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Religions : le bon, la brute et le truand

Religions : le bon, la brute et le truand

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Le Bon chrétien, la Brute musulmane et le Truand juif

Le Bon, la Brute et le Truand, auquel on repense à l'occasion de la mort du génial Elie Wallach, est peut-être un peu plus que ce qu'on croit. Reste à savoir si c'est dans l'esprit de Sergio Leone ou dans le mien…

Une nuit, je me suis mis à penser que les trois héros symbolisaient le christianisme (le Bon), l'islam (la Brute) et le judaïsme (le Truand). Et dès lors, tout s'est animé. Le film démarre à la 21ème minute et devient une parabole. Tuco, le Juif symbolique, est l’éternel poursuivi, menacé de pendaison et toujours vivant. Il réchappe à tout, il est sympathique, Elie Wallach l'incarne à merveille, et il est bien sûr totalement dénué de scrupule, comme les Italiens aiment à le dépeindre. Blondin (Clint Eastwood), qui figure le Chrétien, erre sans but. Il ne cherche rien, philosophe ou se tait, et se trouve secouru par une divine providence, le boulet qui fait effondrer la poutre qui le pend, par exemple, ou la carriole sudiste qui contient un secret. Il passera par des tribulations coûteuses : c'est lui qui paye le plus.

Quant à Sentenza (Lee Van Cleef), notons-le, c’est la brute qui se déguise. Très bien vu : combien de chameliers trompent leur monde ? La marche dans le désert fait penser aux quarante jours, et Tuco est le diable tentateur. Le trésor sonnant et trébuchant, annoncé sur la route par des mourants sudistes, fait rêver cette vieille crapule qui y voit sa Terre promise, d’ailleurs annoncée par un monde mourant (l’armée sudiste, les derniers braves magnanimes : le réalisateur se situe de leur côté). Tuco est le Juif qui croit en cet Eldorado, comme tout le cinéma hollywoodien, il fait de l’argent du vol, du braquage, un eldorado, une fin ultime : le veau d’or est toujours debout. Tuco, pour arriver à ses fins, est prêt même à sauver son vieil ennemi chrétien pour le tromper car — voilà l’ennui — dans sa souffrance, le Bon a entendu la vérité. C’est lui qui sait. Tuco n’a qu’une partie du message : le nom du cimetière où se trouve le trésor. Le nom du cimetière, notez-le ! Ce qui est mort, l’ancien Testament, l’ancienne Alliance. Tiré par les cheveux ? Attendez voir. Il y a plus parlant et parlant : le passage du pont. Tout y est symbole à mes yeux. Le pont symbolise le passage de l'ancien monde (le Sud de la tradition), au nouveau monde, nordiste, anglo-saxon, le camp de Wall Street… la Terre Promise de Tuco qui veut aller là. Les dollars sont là-bas, qu'importe la soldatesque. Le pont est le lieu de l'affrontement, une boucherie sans fin. Le Bon prend l’initiative de le faire sauter, faisant cesser la guerre comme une opposition stérile entre ancien et nouveau. C'est une perte patrimoniale, certes. La guerre se déplacera et tuera ailleurs, mais en attendant, quelques vies sont gagnées. Le temps que la poussière retombe, les armées ont quitté le champ de bataille. Un seul acte balaie les armées. Les règles de la guerre classique ont été effacées. Sur l'autre rive, Tuco n'a que faire du jeune homme mourant. Le Bon lui concède une cigarette : un mal pour un bien : mission inlassable de l'Église. Instant de gratuité. Tuco part droit au trésor, dans la ligne de mire du canon qu'allume Clint : symbole de vérité qui touche au but et rattrape irrémédiablement celui qui fuit vers son propre plaisir. Tuco est bousculé, et non tué ; une rémission est toujours possible. Enfin, la scène du cimetière, magistralement évangélique. C'est là qu'est le trésor. Tout s'éclaire : le trésor sera trouvé parmi les morts. « Pourquoi chercher parmi les morts ? demande le Christ. Ce n'est pas là que vous trouverez ce que vous cherchez. »

Les trois religions sont là : le Juif, le Chrétien, le Musulman. Le Juif et le Chrétien se débarrassent du Musulman, en premier lieu, comme pour dire : restons entre gens de l’ancien livre, du vrai conflit. Si les choses se résolvent entre nous et que l’un de nous meure, tout finira. La brutalité pure de la Brute ne peut aller plus loin, la violence ne peut atteindre à l’ultime moment. Il ne peut aller plus loin que le cimetière, car il n'a droit à aucune théologie: l'Islam ne dialogue par avec Dieu. Chose admirable, le Bon révèle ce qu’il sait en l’écrivant sur une pierre. Une pierre comme celle sur laquelle on a bâti l’Église. Qu’y a-t-il d’écrit ? Rien ! Le Verbe est imprononçable. Tuco n’avait que des illusions, il n’y a pas de nom pour le véritable bonheur, et surtout pas de nom d’homme : « vous ne servirez pas deux maîtres »… Finalement, le trésor est dans la tombe d’à côté, celle qu’on a délaissée. Qu'on y songe : la pierre rejetée, la tombe délaissée… Et le trésor sort de cette tombe-là, comme d'un suaire. Ce sont les talents d’or qu’on a dissimulés au jour, qu’on a enfouis. La parabole est bien là. Pour finir, le Juif se trouve pendu par son propre vice, l’or à ses pieds, inutile à sa prédation, puisqu’il est prisonnier de son corps suspendu : le jouisseur est tel que ses richesses ne l’assouvissent point. Le Bon s’éloigne avec sa part. Il a procédé à un juste partage. Mais ce qu’il emmène lui servira, à lui. De bout en bout, il a été le plus habile et le plus juste. Il a renoncé aux buts, il n’en a aucun, aucune ambition spéciale : il se voue au chemin, son destin, se laissant guider, le désert est devant lui et nul ne sait où il va…


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