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La souffrance au travail : une opportunité ?

La souffrance au travail : une opportunité ?

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La souffrance au travail est un problème sociétal

Il suffit juste de regarder sur internet ou dans une bonne librairie pour conforter le sentiment que la souffrance au travail est un problème sociétal. Des centaines d’études, d’articles, des faits dramatiques, de nombreuses unes de journaux sont disponibles pour le lecteur qui veut se donner la peine de creuser le sujet. Ce problème est actuel, il irrigue notre quotidien et touche un voisin, un ami, un collègue voire nous-mêmes directement. Il n’y a pas que l’affaire Télécom..

La souffrance au travail est donc un problème sociétal actuel.

Une omerta indiscutable

Même si ces ressources sont riches et diversifiées, une omerta existe sur le sujet. Rares sont les vrais débats managériaux autour de ces problèmes, rares sont les entreprises se saisissant de ce problème en profondeur et surtout en amont d’un drame ou d’un indicateur se rapprochant de la cote de popularité d’un certain président. Il faut bien souvent atteindre le fond, le drame ou le procès pour que nos entreprises se soucient du problème… France Télécom a maintenant de façon certaine un plan d’actions… Tant mieux pour les salariés actuels de cette entreprise, c’est triste pour ceux qui sont partis ou ceux qui ne se remettront pas d’un burn-out aigu.
Les ouvrages, articles, livres dédiés à la prévention sont peu nombreux, les unes des journaux encore moins sur ce sujet crucial.
Une première explication réside dans des aspects commerciaux. Un bon procès pour harcèlement moral fait mieux vendre sûrement que les études sur la résilience de Boris Cyrulnik ou les études de Friedeberg.
Une deuxième explication : Il faut être syndicaliste, délégué du personnel, membre du CHSCT, médecin ou tout simplement s’intéresser à l’Homme (attention au cumul des mandats) pour se pencher sur les causes produisant de la souffrance au travail.
Une troisième explication provient du fait que le management des entreprises pratiquent l’omerta sur ces problèmes telle la mafia sicilienne sur la corruption.

Pour parler de ces problèmes, il faut d’abord savoir les identifier, les comprendre, les analyser, les décortiquer, s’entourer d’une équipe pluridisciplinaire, prendre du temps. Il est beaucoup plus simple de les évacuer, de les nier…
En parler c’est déjà avouer une certaine sensibilité. C’est un risque à prendre, celui de se faire rejeter par ces pairs, par sa hiérarchie. Nombreux sont les exemples livrés par des managers dans des cercles restreints, peu nombreuses sont les réunions de travail sur ces sujets.
En parler nécessite d’être formé, et de créer les conditions pour aborder avec recul ces problématiques et surtout nécessite de donner des moyens d’agir ensuite sur le diagnostic.
La formation, les outils existent dans ce domaine y compris sur la toile. Mais ils sont insuffisamment utilisés et mis en œuvre. Il suffit de regarder combien d’heures sont consacrées dans les grandes écoles sur ce sujet.

La souffrance au travail : une fatalité exogène à l’entreprise

L’omerta conduit bien souvent à évacuer le problème de ce type de souffrance à des causes exogènes à l’entreprise (crise, divorce, problèmes familiaux, faiblesse psychologique) et à renvoyer la question à la médecine ou vers l’extérieur de l’entreprise.
‘’Il faut s’y faire. Les temps sont durs pour tout le monde…il(elle) n’a qu’à aller voir le médecin…’’
‘’Les plus faibles n’ont qu’à aller voir ailleurs, changer d’entreprise, de métier. Et puis, avec tout ce que font les entreprises aujourd’hui pourquoi se plaindre ? 35 heures, projets participatifs, massage, numéro vert… Nos salariés ont de la chance, donc s’ils ne vont pas bien pour certains c’est de leur faute ou c’est lié à leur vie personnelle !’’
La souffrance au travail est donc vue comme une fatalité exogène à l’entreprise elle-même. C’est une peste venant de l’externe qu’il faut combattre, pourvu que celle-ci ne me touche pas ni mon équipe, ce serait mieux pour ma carrière !
Mais de façon bien évidente, même si la règle de l’omerta interdit d’en parler, le management ne peut se laver les mains de ces problèmes. Le management se doit de traiter la question avec une obligation de résultats et pas uniquement de moyens.

La souffrance au travail : Une opportunité managériale

Soyons iconoclastes : la souffrance au travail est une réelle opportunité managériale !
Accepter de regarder la question sous cet angle c’est déjà risquer le pilori ou pire la crucifixion immédiate. Et pourtant !
Cette peste moderne existe dans nos entreprises. Identifier les causes de cette maladie, trouver des solutions pour l’éradiquer, en limiter les effets dévastateurs, c’est un levier de performance immédiate : nos salariés seront moins absents et surtout on évitera le pire peut-être…
Traiter cette question, c’est se donner les moyens de poser une regard plus humain sur la management, sur la vocation première d’une entreprise, sur la place de l’Homme dans le "grand tout". C’est aussi se poser la question de son influence personnelle sur la santé des salariés qui nous entourent, sur son action en tant que manager.
Traiter cette peste moderne, c’est s’interroger sur la façon d’organiser le travail, la façon d’agencer les espaces de travail, d’organiser les outils…
C’est une formidable opportunité d’améliorer la performance de nos entreprises. Quel soldat irait au combat s’il avait la certitude que dès la première embuscade, il serait abattu dans le dos par son chef de section ? Quel salarié prendrait des risques s’il sait qu’à la moindre défaillance d’un indicateur du 43ème processus, il ne sera pas soutenu par son chef ?

Créer les conditions pour que la peste de la souffrance au travail ne s’abatte pas sur votre équipe, c’est s’assurer que les salariés seront heureux de venir travailler, contents de venir contribuer à une œuvre qui les dépasse au service de la performance globale de l’entreprise.
C’est donc une opportunité qu’il faut saisir de façon urgente. Faut-il avoir les ressources personnelles pour le faire et une bonne dose de courage pour commencer à initier ce genre de réflexions : la loi de l’omerta vous rattrapera sûrement…
Mais espérons bientôt voir des tableaux de bord d’entreprises qui mettent en avant une indicateur de bien-être au travail, indicateur placé juste après ceux traitant l’EBITDA et la sécurité classique.

- "Mais l’espérance est un risque à courir" - Bernanos


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