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MN prend la marge et revient en septembre


Le prix du silence

Le prix du silence

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« Il y a beaucoup de gens dont la facilité de parler ne vient que de l’impuissance de se taire. » Comme j’aimerais que cette maxime de Cyrano Savinien de Bergerac soit gravée aux fronteaux de nos assemblées, sur nos plateaux télé et partout où la République prétend former les esprits.

En effet, si les paroles inutiles se payaient à la tonne ce que l’or est payé au gramme, hommes politiques, chroniqueurs et autres pédagogistes seraient richissimes. Enfin, plus qu’ils ne le sont déjà… Pourtant la sagesse populaire de nos pères nous le disait, si la parole est d’argent, le silence lui, est d’or. Ce qu’un de mes amis prêtres que je chatouillais sur ses confrères traduisit par un « Je n’ai jamais regretté mes silences… »

Notre époque, hélas, a perdu ce sens du silence. Nous n’en avons plus le temps. Cette infusion d’humanité, cette belle respiration de l’âme a sombrée derrière des casques en tout genre desquels se déversent toutes sortes de bruits discordants. Bien sûr, il reste encore quelques îlots : les clôtures de certains monastères, la dernière note suspendu d’un concerto, la pureté sauvage d’un paysage inviolé, la détresse insondable d’un ami…

Le silence devient l’ultime écrin de nos émotions les plus pures. Là, les mots se taisent enfin et laissent s’exposer la vérité, qu’ils cessent de défigurer, nous permettant enfin d’écouter. A l’heure même où notre société n’a de cesse que de revenir à l’essentiel, de se retrouver, de faire le vide, il parait assez étrange de faire la guerre au silence.

Ça l’ait un peu moins si l’on veut bien considérer le silence non pas comme une fin en soi, une harmonie égocentrique mais bien comme le lieu de la communion la plus grande. Je me tais pour écouter et donc pour communier à l’autre. Je me tais non pour me retirer dans un vide intérieur mais au contraire pour m’habiter de ce qui fait mon humanité à savoir ce que je partage avec l’autre. Le silence n’est pas une forteresse, il est un accueil.

Dans le silence, je comprends l’autre et me comprends mieux moi-même. Le silence, marche vers les autres et donc marche vers le ciel. Voilà bien pourquoi notre société hyper médiatisée fuit avec horreur le silence. Communier c’est prendre part aux joies mais aussi aux souffrances de l’autre. Or jamais notre société n’a été aussi misanthrope et individualiste et jamais la solitude n’a été aussi grande.

Le silence, c’est aussi le principe de l’action. C’est dans le silence que se lovent l’analyse, la décision et finalement le choix. A force de l’avoir oublié, nous avons créé un monde hésitant, balbutiant, sans principes, sans ligne de force et de fait sans âme.

Et si finalement, se taire était l’ultime résistance. D’aucun l’a fait devant son juge… c’était il y a 2 000 ans.


Le silence fait partie intégrante du sacré
Le silence fait partie intégrante du sacré
Le monde du silence
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Nous sommes des nains
Nous sommes des nains

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