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Un Detroit, c’est une embouchure.

Un Detroit, c’est une embouchure.

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Un Detroit, c’est une embouchure. Dans le fond.

Les États-Unis sont décidément un grand pays. La preuve de cette grandeur ? Là-bas, quand on n’a plus d’argent public, on le dit, on fait faillite et on met à pieds les fonctionnaires. C’est ce que vient de faire Detroit, la ville où Marvin Gaye chantait.
C’est la chose normale. Il n’y a plus d’argent, c’est simple. On le dit.

Mais voyez-vous, cette simplicité n’est pas et ne sera probablement pas avant des décennies une chose possible en France.

Quand, en France, on n’a plus un sou, quand tout le pays déraille et se fait caillasser (comme Brétigny-sur-Orge l’a si parfaitement symbolisé), on ne dit rien et on continue, on fait comme si. Quand le contribuable se fait culasser dans d’infernales tournantes fiscales à répétition, se fait supermettre au supermarché par des prix qui sont surtout des taxes, se fait pomper à la pompe, se fait flasher menu pour un damné dépassement de vitesse d’escargot dans un monde qui se promettait d’aller à mille à l’heure et qui ralentit chaque jour, qui se fossilise comme un troisième âge ; quand on se fait piller en bandes, violer en réunion, assassiner en bans, mentir en partis, tromper, abrutir, lapider, dénoncer ; quand on s’appauvrit, inexorablement, lentement, mielleusement, et que la seule distraction qui vous reste est l’écran de votre ordinateur ou la machine à découper le jambon du boucher… on ne dit rien et on continue, on fait comme si.

Comme si… un Kristian norvégien (que le journaliste snobinard appelle Christiane) était un vrai problème, puisqu’il aurait pu penser à un attentat qui aurait pu tuer 15 personnes, et que ça aurait pu être affreux, ça aurait pu être horrible, ça aurait pu être un autre Breivik, ça aurait pu tuer du démocrate, ça aurait pu tant et tant ; d’où mobilisation de tous les services. Ordre supérieur. Le Jacobin fait ce qu’il faut. Des Christiane de ce genre, il y en avait 1 million et demi à Paris, il n’y a pas si longtemps, on a eu chaud. Désormais on prendra les devants.

Et puis il y a la preuve : ce Kristian. Comment se fait-il que l’opposition n’ait pas songé à une minute de silence pour ce qui aurait pu être un affreux drame ? Et comment se fait-il que le pape n’ait pas jugé utile de se déplacer ? Mais heureusement que la France, que la République, maintient intactes sa vigilance, et ses valeurs, et sa force et se détermination. Et nous ne laisserons rien passer, et la Justice fera son travail. On a évité le drame.

De quel drame parle-t-on ? Pas des 200.000 assassinés par an, dans nos bons hôpitaux ; cela n’a rien d’horrible, puisque c’est normal. Et ce qui est normal ne peut être horrible.

Il ne se passe rien de grave dont on ne s’occupe. Nous, le système jacobin. On a tout sous contrôle, on a ce qu’il faut, on a l’argent, on a l’armée, on est les Droits de l’homme, on a le train de vie, on a du panache, nos uniformes ont de la gueule1, voyez le 14 juillet.

La France va bien, la France va mieux.

En revanche l’Amérique capitaliste, elle, a des soucis à se faire.

Bref. Les USA, qui sont une vraie puissance, n’ont pas peur de dire les choses. C’est la parole libératrice, simple, à partir de laquelle on peut recommencer. Savoir parler, c’est le fait des grands.

C’est typiquement ce dont les snobs français ne seront jamais capables.

Savez-vous que la France a presque 10.000 milliards de dettes (et non 1.870 milliards comme il est dit officiellement) ? Et qu’ainsi la République française, dans sa médiocrité, dépense trois fois plus par habitant que la grande puissance occidentale américaine qui, elle, a 16.000 milliards de dettes.

Voilà qui semble extravagant mais il y a des places que la France entend conserver : première puissance endettée du monde par habitant, première puissance fiscale, première puissance immigrationniste aussi puisqu’elle accueille chaque année plus de gens que les USA et le Canada réunis !

Tout cela conduit, en France, des trains vétustes et pourris à dérailler dans des banlieues occupées.

Mais vous verrez que ces ploucs de journalistes vont nous expliquer que Detroit, c’est la preuve que les USA et le capitalisme, ça ne marche pas, et que nous, grâce à l’euro, nous sommes forts et bien portants.

C’est assez facile à dire pour les apparatchiks, puisqu’ils vivent dans les ors des palais d’Ancien Régime. D’ailleurs ils s’appuient sur les chiffres.

Mais il n’y a plus qu’eux pour faire mine de ne pas savoir qu’en France, tous les chiffres sont faux. C’en est impressionnant. Ce que dit la Banque de France est bidon, Pôle-emploi ment, les Assedic dissimulent, les ministères maquillent (et pas seulement celui de l’Intérieur durant les Manifs pour Tous), l’Élysée bidouille, les agences tricotent, les bureaux mystifient, tout est factice, tout est gonflette, tout est strass, tout est faux.

Et à ce point qu’aujourd’hui, PERSONNE ne serait à même, ni de dire combien il y a de fonctionnaires, ni d'évaluer combien il y a de dépense publique, ni combien il y a d’agences rattachées aux divers ministères, combien il y a d’enseignants ou d’élèves, combien il y a d’associations subventionnées, combien dépense un ministre au frais de l’État.

Il n’y a pas un spécialiste, pas un expert qui serait capable de donner un chiffre exact. Même dans la Résistance.

C’est un extraordinaire dédale mythologique d’impasses, de bobards, de chausse-trappes, de trompe-l’œil, de culs-de-sac, d’empilements de couloirs, d’embranchements de corruption, d’intérêts croisés. Savez-vous combien d’organismes, agences ou organisations étaient en charge de la Taxe professionnelle ? Dites un chiffre. 100 ? 1000 ? 5000 ? Je vais vous le dire : il y en avait… 69.000. Chiffre pharaonique. Dans ce beau pays, il y avait environ 69.000 organisations diverses en charge de collecter, gérer ou distribuer la Taxe professionnelle ! Et au sommet, il y avait quelques agences dont la Cour des Comptes ne savait même pas quel était exactement leurs noms. Elles avaient des sigles, mais la Cour disait qu’elle n’avait pas été « en mesure de les identifier. »

Mythologique.

Vous pensez que tout cela est fini ? Non point. Depuis que la dite taxe a été métamorphosée, on ne sait plus du tout où on en est, tout ce qu’on sait, c’est qu’on paye plus. Et bien sûr qu’on a créé de nouvelles institutions pour un nouveau fromage, où de nouveaux amis trouveront de nouvelles places. Rien ne se perd, tout est créé, tout est transformé.

Vous ne pourrez jamais rien savoir, jamais aucun historien ne pourra dire précisément ce que fut cet immense, incroyable, extraordinaire merdier qu’était la république.

Eh bien, de l’autre côté de l’Atlantique, tout est compté, vérifié, validé. Aux États-Unis, on sait de quoi on parle. Il y a des comptes, des chiffres.

Si vous demandez au secrétariat d’État américain les dépenses faites par le Secrétaire d’État lors de ses déplacements à l’étranger, vous en avez une liste complète, exhaustive, où vous verrez qu’il a réglé de sa poche la visite du Taj-Mahal ou le restaurant avec sa femme. On ne mélange pas argent public et dépense personnelle.

Demandez donc au ministère, en France, quelles dépenses a fait le ministre l’année dernière. Et attendez.

Vous ne saurez rien. On ne pose pas de question. Qui êtes-vous, pour poser des questions ? Vous avez un titre, une carte ? D’où venez-vous ? Qui êtes-vous, dans le fond ?
  1. Référence au très drôle Bienvenue à l’Armée rouge

Hollande en Chine euh non… au Japon
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We want a Revolution
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Darwin, oui, mais à l’envers
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