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La vengeance de Coronis (3)

La vengeance de Coronis (3)

Par  

Episode 1 : http://www.mauvaisenouvelle.fr/?article=france-la-vengeance-de-coronis--1570

Episode 2 : http://www.mauvaisenouvelle.fr/?article=monde-la-vengeance-de-coronis-2---1580

Corona est parvenue à obturer ma glotte, elle l’a remplacée par une sorte d’hostie infernale qui m’étouffera. Ma seule façon de continuer à vivre, de respirer, est désormais d’avoir la tête en bas comme l’amoureux de l’arcane 12 du Tarot. (…) L’île bleue. Mon journal que je voulais saisir a été remplacé par ce roman qui est à la fois mon arme et mon médicament psychique. (…) Raspail sorti de sa fièvre est parvenu à écrire un merveilleux roman de chevalerie. Voilà à quoi sert une fièvre de cheval !

 

Je me pose encore une question.

Je me demande aussi si le roman de Raspail n’est pas le roman de son humiliation humilité/ impuissance tantrique, blessure elle-même symboliquement réparée par l’acte de la création littéraire.

On doit s’attarder sur la ce que je nomme l’humilité tantrique de Jean Raspail :

Elle apparaît dans le roman au chapitre du passage à la ligne, c'est-à-dire du passage initiatique de la sortie de l’enfance qui commence par ces mots « Sortir de l’enfance, c’est franchir un mur. On se hisse plus ou moins adroitement. On passe la tête. On découvre un paysage différent et on saute de l’autre côté parce qu’il n’y a plus rien à faire que sauter. On se reçoit plus ou moins bien. Certains se blessent et s’en remettent mal.

Ce peut être même une sorte de mort blanche, une préfiguration de l’autre, de la vraie mort, qu’une vie permettra le plus souvent d’atteindre, le plus souvent impatiemment. Notre chance à nous ce fut de sortir de l’enfance en sautant en plein fouet dans une vraie guerre. Nous nous y retrouvions tels que nous étions mais jouant à présent pour de bon. » C’est, on le voit, le chapitre de l’initiation elle-même. De la mort initiatique.

 

L’humilité tantrique de Jean Raspail ne fera que se renforcer par une sorte d’humiliation recherchée

Mais l’humilité est mise en évidence par la perception de l’idéal nuptial. Nous sommes à ce moment du récit où Bertrand et sa cour vont bien basculer d’une guerre imaginaire dans une guerre réelle. Ils ont fortifié l’Ile bleue et attendent la colonne de char et de Tanks, la 5ème Panzer, corps blindé du général Hoth commandée par le jeune lieutenant Franz Von Pikkendorff qui, pensent-ils, dans leur imagination dernière d’enfants, doit passer dans leur repaire, et contre toute logique stratégique dans cette guerre éclair, va effectivement le faire. Pourquoi ? Réponse, dans la superbe, de Bertrand Carré à l’un de ses hommes liges, Zigomar qui lui faire remarquer naïvement mais pas si naïvement que ça justement que les Allemands dotés de cartes routières n’ont aucune raison de s’égarer sur son île. « Parce que j’y suis »

Et c’est là que vient la description de l’idéal nuptial « Maïté avait passé un bras sous le sien comme une femme. J’ai un net souvenir de cette scène-là. La beauté à ce point appariée…Couple rare, couple royal…Qu’on ne se méprenne pas sur le sens de ce que je vais dire. On ne pouvait que les aimer ensemble. Ce devait être quelque chose comme cela, l’ancienne dévotion charnelle aux souverains… » Et l’idéal perçu, c’est ensuite alors l’aspiration la demande, l’appel. Les troupes tiennent l’Ile en dispositif déployé à trente mètres les uns des autres le long du sentier ouvert les isolats sont planqués en casemates tapissées de feuilles et les filles servent d’agents de liaison avec le chef pour instructions sur des billets laconiques et plus laconiques encore des instructions orales quasi codées et rapports en retour.

Et voilà ce qu’est cette expérience pour le narrateur « Je me souviens de l’acuité de mon émotion, recherchée désespérément mais jamais retrouvée depuis tandis que je guettais d’imperceptible bruissement ou le craquement d’une branche qui m’annonçaient la seule vraie nouvelle qui pût compter pour un garçon, que quelqu’un s’en venait vers moi seul, et que ce quelqu’un était une femme. C’était ce mot que j’avais dans la tête, immobile sous mon abri de verdure, tendant l’oreille, le cœur battant. Je me répétais silencieusement, délicieusement : une femme… Rien ne me paraissait plus beau que ce mot-là, chargé d’un bonheur imprécis, mystérieux, oppressant. Puis je sentais une présence toute proche, un léger souffle un peu haletant, alors seulement je me posais la question : Maïté ? Zazanne ? Mais déjà un peu de ce bonheur s’enfuyait parce qu’il était sur le point de prendre forme. »

Et l’équation du destin est bientôt posée « Mais il paraît que c’est moi qu’elle « aimait. » Et pourquoi ? Parce que Maïté n’est pas pour toi et que cela te rend malheureux.

Et comme Bertrand n’est pas pour moi. Et voilà, c’est ça le destin. C’est ainsi que le plus souvent fonctionnent les aiguillages du cœur. Brave Zazanne. Celles qui suivirent tout au long de ma vie, puisque les autres » n’étaient pas pour moi, ne la valaient peut être pas. » Et n’inaccessibilité de l’idéal, sa prise de conscience lucide et amère est confirmée plus loin. « En rentrant j’avais l’impression d’empester la lavande bon marché de Zazanne. Je ressentais déjà cette gêne désolée dont je ne me suis jamais parvenu à me défaire, plus tard, en sortant des bras de femmes qui n’étaient que la caricature de mon rêve. »

L’humilité tantrique de Jean Raspail ne fera que se renforcer par une sorte d’humiliation recherchée, rencontrée et acceptée subie comme mort initiatique définitive avec les retrouvailles du narrateur d’avec Maïté de Réfort, lui écrivain et elle comédienne à la fin du roman, mais j’ai assez cité, il faut le lire.

 

Saint- John Perse en robe de chambre prune : tant de grâce poétique et de prestance diplomatique. Alexis Léger, C’est du Feydeau un nom pareil !

Je me demande encore si ce n’est pas de cela que je suis venu moi-même guérir, car je dois l’avouer enfin… à moi aussi des revenants souvenirs intimes me sont revenu. Je sais, que je viens de lire un roman presque parfait. Ce roman a même donné dans le rite de la rosserie littéraire avec ses détestations culturelles en faisant entrer dans sa description de la faune d’un régime politique faisandé en débandade extra Parisienne, dans l’été 40, le poète de cour de l’époque, Alexis Léger léger léger connu sous son nom de plume: Saint- John Perse. « Epouse du monde ma présence » en débâcle c’est bien moins glorieux et somptueux, il est vrai ! Le trait est d’une ironie féroce mais celui dont André Breton dit qu’il était surréaliste à distance, avait bien pris ses distances diplomatiques dans cette phase tragicomique de la débandade française d’une drôle de guerre, il en avait été un drôle de zèbre, c’est l’homme vu en réalisme et non surréaliste. Grand, rare poète sans doute mais lamentable diplomate que le narrateur ne pourra jamais sérieusement lire. Eloge et Anabase mais rire sous cape. Pas de soucis, Saint Léger n’est sans doute pas un si grand poète, si parfait, et sa carrière politique est loin de constituer l’abyssal grand écart en philosophie entre la vie intellectuelle du plus grand philosophe du XXème siècle Martin Heidegger et son indéniable ancrage/encrage fait de mal entendu et de lâcheté, mais consanguinité de l’encre la plus noire, du plus noir et ralliement jamais renié avec le régime Hitlérien.

Alexis Saint Léger, secrétaire général du ministre des Affaires étrangères, n’est que léger, il n’en est pas là. Il est juste immortalisé dans le roman qui dresse moins un procès-verbal en flagrant délit d’exode Parisien, d’un gouvernement en errance grossissant la horde des vaincus au milieu du dégorgement des troupes sans chefs et sans ordres, et de populations paysannes hagardes ou dégoûtées qui regardent passer ce déferlement qu’un portrait ridicule du diplomate inclus dans un cortège de limousines noires de chefs de cabinets et de leurs cocottes secrétaires égayées, cortège vomis avec le reste d’une interminable chenille de réfugiés et de fuyards, mais prioritaire lui et qui pousse le reste, les carrioles de bouseux.

Le ministère des Affaires étrangères, avait fait halte à la Guichardière, chez la tante du narrateur, Octavie de Réfort en Touraine, la mère de l’éblouissante Maïté, arrivé un matin de Juin 1940 « visiteur de haute taille et d’allure assez prétentieuse , coiffé d’un extravagant chapeau de feutre blafard dans le jour naissant, entouré d’une camarilla tourbillonnante de petits secrétaires excités comme des puces et de chauffeurs bien découplés débarquant d’énormes valises de luxe sur le perron, et qui lui déclara se nommer Alexis Saint Léger Léger, secrétaire général du ministère des Affaires étrangères venu prendre possession, sans même éprouver le besoin de s’excuser, du château réquisitionné pour y installer ses services. » La tante aurait répondu à tant de grâce poétique et de prestance diplomatique qui ne l’impressionnaient guère par un jeu de mot facile d’écolière, tout aussi discourtois, le recevant en robe de chambre pour lui dire, d’un ton de voix affecté imbattable en snobisme par quelques prétentieux poète que ce soit même celui-là assez bien gradé pourtant dans l’engeance snob. « Vous avez sans doute vos raisons monsieur, mais c’est quand même un peu léger de votre part ». L’arrivée du diplomate à la Guichardière n’est pas moins grotesque que sa disparition du récit romanesque : Robe de chambre contre robe de chambre. Le poète y sera désigné par son vêtement, la robe de chambre prune. Cette scène se ponctue encore par une remarque désobligeante de la tante Octavie sur son nom. « C’est du Feydeau un nom pareil ! » déclare-t-elle à la barbe des gendarmes mobiles venus lui apporter des instructions.

C’est un symptôme lorsqu’il y a dégradation morale d’une société de voir à quel point les noms des hommes et des femmes sont l’objet de mépris. Paul Raynaud, le président du Conseil… Le père du narrateur, haut fonctionnaire dans le sillage d’un ministre disait à son fils que c’est un nain portant un nom de maison close. Il ajoute même un nain pathétique et le narrateur confirmera qu’il a une voix de nain pathétique. Revenons à Alexis Léger.

« Superbement drapé dans les plis d’une robe de chambre prune, le diplomate poète avait lové sa haute taille à la façon d’un chat, sur les coussins de la plus vaste bergère. Il tétait une coupe de champagne à petits coups de langue gourmands. Le salon embaumait. » C’est l’avant dernière mise en scène en fait puisqu’on le voit juste plus loin dans le roman discuter avec un consul des Etats-Unis, préparant sa porte de sorties pendant toute la guerre pour filer non à l’anglaise mais à l’américaine. J’ai parlé des cocottes de diplomates mais on retrouve cette ambiance de volière un peu plus loin dans le roman, lorsque le convoi gouvernemental de Chabannais, le ministre et chef du père du narrateur débarque en Touraine de Paris en passant par Chartres où le convoi gouvernemental est pris à partie par la foule en exode et que la police doit dégager Lyli Palma, l’égérie du ministre. Alors est évoqué le cabinet rose, une volière que l’exode avait aussi ouverte faite des Maîtresses des messieurs Mandel, Reynaud, Daladier, Chabannier et autres hauts personnages de l’Etat, sénateurs, députés. La mère du narrateur les décrit ainsi « Des femmes entretenues, des chanteuses des danseuses, des divorcées même une marquise et une comtesse, des grues, des actrices, des chanteuses, des danseuses, des divorcées, elles entrent avec des chiens ; elles ont des opinions sur tout, elles intriguent, elles exigent »

« Un gouvernement qui fout le camp dans un relent du jupon, un chef d’Etat qui ment, qui se débine, un peuple qui se débine, qui fuit, qui n’est plus qu’un chaos… »

Le pouvoir de la cocotte est tel que la démission du Paul Reynaud le 16 juin et le passage du pouvoir à Pétain après refus de suivre le conseil de Gaulle, viendrait de l’influence de la Comtesse de Portes !

 

Les enfants dignes de ce nom sont toujours démodés.

L’intemporel de ce roman, son récit ont pu rejoindre mon temps présent pendant ma fièvre. Mon existence mise à l’arrêt de confinement a pu faire faire un pas de côté pour sauter dans le destin de ses héros Raspailiens. Et comme cette vie d’une France défaite, rejoint le tableau navrant présent de la nôtre ! Que dirions-nous aujourd’hui sur cette ambiance de volière la dégradation de mœurs dans les hautes sphères du pouvoir ? Que dirons-nous au sujet de quoi un président est le nom ? C’est facile à trouver de quel dieu païen il est le nom et notre meilleure prise de guerre, la toute petite sœur du « Nouveau Philosophe », Elisabeth Lévy, s’en amuse comme une folle d’avoir trouvé ! A quand les pleins pouvoirs à Péteux ? Dans ce délitement général d’une histoire trop continuée, le sursaut salvateur gaullien qui suivra le Pétainisme, et la France de la Libération dans son nouveau pacte social en dépit des effets d’annonce de « moi ou le fascisme » dès la campagne présidentielle, et resservie tout du long du mandat présidentiel, est comme gommée tout à fait après des décennies d’oubli et de trahison de nos élites. Le Nous sommes en guerre répété comme un mantra par le président un 16 mars, fait étrangement écho aux cris effrayés de ce gouvernement fait pour la défaite ! « C’est la guerre ! ».

Et si l’invasion est un virus, le contexte de guerre civile de guerre des classes, y est aussi présent qu’une forme d’invasion étrangère par pression des flux migratoires colorés d’animosité revancharde coloniale et Coranique. Nous sommes bien revenus à une ambiance si semblable à ces temps-là. Alors il vaut mieux vivre une époque pratiquement parallèle dans ce roman aux côtés des héros Raspalliens, qu’ils soient bêtes comme Zazanne, normaux comme Pierrot et Zigomar, lâches et courageux comme le narrateur, intrigants et charmants comme ses tantes de Touraine, épais comme Zazanne à la lavande ou aristocratiques comme Bertrand et Maïté de Refort et bien sûr ce héros franco germain, le lieutenant de l’armée d’invasion Frantz Pikkendorff. Tous ont bien plus à me dire que n’importe quel porte manteau politique ou journalistique de ma société française en 2020..vain vain…

Il se dit que Jean Raspail a donné le plus de lui-même dans ce roman. Moi, j’aurai donné dans cette lecture première en tant que lecteur, comme rarement il m’a été donné de pouvoir le faire.  Je sais que demain je vais recommencer la lecture de ce roman et chercher l’identité de la grande actrice Maïté de Refort cousine de l’auteur. Jean Raspail, à la fin de son roman est en tant qu’auteur, repassé devant le narrateur. Il voit dans sa loge l’actrice. Deux enfants, se retrouvent dans un âge plus que mûre, qui impressionne l’autre par sa célébrité ? Tous les enfants sont célèbres il n’y a que quelques rares d’entre eux qui le redeviennent. Au terme de cette lecture je n’ai corné qu’une page, surligné qu’une phrase : « Les enfants dignes de ce nom sont toujours démodés. »

 

 

Nous avons erré d’infidélité en infidélité à nous-même au point que nous ne pouvons plus les dénombrer.

Je termine cet article au soir du dimanche 29 mars 2020. Ce matin, j’ai encore écouté l’homélie de Pape sans Nombre. Il veut que les fidèles demandent la grâce des larmes, comme elles ont coulé des yeux du Christ avant qu’il ne ressuscite son ami Lazare. J’habite une terre gaste. Quelques larmes pourront elles la féconder ? Sur quoi je pleure donc ? Pourquoi je pleure des larmes qui ne coulent pas ? Est-ce que je savais mon Dieu à quel point je suis malade ? En fait entre le jour de mon anniversaire et un cadeau reçu le 11 mars, le jour d’avant cette homélie du Pape le 29, en passant par ma contamination possible le 27 mars du corona virus le 17, et le tournant de la bataille à l’équinoxe, soit pendant un processus qui a duré 17 jours grâce à un état particulier donné par le virus et à la lecture du roman de Jean Raspail, j’ai, je le crois, en tous cas fait un processus de précipitation alchimique auto psychanalytique en passant par le 25 avec l’aide de l’ange guérisseur Gabriel annonciateur de Marie probablement relayés tous les deux par mon ange gardien ou mon Daïmon, j’ai vécu une mise à mort pendant exactement 17 jours, c’est pour cela que je parle du truchement de mon Daïmon, car il se caractérise par le nombre 17, c’est sa signature. J’ai été renversé en l’Amoureux le 12 du Tarot par le pouvoir du 17 et j’ai combattu le dragon du Covid 19.

17 X 12 = 934 soit en addition théosophique font 16 et comme c’est un renversement, je dois inverser ce nombre non pas horizontalement mais verticalement, j’obtiens bien le 19. Covid 19. Ou alors j’additionne le 17 et le 12 et je soustrais la Tétraktis pythagoricienne du 10 soit 29-10 = 19. Copvid 19.

Dans ce processus psychanalytique ou alchimique j’ai trouvé, une clé, peut être la clé du rébus de mon être profond comme de mon destin, de mon karma et ma guérison, c'est-à-dire de ma rédemption possible. De quoi suis-je malade ? C’est la question au château du Roi Pécheur et celle du pourquoi de la faute de Coronis qui, infidèle à Apollon, faute obligatoirement égale, partagée qui nous a fait nous abîmer, nous, les serviteurs de la Beauté. Abyssus abyssum invocat, ceux de la lignée d’Apollon. Nous avons erré d’infidélité en infidélité à nous-même au point que nous ne pouvons plus les dénombrer.

Je pense à la Sophia de certains gnostiques qui veut imiter le Créateur Suprême en engendrant elle-même, mais au lieu de donner naissance à un être parfait, accouche d’un avorton difforme qui lui inspire remords et dégoûts. Coronis tout au moins est mère d’Asclépios.

Alors nous recherchons le Nombre chiffré et les Lettres dans le bon ordre.

 

Marc Gandonnière Saint Denis de Gastines le 29/03/2020.

 


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