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Théologie et Cosmologie

Théologie et Cosmologie

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Notre intention, dans les lignes qui suivent, est de montrer que la théologie chrétienne implique, en raison de sa structure même, une cosmologie et une seule. Avant tout, nous croyons prudent et utile de définir chacune des deux notions clés de notre propos : « théologie chrétienne » d’une part ; « cosmologie » d’autre part.

La théologie dont il sera question ici est un discours formulé et défini à partir d’un ensemble précis de documents, écrits de main d’homme, reconnus cependant dans l’Eglise Universelle du Christ, comme exprimant réellement et de différentes manières la Parole et l’Enseignement de Dieu. La théologie chrétienne est donc fondée sur un donné objectif ; elle est un système stable d’énoncés qui forment un corps doctrinal.

La cosmologie, elle, est aussi un discours, mais situé sur un autre plan ; elle envisage l’univers physique, elle tente de dégager ses caractères généraux à partir d’une analyse rationnelle. Sur la base de ces deux définitions, nous nous efforçons de montrer que la théologie chrétienne comporte une conception précise du monde, qui lui est propre, qui fait corps avec elle. Afin de résumer notre exposé, nous examinerons trois thèmes particulièrement faciles à traiter, selon nous, en ce début du vingt et unième siècle :

  • La création temporelle de l’univers,
  • La finalité de cette création,
  • Le terme du monde physique.

L’Eglise catholique tient et enseigne que l’univers tout entier, visible et invisible, est créé avec le temps : « en un commencement, il a créé Dieu, les cieux et la terre »1. C’est-à-dire que l’existence de tout cet univers dépend purement et simplement de Celui qui peut seul dire de lui-même « je suis Celui qui suis »2. Nous pouvons parfaitement, avec Saint Thomas d’Aquin formuler ce « Nom Divin » en langage métaphysique ; ce qui nous donne : Dieu est : « L’être lui-même subsistant par lui-même »3. L’univers donc reçoit toute son existence de Celui qui la possède souverainement et éternellement en acte et qui seul peut faire don de l’existence à ce qui ne préexistait en aucune manière.

L’être créé, c’est un être nouveau, un être autre que Dieu suscite gratuitement et volontairement. L’univers tout entier est dans ce cas. Nous sommes ici, cela vas sans dire, devant une affirmation, une thèse cosmologique de très haute portée ; car enfin affirmer que tout l’univers, depuis ses particules les plus infimes jusqu’au super amas galactiques, dépend totalement de l’Unique Absolu par création, qu’il commence d’exister par la seule volonté de l’Incréé, c’est-à-dire qu’il n’est pas un système auto-suffisant, de plein droit éternel, clos sur lui-même. Cela signifie qu’il n’a commencé d’exister, ne se conserve et ne s’enrichirait que grâce à l’acte créateur.

Création et commencement, en théologie, ne sont pas dissociés.

Or que nous enseigne à ce sujet la cosmologie actuelle ?

Elle nous enseigne bel et bien que l’univers est un système historique, génétique, qui a été constitué et continue d’être constitué au cours du temps. L’univers est en genèse et cette genèse résulte, empiriquement, de surgissement d’éléments simples, puis d’agrégats, puis de système de plus en plus complexes qui ne préexistaient nullement ; absolument inédits, nouveaux. C’est bien le fait objectif de l’apparition d’êtres nouveaux qui a constitué progressivement l’univers comme tel et ce depuis maintenant près de quinze milliards d’années.

Ce qui revient à dire que chacun des êtres qui constituent l’univers est apparu par création, puisqu’aucun d’eux ne préexistaient; et que par la même, c’est tout l’univers qui est en régime de création : ses premiers constituants ont commencé d’exister et tous ceux qui ont suivi ont surgi, eux aussi, d’un moment donné; inutile d’ajouter que tous ceux qui apparaissent en ce moment même, ainsi que tous ceux qui apparaitront dans l’avenir, sont et seront eux aussi créés et inventés. « L’univers et donc en train d’être créé, et l’histoire de l’univers, BERGSON le disait déjà, c’est  l’histoire de la création en train de se faire ». En réponse à tous ceux que gênerait la thèse selon laquelle l’univers n’est pas achevé et continue d’être créé dans la durée présente, en ce moment même, nous faisons simplement remarquer combien l’histoire de notre univers est l’écho grandiose de la parole du Christ : « Mon Père est à l’œuvre jusqu’à maintenant, et moi aussi je suis à l’œuvre »4.

La deuxième thèse théologique qui trouve sa résonance  en cosmologie, c’est la thèse selon laquelle l’univers crée est disposé, organisé tout entier en vue d’une fin unique, selon le gouvernement Divin transcendant; ainsi « Il a disposé dans l’ordre les merveilles de sa sagesse »5. Dieu créateur provident, gouverne sa création et la conduit selon un plan historique ascensionnel. En substance, dans un langage certes archaïque, le récit de la genèse nous présente néanmoins la création selon un plan réfléchi et suivant une hiérarchie des êtres : on commence par l’inanimé pour arriver à un être vivant et conscient de lui. De fait, l’univers a suivi objectivement et jusqu’à présent ce cheminement. Il a été incontestablement structuré depuis la moindre particule jusqu’à l’organisation hautement complexe d’un cerveau humain. Depuis le début, chaque élément, puis chaque système moléculaire a été agencé avec un autre pour entrer dans la composition d’être nouveau ; et ce jusqu’à la vie humaine. Mais le plan divin, en théologie, ne s’arrête pas là; après avoir disposé sa création en vue d’un être libre et capable de le connaitre, Dieu a voulu lui communiquer le sens ultime de son œuvre : l’union de l’homme créé à Lui, l’Incréé, l’Unique. Pour cela, il s’est incarné : il s’est uni totalement à une nature humaine, et en lui « l’homme véritable uni à DIEU véritable »6 s’accomplit et s’achève la création tout entière. Il est en effet la clef de voûte de tout édifice créé; le « chef d’œuvre de Dieu » comme dira le bienheureux Duns Scot. Saint Paul exprime lui-même et résume fort clairement le dessein divin;  « Il nous a fait connaitre le mystère de sa volonté, ce dessein bienveillant qu’il avait formé en lui par avance quand les temps par avance quand les temps serait accomplis: ramener toutes choses sous un seul chef : le Christ »7.

De fait, si l’on observe l’univers depuis cet évènement historique, objectif, de la venue du « fils de l’homme », depuis ses œuvres, reconnues par les païens eux- mêmes qui était les témoins, l’on constate - qu’ on le veuille ou non – que l’histoire du cosmos trouve désormais une orientation, une détermination nouvelle et ultime; à partir de Celui qui a donné naissance à  « un type nouveau inédit, d’humanité », la création est récapitulée et en elle germe une structure humaine transformée, élevée par grâce à la sainteté. Cette humanité nouvelle a bien sûr sa loi nouvelle qui accomplit l’ancienne, sa constitution hiérarchique ; c’est l’Eglise. Cette église manifeste, par sa substance, son développement, ses sacrements, le début, la préparation d’un monde nouveau ; le royaume de Dieu.  Toutefois, la Cité Sainte n’est en aucun cas ce monde-ci. Elle est dans ce monde en germe, mais n’aura son avènement qu’à la consommation des siècles.

Enfin, le dernier thème de notre propos, s’inscrit parfaitement dans le prolongement du précédent. Il s’agit précisément de la fin des temps, du terme de l’univers physique. « Le ciel et la terre passeront »8, nous dit nettement Jésus Christ. L’on sait en outre que le livre de l’Apocalypse est entièrement consacré au dévoilement ultime de toute l’histoire devant Celui qui « EST, qui ETAIT et qui VIENT».9 Lorsque le premier ciel et la première terre auront disparu, et qu’apparaîtra la « Jérusalem Céleste », la Cité de Dieu.

Selon la théologie chrétienne donc, c’est à la fin de ce monde-ci, dans tout l’univers sera définitivement consumé que commencera pour les justes ceux-là mêmes qui auront vécu jusqu’au bout de l’amour du Christ, la nouvelle vie, éternelle, dans la « demeure de Dieu »10. Pour les autres, ce sera la « seconde mort ».

Au plan cosmologique, cela veut dire deux choses : que d’une part, ce monde présent, physique, finira, mourra. Mais que d’autre part, viendra prendre place un monde nouveau, surnaturel, incorruptible, renouvelé dans l’Esprit Saint de Dieu, comme « irrigué » par sa Grâce.

La cosmologie moderne, justement, nous conduit tout droit vers la fin de l’univers physique. Les galaxies, les étoiles, le soleil vivent sur des réserves immenses certes, mais limitées, d’énergie. Ce que nous constatons simplement, c’est que quand aucune galaxie, aucun astre n’aura plus d’hydrogène à transformer, qu’il n’y aura plus d’énergie, alors ce sera en effet la fin du monde physique. « Le ciel et la terre passeront… » Ce qui signifie tout simplement qu’au monde corruptible, succèdera cette cité subsistante, informée par l’esprit de Dieu, soutenue par sa Grâce créatrice. Cette cité, ce monde nouveau, est déjà là, mystérieusement, en germination, « semblable à un grain de sénévé »11 et il sera là en plénitude quand « l’ancien monde s’en sera allé»12. L’Eglise de Dieu est la preuve objective qu’un nouvel ordre, un nouveau royaume se fonde, et qu’il faut précisément que disparaisse le corruptible pour qu’apparaisse dans toute sa splendeur la « Cité de Dieu ».

Nous pensons, au terme de ces lignes, avoir dégagé trois faits principaux qui nous semblent illustrer précieusement deux aspects de la réflexion théologique : le premier concerne la méthode : l’on voit qu’il est nécessaire et fécond de présenter cette doctrine chrétienne avec les conséquences cosmologiques qui en découlent.

Le deuxième aspect réside dans la Vérité même de la théologie chrétienne : il apparaît clairement que les faits objectifs confirment toujours plus clairement au cours de l’histoire, la portée réelle de la Parole du Seigneur. Contrairement à ce que racontent aujourd’hui de néo-modernistes attardés et amers, « les cieux racontent la gloire de Dieu et l’œuvre de ses mains, le firmament l’annonce ».

 

Notes

  1. Génése 1,1
  2. Exode 3,14
  3. Somme théologique Ia – Q4 art. 2
  4. Jean 5,17
  5. Ecclesiastique 42,21
  6. St Leon le grand « epistula licet per nostros » ad Julian Coensen (« verus homo vero unitus deo »)
  7. Saint Paul-Ep .aux Ephesiens 1,9-10
  8. Matthieu 24,35
  9. Apocalypse 1, 8
  10. Apocalypse 21, 3
  11. Matthieu 13, 31
  12. Apocalypse 21, 4

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