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Rêveries bondissantes

Rêveries bondissantes

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Le football a la réputation d'un sport de voyous et de petites frappes dont les amateurs sont des ploucs… Croche-pieds vicieux, tacles visant à blesser, triche, comédie et compagnie sont, aux dires de ses détracteurs, ce qui le caractérise. Le rugby est parait-il un sport de gentlemen, exaltant de nobles valeurs dont il convient de parler avec un fort accent du Sud-Ouest. Mêlées, plaquages, percussions se font dans un esprit de loyauté, d'honnêteté et de respect des règles et de l'adversaire…

Une partie de football peut commencer dans une ruelle, dans un salon, dans un couloir, sur un trottoir. Elle n'a besoin que d'une balle et de quatre repères pour les buts. Elle est ouverte à qui veut, tout le monde peut avoir une chance de marquer un but sur un malentendu. Dans ses versions les plus élémentaires, il suffit de savoir trois choses : on ne touche pas le ballon avec les mains, on vise le but de l'adversaire et on ne joue que le ballon. Côté public, il faut reconnaître que les hooligans ne sont pas le meilleur atout du football… Mais le football est le sport populaire par essence.

Pour le rugby, une pelouse s'impose au risque de saturer rapidement les urgences. Pour un faible, toucher le ballon s'apparente au suicide. Les règles sont compliquées. Pour ne prendre qu'un exemple, il n'est pas très naturel de ne passer la balle qu'aux équipiers qui sont derrière quand on va vers les poteaux. Côté supporters, pas de hooligans et les troisièmes mi-temps sont des moments de grande finesse… Ce sport s'est beaucoup développé dans les collèges anglais : un vrai sport d'élite !

Au football, la violence physique est interdite : on ne doit jouer que le ballon. Pourtant la tension peut atteindre des sommets entre joueurs, et les spectateurs la vivent par procuration. La vengeance est interdite même si l'injustice conduit à la défaite. La frustration à la fin du match est parfois importante pour le public comme pour les joueurs.

Lors d'un match de rugby, les taquineries entre joueurs peuvent être soldées immédiatement, par des gestes brutaux (un bon plaquage, une bonne percussion…) qui soulagent tout le monde et font baisser la tension d'un cran. L'amateur de rugby sort rincé de son match mais soulagé d'avoir pu, par procuration, rendre baffes sur baffes (mais toujours biiien sûrrr dans le respect de l'adversaire… pas de vilains petits gestes).

En résumé, le rugby est un sport d'élite où l'usage de la force est autorisé et qui laisse peu de chances au faible. Tous les commentaires de ce sport empruntent au vocabulaire de la chevalerie et de la noblesse. Le fantasme nourrit ce sport car il s'agit bien de fantasme, aussi bien aujourd'hui sur le terrain, qu'autrefois sur les champs de bataille… Le football est un sport populaire où le contact entre les joueurs est prohibé, où les règles mal appliquées peuvent conduire à l'injustice et où la malhonnêteté peut payer. Le football ne ressemble-t-il finalement pas plus à la vie que le rugby ? Dans la vie, il y a peu de nobles combats dans le respect de l'adversaire. Il y a des règles qui interdisent le combat et que des voyous contournent : l'attaque vient souvent par derrière… Pas vu par l'arbitre ou le gendarme, pas pris ! Camus disait : « Vraiment le peu de morale que je sais, je l’ai appris sur les terrains de football et les scènes de théâtre qui resteront mes vraies universités ». Alors vaut-il mieux être un plouc de foot ou snob de rugby ? Finalement, le mieux est sans doute de ne pas entrer dans ces querelles et de ne garder de chacun de ces sports ce qu'ils ont de mieux et qu'ils partagent : quelques belles actions ininterrompues, de beaux gestes techniques et le suspense…

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