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On n’est jamais trop de la diversité

On n’est jamais trop de la diversité

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Hissez les couleurs ! Messieurs, sortez vos jupes, mesdames laissez pousser la barbe, c’est le moment où jamais de montrer sa diversité, la visible, et aussi, la cachée. Sortez les pin’s, vous êtes tous le pote de "touche pas à mon pote" ! Faites des pride, exhibez vos détails et attributs en bannières comme preuve de diversité ! La fierté est le but à atteindre ! Les grandes entreprises françaises dépassent leurs complexes pour les reporter sur leurs collaborateurs dont elles regrettent qu’ils soient tous pareils. Elles veulent les convaincre de battre en retraite et de  promouvoir la diversité. En mai chaque année a lieu le Diversity Day. Une nouvelle forme de mardi gras ? Nous allons faire rougir Najat !

Diversity Day

Au regard du nombre de saintes causes qui déferlent sur notre calendrier, nous allons bientôt manquer de date. Voilà qu’a eu lieu en mai chaque année le D Day, le Diversity Day, bien nommé en langue universelle pour mieux se comprendre. Quitte à être tous différents, autant parler la même langue ! Ce jour de gloire de la bonne conscience, célébré dans nos grandes entreprises publiques devenues anonymes, est le symbole de l’autorisation délivrée à toute masse, toute virtualité, de produire son morceau de morale. Ceci sans doute pour justifier leur appellation juridique : les entreprises sont des personnes morales ! Il lui reste à l’individu à se muter en micro-entreprise, s’il veut lui aussi participer au collège des donneurs de leçons. Au rythme où va la virtualisation de notre monde et la propagation de ce virus consistant à produire des raisonnements en toute fierté, il n’y aura bientôt plus que l’Église pour refuser de se réduire à la production de morale… Mais alors quel lien avec le souci de performance économique ? - Promouvoir la diversité se vit dans le principe même de la prophétie auto-réalisante, tant connue dans les milieux financiers. C’est aussi le principe de l’évolution appliquée aux modernités. Si on ne promeut pas la diversité, alors l’entreprise sera regardée avec défiance, alors elle perdra de la crédibilité, alors ses performances ne seront plus facilitées, alors on vous dira bien que le progrès passe par la diversité, et que la diversité c’est le progrès. CQFD.

Programme léger de rééducation

Dans ma grande entreprise industrielle post-publique, il y a un jour consacré à la diversité. Cela vient un peu après la semaine du développement durable, je sais que ma grande entreprise n’est pas originale sur le sujet, elle essaye juste de ne pas être dépassée. Je sais que toutes les start-ip de France s'en donnent à cœur joyeux : Orange, EDF, SNCF… Le Diversity Day ? C’est en mai. Et vous ? Qu’avez-vous fait en mai qui vous plaise pour promouvoir la diversity ? C’est un grand défi pour tous les corps constitués de ce pays regardé d’au-dessus par la Halde : il faut bouger des masses dont l’inertie ne peut trouver son origine que dans une réaction culturelle séculaire. Ce foutu héritage judéo-chrétien ou un truc de ce genre ! Alors ce jour là, tous les communicants de France sont sur le pont. Ils préparent plusieurs mois à l’avance. Ils ont fait un REX (retour d’expérience) du D Day de l’an dernier pour faire mieux. Ils l’ont inscrit dans leur plan de com. Comme l’année passée, quelques affiches ont tapissé le hall, une mini conférence d’un directeur avec deux trois scènes filmées nous a rappelé la dure réalité des discriminations. Ca sent l’adulte biberonné à "Pierre Vivante" ! Mais ce catéchisme-là est tellement partagé aujourd’hui, le degré de niaiserie du peuple est tel, qu’il faut  oser parler des discriminations qu’il provoque à son insu, de façon non délibérée. C’est ainsi, que, parallèlement à cet événement, on produit dans les centres d'expertise de ressources humaines de ces mammouths post-publics des dossiers épais sur le gender, qui ne sont autre que des copié-collé de tracts LGBT rendus acceptables sous un verni d'expert en ressources humaines, en sociologie des organisations ou autres. Vous comprenez, il faut bien que notre entreprise reflète la société telle qu'elle est aujourd'hui. Oui, on comprend surtout qu'il faut bien que les milieux financiers et les grands patrons servent la soupe aux révolutionnaires au pouvoir parce qu'ils ne veulent pas se faire attraper de retour dans leur loge commune. Un objectif est également de former tout le personnel et tous les managers afin de partager une culture commune. Les attendus de la formation sont simples. Au bout d’une journée, on doit être capable de déceler chez soi la naissance des a-priori, détecter dans ses décisions ou sa façon d’être au travail, ce qui peut être pris pour du machisme, du racisme, de l’homophobie… Il faut que les chefs fassent leur analyse quotidienne. Il ne faut pas être le symbole du harcèlement de la majorité sur les minorités. Une simple façon de parler, l’usage de certains mots, peut manifester un manque de respect envers autrui qui est peut-être différent. « Si je ne prends pas ce type dans ce poste, est-ce que ce serait pas par hasard parce que ces manières réveillent en moi un réflexe anti-homo ?» La diversité est un humanisme, qu’on se le dise ! Peut-être que promouvoir la diversity revient tout simplement à laisser sa place, à démissionner ! C’est D moins 8 avant ton pot de départ petit blanc !

Les grosses têtes

Rassurons-nous, le gros lourd de blanc franchouillard hétérosexuel obsédé, alléché par l’odeur du pastis est un obstacle très souvent désarmant pour la modernité aux œuvres sérieuses. Il faut dire que la CGT, qui est proche du peuple, a toujours fait en sorte d’appliquer disons une certaine préférence dans les grandes entreprises. L’affaiblissement de cette dernière et la montée des consciences communautaires et militantes créent un conflit de générations dans les forces de progrès. Le blanc quand on parle d’arabes,  d’homos et des femmes, ça lui fait monter en vagues chargées, des blagues à la pelle. Les gars sont sérieux devant le ré-éducateur et le chargé de com, bien sûr, en revanche, on pouffe en coin en pensant à d’anciennes ou futures vannes. Ca lui donne même envie de picoler un peu ces histoires de diversité, à l’employé de base. Et avec deux trois saillies bien balancées, tout le travail de rééducation se trouve réduit à néant. Maintenant, au boulot, plutôt que dire d’un gars qu’il est de la jaquette, ou de la gauche pratiquante, ou à voile et à vapeur, on peut dire maintenant qu’il est de la diversité. Les grosses têtes de collègues se balancent : et dis donc ton copain y serait pas un peu de la diversité, si tu vois ce que je veux dire… Une lecture d’un nom de famille à la prononciation à coucher dehors : T’as le bonjour de la diversité ! En France, on n’a pas de pétrole, mais on a de la diversité ! Quel échec ! Les moralistes n’y arriveront jamais avec eux. Il faut croire que le racisme est congénital. L’homme est vraiment détestable ! Le racisme est-il un humanisme ? Mon Dieu, mes réflexions deviennent dangereuses… Bien sûr, ils ont raison avec leurs histoires de diversité, bien sûr ils ont raison de combattre les discriminations, seulement, on a bien le droit de vivre et d’en rire. Que voulez-vous, l’humour sera toujours réactionnaire ! La modernité nous donne matière à rire et pour cela nous la remercions de prendre au sérieux la condition humaine, de vouloir la panthéoniser.  Quant aux collègues 100 % non divers, ils ont trouvé le slogan de l’an prochain : on n’est jamais trop de la diversité, qu’on se le dise ! L’an prochain ils iront au D-Day costumés : hommes en kilt et femmes à barbe au programme ! 


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