Découvrez la collection Mauvaise Nouvelle, aux Éditions Nouvelle Marge.


Pourquoi Ébola fait-il peur ?

Pourquoi Ébola fait-il peur ?

Par  

Pourquoi une telle peur, de telles inquiétudes se développent-elles autour du virus ébola ? Nous avons passé, la semaine dernière, la barre des 3.000 morts causées par l'épidémie d'ébola. À titre de comparaison, le paludisme cause plus de 600.000 décès chaque année, selon l'OMS.

Une tragique issue

Contrairement aux principales maladies létales que nous cotoyons en Occident, c'est-à-dire essentiellement le cancer, Ébola cause le décès quelques jours après la déclaration de la maladie. Cette perspective est terrifiante parce que la mort ne surprend pas le malade sans lui laisser le temps de comprendre le mal qui le frappe comme lors d'un accident, ni ne lui laisse le temps de se préparer à l'issue fatale.

En outre, alors que les pathologies "occidentales" frappent essentiellement les sujets les plus âgés, le virus Ébola frappe à tout âge et emporte aussi les plus jeunes. La chose est humainement inacceptable, en dehors même de la normalisation de l'ordre des générations par les progrès de la médecine. À ce propos, Montaigne disait déjà :

« Nous ne sentons aucune secousse quand la jeunesse meurt en nous, qui est, en essence, en vérité, une mort plus dure que n’est la mort entière d’une vie languissante, et que ne l’est la mort en la vieillesse. D’autant que le saut n’est pas si lourd du mal être au non être, comme il est d’un être doux et fleurissant à un être pénible et douloureux. »1

Faire face à la fatalité

Le mode de transmission de la maladie est également un élément majeur de peur. Contrairement à d'autres maladies, comme le SIDA où la plupart des malades auraient pu éviter leur mal en ayant adopté un comprotement différent, ou comme le paludisme où l'on peut essayer de se protéger par la démoustication par exemple, il est difficile de se protéger d'Ébola. L'image des infinies précautions, pas toujours suffisantes, des humanitaires prenant en charge les malades africains tourne dans les têtes et contribue à donner une image terrifiante.

De ce risque gravissime de contagion nait la nécessité d'isolement des malades. La mesure est évidemment inévitable mais elle coupe les malades de la société et leur retire leur humanité : ils ne sont plus des "Hommes malades" mais des "malades", comme le "sidaïque" que dépaignait Jean-Marie Le Pen. Cette distance nourrit d'autant plus la méfiance à l'égard des malades et donc de la maladie.

La méconnaissance

La nouveauté de la menace, enfin, est un élément de plus qui contribue à nourrir l'anxiété et cela est légitime. Son apparition épisodique - l'actuelle ampleur d'une épidémie est inédite - rend particulièrement difficile d'étudier la propagation et l'évolution de la maladie.

Une chose est sûre cependant, il faudrait un miracle pour éradiquer Ébola, comme cela a pu être le cas pour la variole. En effet, Ébola n'est pas un virus exclusivement humain : un réservoir animal lui permet de subsister entre chaque poussée épidémique. Il y a cependant des raisons d'espérer contrecarrer le virus Ébola, notamment au vu des effets des traitements expérimentaux dont ont pu bénéficier les malades traités aux États-Unis ou en Europe. Avec la généralisation de ces traitements, la peur d'Ébola devrait progressivement régresser.

  1. Montaigne, Essais (II, 17)

Quand le Tamiflu fait voler des oiseaux noirs
Quand le Tamiflu fait voler des oiseaux noirs
Il fait bon vivre dans le désert…
Il fait bon vivre dans le désert…
Le silence fait partie intégrante du sacré
Le silence fait partie intégrante du sacré

Commentaires


Pseudo :
Mail :
Commentaire :