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Tyrannies du temps : la tolérance

Tyrannies du temps : la tolérance

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Les bonnes âmes de notre temps aiment en appeler à notre tolérance. Que cet appel soit teinté d'une once d'idéologie, ou qu'il soit invoqué par un esprit honnête qui oublie que l'Enfer est pavé de bonnes intentions1, il est toujours en premier lieu une attaque virulente contre celui qui ne voudrait pas tolérer. Mais pourquoi tolérer ? Et tolérer quoi ?

L'appel à tolérer ne peut nécessairement qu'être dirigé à l'encontre de l'étranger. Halte aux éventuelles attaques contre mon racisme que d'aucuns qualifieraient d'évidente ! Je veux parler au sens large de tout ce qui nous est étranger, puisqu'assurément on ne saurait appeler à tolérer ce qui est déjà commun et accepté, sinon de tous, d'une large majorité.

Savoir si quelque chose qui nous est étranger doit être ou non accepté nécessite évidemment une analyse des conséquences d'une telle acceptation et notamment des risques qu'elle représente. J'en vois déjà qui réagissent… Non, il ne s'agit pas de la peur de l'autre. Non, il n'est pas nécessaire d'user à mon endroit de pédagogie. Non, il n'est pas besoin de m'éduquer.

Pourvu que la thèse soit juste, il n'est pas illégitime de refuser ce que nous ne pouvons accepter. Notre Président ne nous a-t-il pas lui-même fait part de son impossibilité d'accepter « que le yuan soit sous-évalué ».

À l'inverse, personne ne relèvera-t-il tout ce qu'il y a d'ostracisant à tolérer autrui ? Au lieu de l'accepter pleinement pourvu que sa conduite n'ait rien de répréhensible, ou au contraire de le condamner fermement si elle l'est, on le "tolère".

Si notre époque comprend toute l'abjection qu'il y a à rejeter ce qui n'a pas de raison de l'être, elle semble beaucoup moins prompte à dire qu'il est raisonnable de combattre l'intolérable.

« Il ne faut pas tolérer le mal, mais tâcher d'y remédier suavement. »2

Qu'est donc la tolérance ? L'acceptation de l'inacceptable, ou alors le rejet de ce qui n'a aucune raison d'être rejeté, ou enfin une sorte de zone grise moyenne indéfinie entre le blanc et le noir, entre le gris clair et le gris foncé. Quoiqu'il en soit, elle est donc erreur ou ignorance mais aucunement vertu.

Je prie enfin tous ceux qui auraient du mal à tolérer mon impertinence, voire mon intolérance, de soufrir que je les provoque une dernière fois en citant Sade.

« La tolérance est la vertu du faible. »


Notes

  1. Balzac, La Femme de trente ans
  2. Saint Vincent de Paul, Lettre à Pierre Cabrel

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