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Mise en place de la démocratie athénienne au Vème siècle

Mise en place de la démocratie athénienne au Vème siècle

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Les premières expériences d’un régime démocratique remontent à l’Antiquité, dans la cité grecque d’Athènes.  La mise en place de cette nouvelle forme de régime politique, où l’ensemble des citoyens  participe à la prise de décision, est inédite dans le monde grec et le fonctionnement de cette démocratie fait l’objet de beaucoup de débats au sein de la cité. C’est donc graduellement que les institutions démocratiques voient le jour à Athènes, encore bien loin de nos régimes contemporains.

La Cité-État d’Athènes est fondée formellement vers 750 av. J.-C. par synœcisme, c’est-à-dire par la réunion de plusieurs villages avec égalité des droits et formation d’institutions politiques et culturelles unifiées. Au cœur d’un des territoires les plus vastes de la Grèce, occupant la péninsule de l’Attique qui comprend la ville d’Athènes, le port du Pirée et la campagne environnante, le site de l’Acropole d’abord choisi comme forteresse naturelle est consacré aux cultes et notamment celui d'Athéna, déesse protectrice d'Athènes, à partir de 510 av. J.-C. L’économie d’Athènes dépendant fortement de ses exportations (vin, huile, céramique) et de l’arrivée de marchandises (blé), la route reliant la ville à son port est fortifiée à partir de 478 av. J.-C. et des remparts sont érigés afin d’encercler et de protéger à la fois la ville et le port. La ville est organisée autour de quatre principaux quartiers : deux quartiers politiques (la grande place de l’Agora et la colline de la Pnyx), un quartier religieux (l’Acropole, colline sacrée d’Athéna) et un quartier artisanal (le Céramique où l’on fabrique des poteries dont la production inonde le monde grec).

 

Plutôt que d’être dirigée par un roi, Athènes est alors gouvernée par une oligarchie constituée de puissants aristocrates, les Eupatrides, littéralement « les bien nés ».

C’est au cours de cette période oligarchique, ponctuée de quelques épisodes de tyrannies et de crises sociales, que se mettent en place les fondements de la démocratie athénienne. En effet, les cités du monde grec sont confrontées à une grave crise politique, résultant de deux phénomènes concomitants : d'une part l'esclavage pour dettes, touchant un nombre grandissant de paysans non propriétaires terriens, réduisant ainsi fortement le nombre d’hommes libres, et alimentant les conflits dans les villes ; d'autre part le développement de la monnaie et des échanges commerciaux faisant émerger une nouvelle classe sociale urbaine aisée, composée d’artisans et d’armateurs, qui revendique la fin du monopole des nobles sur la sphère politique. Pour répondre à cette double crise, les cités grecques décident de revoir leur conception du politique par une série de réformes, lesquelles prennent une voie inédite et, dans le cas de la cité Athénienne, aboutissent à un nouveau régime politique : la démocratie.

Le terme « démocratie » tire son origine des termes grecs dêmos, qui signifie « peuple », et cratos, qui réfère au pouvoir. Le pouvoir du peuple athénien se limite cependant aux citoyens, c’est-à-dire aux hommes libres, nés de père athénien, représentant à peine 10 % de la population du territoire d’Athènes ; le groupe des citoyens n’inclut pas les femmes, les enfants, les étrangers et les esclaves.

 

L’Histoire attribue la mise en place de la démocratie dans la Cité athénienne à trois réformateurs, qui instaurent progressivement des mesures politiques et législatives favorisant la participation des citoyens à la vie publique : Dracon, Solon et Clisthène.

D’abord, en -621, Dracon (législateur athénien appartenant à la classe des Eupatrides) rédige un code de lois qui constitue la première tentative d’instituer un droit écrit commun pour tous les citoyens. En effet, pour Dracon, il est primordial que le droit soit écrit, et donc connaissable par tous ceux qui ont appris à lire afin de mettre fin au droit oral, connu et interprété seulement par quelques-uns. Ce corpus de lois se distingue par sa sévérité, où le moindre vol est puni de mort, et qui est à l’origine de l’expression « mesures draconiennes ».

Moins de trente ans plus tard, les lois de Dracon sont abandonnées (-594), lorsque Solon (640 av. J.-C. - vers 558 av. J.-C. ; homme d'État, législateur et poète athénien) rédige ses propres lois. Alors que la crise agraire s’intensifie, creusant inexorablement l’écart entre les riches aristocrates et la classe populaire, Solon modifie en profondeur le fonctionnement de la cité. Ainsi, il abolit l'esclavage pour dettes et affranchit ceux tombés en servitude pour cette raison, il réduit les dettes privées et publiques. Il réforme également le corps civique : l’accès au pouvoir jusqu’alors déterminé par l’appartenance à des classes ne dépend plus du sang mais de la richesse. Quatre classes censitaires, départagées sur la bases des revenus agricoles, sont créées. C’est la mesure de blé, le médimne (51 litres de blé) qui sert d’unité ; pour les Athéniens n'ayant pas de revenus agricoles, est établie une équivalence fictive, le metrete (39 litres d’huile). Les quatre classes sont : les Pentacosiomédimes, dont les revenus dépassent 500 médimnes ; les Hippeis ou Cavaliers dont les revenus se situent entre 300 et 500 médimnes (ils peuvent se payer un équipement militaire et un cheval pour aller à la guerre) ; les Zeugites (laboureurs propriétaires d’une paire de bêtes de labour), dont les revenus se situent entre 200 et 300 médimnes ; et les Thètes (artisans, manœuvres) dont les revenus sont inférieurs à 200 médimnes, et qui sont les plus nombreux. De plus, Solon étend le droit de défense et d'accusation en attribuant un rôle militaire à chaque classe. Sur le plan politique, il met en place deux institutions : l'Héliée – le tribunal du peuple qui permet à tous de participer à la justice de la cité – et la Boulè, composée de 400 hommes tirés au sort parmi les citoyens, 100 de chacune des classes censitaires athéniennes. En revanche, Solon n’engage pas la réforme agraire attendue par les « pauvres », qui devait consister en la redistribution de la propriété des terres.

Enfin, le troisième réformateur, Clisthène – de la grande famille des Alcméonides, petit-fils du tyran Clisthène de Sicyone – joue un rôle primordial à la fin du VIème siècle av. J.-C. pour remanier les institutions politiques d’Athènes car, s'il n'a pas fondé la démocratie, il a néanmoins créé les cadres dans lesquels elle allait pouvoir se déployer. En -508, il instaure une règle bien précise : tous les citoyens ont les mêmes droits et devoirs. Ce précepte est appelé « isonomie », c’est-à-dire l’égalité de tous les citoyens devant la loi, qu’ils soient riches ou pauvres. Ainsi, pour saper le pouvoir de l'aristocratie et apprendre aux citoyens à vivre et œuvrer ensemble, Clisthène divise le territoire d'Athènes (l'Attique) en 139 dèmes ou circonscriptions, groupant plusieurs villages autour d'un chef-lieu. Il fait inscrire sur les listes des dèmes un grand nombre d'affranchis et de métèques (ou étrangers), ce qui leur attribue les droits politiques car pour être citoyen il faut être inscrit dans un dème. Un démarque élu à la tête de chaque dème par l'agora (l'assemblée des citoyens du dème) ; sorte de représentant de la Cité, il a pour charge de gérer les finances, de contrôler l'état-civil et peut infliger des amendes. Clisthène créé aussi, entre le dème et la Cité, dix tribus, en remplacement des quatre classes censitaires mises en place par Solon, dans lesquelles est réparti le corps civique athénien. Chaque tribu est formée de trois Trittyes, ou régions, non contigües tirées au sort : l'une dans la ville d'Athènes proprement dite, l'autre dans l'intérieur des terres, la troisième sur la côte. Par ce moyen, Clisthène met fin aux luttes de faction en brisant les solidarités régionales.

Enfin, il instaure l’Ecclesia, qui est une assemblée souveraine exerçant l'essentiel du pouvoir législatif et où peuvent siéger tous les citoyens ayant achevé leur service militaire et jouissant de leurs droits civiques. De fait, la mise en place de l’Ecclesia et la création des tribus fait évoluer la Boulè en une assemblée de 500 membres (50 citoyens par tribus), lesquels sont renouvelés et tirés au sort chaque année parmi des listes de volontaires dressées par dèmes. Elle prendra le nom de « Conseil des Cinq Cents ».

 

Dès lors, les fondements de la démocratie athénienne sont posés même si les siècles qui suivront verront tantôt son apogée, tantôt son déclin. 

Au début du Vème siècle av. J.-C., de -496 à -488, Athènes est dirigée par une oligarchie qui profite des difficultés extérieures et notamment des guerres médiques, opposant les Grecs et les Perses (490-479 av. J.-C.), pour s'imposer en occupant les magistratures, mais en conservant les institutions existantes ; les démocrates reprennent le pouvoir en -488. De 474 à 462 av. J.-C., s’installe une alternance entre le parti démocratique et l'aristocratie modérée dans le cadre des institutions athéniennes. A partir de cette date, le régime politique athénien se dirige vers une démocratie de plus en plus radicale.  En 462 av. J.-C., l'Aéropage, un conseil de type aristocratique doté de larges pouvoirs – dont celui d'interpréter les lois, d'opposer un veto aux décisions de l'Ecclesia et de rendre la justice – et qui domine la Boulè, est réformé. Nombre de ses pouvoirs lui sont retirés afin de les recentrer sur la charge de juger les crimes de sang et de gérer du patrimoine sacré ; ses autres fonctions judiciaires sont transférées aux tribunaux populaires (l'Héliée). En 461 av. J.-C., l’un des hommes politiques les plus influent de l’Antiquité fait son apparition sur la scène politique. En effet, Périclès (vers 495 av. J.-C. - 429 av. J.-C.) est un orateur exceptionnel doué d'un grand charisme : il domine Athènes durant vingt-cinq ans (de 454 av. J.-C. à -429 av. J.-C.) en arrivant à créer autour de sa personne un vrai consensus populaire. Il parachève la démocratie athénienne en inspirant des décrets importants à l'Ecclesia. Les assemblées sont plus rigoureusement fixées et les magistrat sont davantage contrôlés. Il permet également aux plus pauvres de participer à la vie politique par l’instauration entre 454 et 450 av. J.-C. du misthos qui est une indemnité journalière versée aux membres de l'Ecclesia et de la Boulè, aux magistrats, et aux membres des tribunaux de l'Héliée pour qu’ils puissent participer à la vie politique sans préjudice financier. A la même période, en 451 av. J.-C., il restreint l’accès à la citoyenneté : alors qu'il suffisait d'être issu d'un père citoyen pour être soi-même citoyen, il faut désormais être né d'un père citoyen et d'une mère fille de citoyen. Périclès met enfin en œuvre une politique d’embellissement de la ville qui va faire la gloire d'Athènes : on lui doit notamment le Parthénon sur l'Acropole qui avait été détruit par les Perses lors de la deuxième guerre médique, et qui n’avait été que partiellement reconstruit, ou encore l’Odéon, destiné aux pièces musicales et aux concours de chant mais qui sera également utilisé comme tribunal, centre de distribution de blé ou salle de débats philosophiques. C’est aussi à lui qu’Athènes doit la construction de ses remparts, destinés à protéger la ville et ses intérêts économiques. En 443 av. J.-C., il accède à la plus haute magistrature de la cité d’Athènes en devenant stratège (ou chef d’armée). Ce poste n’est pas unique puisqu'il y a dix stratèges, mais Périclès sera constamment réélu pendant quinze ans, longévité alors exceptionnelle. Personnalité originale, préférant la compagnie des intellectuels à celle des politiques, Périclès accompagne l’apogée d’Athènes et de la démocratie jusqu'à l'épidémie de peste qui le terrasse en 429 av. J.-C.

Après la mort de Périclès, la démocratie athénienne amorce un déclin qui s’accentue après la défaite de la guerre du Péloponnèse (431-404 av. J.-C. ; guerre opposant Athènes à Sparte) et la conquête macédonienne.


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