,
Cinq changeront en tel reuolu terme (60 ans) :

 

 

 

Deux

 

Pie XI

Achille Ratti

1922-1939

17 ans

Fides intrepida

Pape des missions et de l'action catholique, condamne le nazisme.

 

Pie XII

Eugenio Pacelli

1939-1958

19 ans

Pastor angelicus

Pasteur angélique, saint pape, appelé le « pape de Fatima »

 

 

 

 

Trois

 

Jean XXIII

Ange-Joseph Roncalli

1058-1963

5 ans

Pastor et nauta

(Cervus Siren ?)

Patriarche de Venise, ville des navigateurs. Pasteur de la grande étape du Concile Vatican II.

 

Paul VI

Giovanni Battista Montini

1963-1978

15 ans

Flos florum

Le lys, « fleur des fleurs », est trois fois sur ses armes. Apôtre de la collégialité.

 

Jean-Paul 1er

Albino Luciani

1978

33 jours

 

 

De
medietate lunae

L’un (« blanche lumière ») n’a régné qu’une lune. L’autre autant d’années que de jours dans un mois lunaire.

 

Puis sera l’vn esleu de mesme temps,
Qui des Romains ne sera trop conforme

 

 

 

Ces deux ne font qu’un

 

 

Vingt
[Sept] ans du regne
de la lune passés

Jean-Paul II

Karol Wojtyla

1978-2005

27 ans

A mis son pontificat de grand voyageur sous le signe de la Lune mystique, Mère de Dieu.

Benoît XVI

Joseph Ratzinger

2005-2013

8 ans

De labore solis

A régné 8 ans ; l’étoile à 8 branches ou escarboucle est symbole du soleil. Puis s’est retiré.

 

 

Quand le soleil
prendra ses iours lassés

François

Jorge Mario Bergoglio

13.03.2013-

 

Gloria olivae

Signe de paix ; agonie au Jardin des Oliviers, symbole d’Israël.
Séraphin de st François.

 

8ème sera fin

Lors accomplir & [ter]mine ma prophetie

 

 

 

 

 

 

 

 

mil ans autre tiendra sa monarchie.


[1]
Saint Malachie d'Armagh, évêque d'Irlande, né en 1094 et mort en 1148 à Clairvaux.

[2] A noter que, selon l’Annuario pontificio, qui démêle non sans mal papes, antipapes et papes éphémère, Célestin II est le 164ème successeur de Pierre.

[3] Ce qui ne peut surprendre ceux qui savent le « nombre » de l’Église militante. Cf. L. de Goustine, Lumières des nombres dans le Nouveau testament, p. 109 à 113. Plus avant, voir Raoul Auclair dans La prophétie des papes, p.86 et ss.

[4] Luc 24,13-35.


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