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Shanghai ou la ville des moutons de Panurge

Shanghai ou la ville des moutons de Panurge

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Récit de voyage d’une touriste déçue

J'arrive à l'aéroport de Shanghaï à la découverte d'une civilisation millénaire et la première chose que je vois est une affiche lumineuse de 4m par 3m de Lily-Rose Depp pour CHANEL. Le dépaysement n’est pas pour tout de suite… Shanghai, capitale financière de la Chine, il faut bien que j’accepte les excroissances du capitalisme occidental ici.

Du bus qui nous conduit au centre-ville, je découvre les buildings, les routes qui s'enchevêtrent les unes autour des autres, les unes sur les autres. Les grosses berlines de couleur foncée se mêlent aux scooters électriques. Impossible de voir la couleur du ciel, un épais brouillard forme un couvercle cimente la ville. Pollution? Mais non mais non nous répond le guide, juste de l'humidité ! 24 millions d'individus vivent et travaillent dans ces buildings, dont certains dépassent le couvercle de ciment et atteignent les 600m de haut, tous édifiés ces 20 dernières années. Une démonstration de modernité digne de Babel dont les constructions anarchiques, trop rapides ont dénaturé la ville.

Nous sommes hébergés au Fairmont Peace Hotel, hôtel Art Déco datant de 1929, qui illustre l'opulence du temps de la concession internationale. Face au Bund que l'on pourrait traduire par notre « Promenade des Anglais. » La banque of China, est de la même veine architecturale, comme le reste des immeubles qui se dressent dans la rue. La chaleur est écrasante, plus de 35 degrés. Le soir arrivant, une colonne de Shanghaïens montent la rue Nanjing Dong Lu menant aux malls sur le trottoir de droite tandis qu'une autre colonne de Shanghaïens descend la même rue sur le trottoir d'en face. La garde montante croise la garde descendante aurait chanté le chœur de Bizet. La discipline est de rigueur, il faut dire qu’ils sont nombreux …et la police veille à ce qu'aucun ne déroge à l'ordre établi de fait.

A présent qu'ils se sont ouverts au monde, nos Shanghaïens singent les occidentaux avec le mauvais goût en plus. Louis Vitton, Dolce et Gabbana, Gucci, Balenciaga et Chanel avec deux N que je vois inscrit sur le T-shirt d'une jeune fille si fière de porter son précieux vêtement. Rien ne les arrête, il faut du bling-bling, du « I love Paris » sur soi pour être « In » à Shanghai ! Trop facile pour moi de briller ici !

La ville est propre, pas un papier par terre. A noter toute de même cette sale manie qu’ont les hommes de cracher parterre. Ça me rappelle certains de quartier comme ça… Pas de tags non plus sur les murs. Pas de créativité. Nos chinois s'expriment de façon contrôlée, sous l'œil de milliers de caméras qui surveillent la ville, filmant, photographiant, tout ce qui se présente et en particulier les occidentaux que nous sommes comme si nous étions des bêtes curieuses. Les femmes blondes sont un fantasme aux vues du nombre de selfies que j'ai dû supporter sans même que l’on me demande mon avis. Le savoir être, l'éducation à la française, inconnus au bataillon ! J’ai souri poliment comme une Joconde… blonde.

Le service non plus, nos chinois ne le connaissent pas. Cette civilisation millénaire a su créer un art de la table, sans doute mais pas pour le commun des mortels. Essayer de demander un Coca-Cola à Shanghai. Dix serveurs Shanghaïens arriveront péniblement à se coordonner pour étancher votre soif. Et pendant l’attente, je me mets à imaginer une course de garçons de café sur le trottoir de droite, et une autre à contre sens sur le trottoir de gauche.

De cette civilisation dont j'attends tant, je ne vois que modernité à l'exception de la vielle ville et de la concession française, alors je fonce au musée de Shanghai, indiqué 3 étoiles sur mon guide Michelin. Les collections de bronzes et de céramiques sont magnifiques. L'architecture du bâtiment est splendide. Me suis-je réconciliée avec Shanghai ? Peut-être que j'en attendais trop. Nous filons vers Pékin, la muraille de Chine, la Cité Interdite… un autre monde, une autre aventure… Et je pleins les touriste Chinois débarquant à Roissy et fantasmant sur Amélie Poulain avant de tomber sur le Paris d’Hidalgo et notre France des ronds-points, des supermarchés, des affiches de stars américaines… et de trottoirs remplis d’hommes qui crachent…


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